Editorial

Le point d'interrogation

Lire hors-ligne :

« Ces masques qui angoissent notre silence… »
Ludovic Obiang, L’Enfant des masques
L’Harmattan/Ed. Ndzé, 1999, p.13.

Oui bien sûr, il fait mal, ce point d’interrogation qui accompagne le titre de ce 36ème numéro d’Africultures sur l’état de la culture au Gabon ! Libreville est loin d’être un désert culturel, ce dossier le prouve, mais quand la culture est si peu soutenue, pour ne pas dire le contraire, on sent bien sur place qu’une certaine léthargie s’installe, mêlant résignation désabusée et nostalgie d’un ailleurs. Il faut des énergies créatrices surdimensionnées pour arriver à faire son trou et secouer l’inertie !
En proposant ainsi au Gabon de prendre la parole (littéralement, puisque ce dossier fait suite à Pistes pour le Bénin, série entièrement réalisée sur place et en tout liberté d’écriture – au risque d’ailleurs de faire grincer plusieurs dents), Africultures ne joue ni la carte de la mode, ni celle de la facilité. Encore moins celle de la rentabilité (mais épargnons-nous la litanie des budgets serrés). Plutôt celle de la découverte : laissons-nous étonner par ce petit pays où un milieu culturel tente la survie et y parvient dans bien des domaines ! Il n’est ainsi pas neutre que ce dossier soit coordonné par Imunga Ivanga, jeune réalisateur actif en son pays qui vient de contribuer d’un grand coup au renouveau du cinéma gabonais avec un film qui décroche les grands prix à Cannes Junior, à Carthage… C’est une génération qui se lève et qui veut faire bouger les choses.
On nous dira : « Encore l’Afrique ! » Alors que nous paraissons à Paris et que notre sujet de prédilection devrait être la diaspora africaine et son intégration culturelle. On nous reproche ainsi régulièrement de faire du culturalisme ou du communautarisme : sous-entendu, de favoriser la division de la société française en se radicalisant sur une culture figée qu’il s’agirait de défendre contre toute attaque extérieure. Et bien non : c’est bien tout le contraire qui se passe ! C’est parce que je connais ma culture d’origine que je peux m’intégrer à une société d’accueil. Si je ne la connais pas, je manque de marques, de critères de jugement, de racines – et le malaise de mon dépaysement ne fait qu’empirer car je ne peux réellement m’ouvrir à l’Autre. Le ghetto, c’est tout bon, à condition de ne pas s’y enfermer.
Plus encore : si l’Autre, celui qui m’accueille, reconnaît lui-même que je suis déjà en lui, que la culture africaine fait déjà partie intégrante d’une société française plurielle et multiculturelle, venant l’enrichir et la faire bouger, alors ce qui était générateur de conflit se fait relation, échange, solidarité. Leçon à retenir : toutes les civilisations qui se sont fermées à l’étranger se sont mises à tourner sur elles-mêmes et sont entrées en décadence pour finalement se faire balayer !
Tout ça pour dire que le Gabon, ça m’intéresse !

///Article N° : 1777

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