Editorial – revue Africultures 2

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 » J’habite mon cri afin de le danser « 
Fatha Berezak, Le Regard aquarel II.
L’Harmattan 1988, p. 58.

Loin de nous l’idée d’une idéalisation simpliste ou d’un hommage hypocrite. Consacrer ce dossier du deuxième numéro d’Africultures aux Africaines est un clin d’œil à ceux et celles qui peu à peu nous découvrent : une façon de marquer notre différence. Car si les femmes sont très présentes dans l’information culturelle, elles ont rarement la possibilité de maîtriser leur parole.
Ce dossier est à l’image de cet enfant qui, l’œil rieur et nous regardant en face, se saisissait d’un haut parleur sur la couverture du premier numéro : nous avons voulu donner la parole aux créatrices africaines, sans la modifier ni la réduire. Persuadés que nous avons beaucoup à y apprendre.
Cela n’exclut pas le regard des hommes sur les femmes, comme celui d’Henri Lopès. Mais si celui des femmes nous importe, sans doute est-ce par leur capacité d’empathie.  » Nous enfantons le monde et il nous violente !  » disait une femme de Finzan, le film du Malien Cheikh Oumar Sissoko. Fortes de leur expérience de donner la vie et marquées par le statut d’infériorité que leur impose nos sociétés patriarcales, les femmes savent souvent mieux que les hommes se mettre à la place de l’Autre et ne pas penser automatiquement que l’Autre pense comme elles, en somme ne pas l’imaginer tel qu’elles voudraient qu’il soit.
On le voit bien, nous ne quittons pas ce qui nous paraît crucial : la question du regard sur l’Autre et sa différence, qui traverse tous les débats sur l’identité et l’africanité, et qui marque les expressions culturelles africaines mais pas seulement africaines aujourd’hui. Les paroles des femmes interviewées dans ce numéro sont dans leur diversité des éléments de réponse.
Dans les chansons comme dans les livres, sur les écrans comme sur les planches, la femme est celle qui se soulève, qui refuse un ordre établi qui la réduit. Cette infidélité à une tradition obsolète devenue le simple pouvoir des hommes ne va pas sans drames. Elle est pourtant source de vie : son infidélité ouvre une brèche et appelle au respect des valeurs essentielles. N’est-ce pas dès lors d’une fidélité qu’il s’agit ? Une fidélité à la vie, exemplaire pour toute la société.

///Article N° : 167

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