Election Miss Black Beauty 2004 – Allemagne

Entretien de Mohamed Bounouar avec Franklin Nkangou Mikangou.

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Trois mois après la deuxième édition « Miss Black Beauty et salon international de la mode, du tourisme et de l’art africain » qui s’est tenue le 16 mai 2004 à Bonn, Mohamed Bounouar fait le point avec Franklin Nkangou Mikangou, son initiateur et doyen des organisateurs des fêtes africaines en Allemagne, originaire du Congo Brazzaville. Un regard sur les diasporas africaines en Allemagne.

Mohamed Bounouar : Quel bilan tirer de la deuxième édition de l’élection Miss black Beauté dans le cadre du salon africain le 16 mai dernier ?
F. Nkangou Mikangou : L’élection Miss Black Beauty a été un succès dans un pays comme l’Allemagne où, aucune manifestation culturelle assez bien organisée ne peut réussir sans d’énormes moyens financiers. Où il est en général très difficile de bénéficier du concours des sponsors et d’une couverture médiatique pour faire connaître une activité culturelle qui met l’Afrique en vedette entant qu’ organisateur solitaire. Cette fois-ci, grâce à un concours de circonstance et aussi à un réseau d’alliances, il m’a été plus aisé de réussir un événement qu’il fallait en plus aller activement préparer à 100 kilomètres dans la ville de Bonn et ses environs en l’espace de presque deux mois. La 3e chaîne de la télévision officielle  » WDR  » a consacré près de 2 minutes pour annoncer la manifestation festive. Un passage de mon interview ainsi celui de 3 candidates et du défilé de mode de l’élection 2003 a été diffusé au cours de l ‘émission WDR Kosmo, une semaine avant la date de spectacle, tel que je l’avais proposé – une aubaine qui ne se produit pas tous le temps. Cela est vrai que je suis jusqu’à présent passé à plusieurs reprises à la Télé en Allemagne pour parler de l’Afrique et de mon travail quand j’étais éditeur, rédacteur en chef du magazine Béto, mais il faut reconnaître que la télévision en Allemagne et la presse établie ne cherchent toujours pas facilement à donner écho à ce genre de manifestations culturelles, mettant en valeur la culture d’une minorité sociale. Surtout que l’organisateur n’est qu’un organisateur solidaire ou une simple association. Près de 1400 personnes sont venues au salon et à l’élection. D’autre part, il y a eu plus de candidates qui se sont intéressées à cette élection par apport à l’année précédente. Plus d’une trentaine de jeunes femmes ont manifesté leur joie de prendre part à l’élection. Certes toutes ne sont pas venues au rendez-vous ; nombre d’entre elles, près d’une dizaine résidant à plus de 400 Kilomètres n’a pas pu faire le déplacement compte tenu jour choisi. Mais il faut le reconnaître ; que mine de rien, cette manifestation est entrain de faire son petit bonheur de chemin. Il faut aussi comprendre l’altitude de toutes ses jeunes femmes qui ne sont finalement plus venues. Reprendre le chemin aux environs de 20 heures, puisqu’il faut le surlendemain allez de bonheur à l’école ou au travail, lorsqu’on habite Hambourg, Berlin, Munich n’est pas facile. Pour des raisons nombreuses, il n’est pas simple d’organiser ce genre de fêtes les samedis et drainer un grand monde. Cela est une chose que j’ai pu comprendre à travers le temps et l’expérience. En tout état de cause, la meilleure des choses serait d’arriver à proposer en tout cela 2 journées de manifestations festives les week-ends pour chaque édition afin de permettre ceux qui viennent de loin et doivent repartir chez eux sans grand mal, de le faire le dimanche aux alentours de 17 ou 18 heures.
Mohamed Bounouar : Mais il y a pourtant longtemps que vous organisez des choses en Allemagne. Vous n’êtes plus un simple organisateur. Il a d’autre part actuellement assez d’Africains, de blacks qui habitent l’Allemagne, comment se fait-il que vous n’arriviez pas à réunir tant de monde les Samedi ou à proposer régulièrement un calendrier de 2 jours pour chaque manifestation festive ?
F. Nkangou Mikangou : L’Allemagne n’est pas comme la France, la Belgique, l’Angleterre ou la Hollande en une moindre mesure. Premièrement, se frayer un chemin dans l’univers souvent semé d’embûches de l’organisation des événements culturels surtout de manifestations festives africaines et ensuite séduire un large public est tout une chose réellement difficile qui demande une remise en question permanente. Tout d’abord, l’Allemagne qui était arrivée à s’imposer comme carrefour des rencontres multiculturelles en Europe avec des tournées multiples des artistes africains, antillais, américains, asiatiques depuis la fin des années 70 jusqu’au début 90 s’est essoufflée. Elle est depuis plus d’une décennie confrontée à ses problèmes internes. Si bien qu’organiser une manifestation festive en Allemagne requiert des moyens financiers et un travail considérable. Il y a certes deux ou trois grands festivals africains annuels en Allemagne sur la musique et la culture africaine qui peuvent encore témoigner de ce dynamisme de la belle époque, mais les réalités sont tenaces pour les organisateurs, associations qui ne peuvent ni réellement compter sur les pouvoirs publics ni sur de grands sponsors au nombre souhaitable. Certes avec un peu plus d’endurance, il est possible d’arriver à trouver une participation des pouvoirs publics et organiser. Mais cela serait pour le faire une fois tous les dix ans ! D’autre part la communauté noire est morcelée et nouvelle dans une Allemagne fédérée. Il faut avouer que de nombreuses personnes de la communauté noire ne sont malheureusement pas intéressées à faire cause commune. La plupart d’entre elles préfèrent passer presque tout leur temps de loisir dans les églises les week-ends ou à se rencontrer en cadre fermé entre compatriotes ou clans.
Mohamed Bounouar : S´il faut se référer aux éditions que vous et votre association avez organisées au cours de ces deux dernières années, on a l’impression que Miss B.B. n’est réservée qu’aux Africaines et de surcroît pour celles seulement qui résident en Allemagne.
F. Nkangou Mikangou : Non ! L’élection Miss Black Beauty n’est pas réservée aux Africaines. Comme l’indique le terme, Miss Black beauty concerne toutes les jeunes femmes au teint foncé. Chaque jeune femme au teint foncé de 18 à 30 ans intéressée, qu’elle habite l’Allemagne ou pas et aussi longtemps qu’elle peut à ses frais se déplacer sans problème de papiers, peut postuler au titre de Miss Black Beauty que nous organisons. Cette initiative a été lancée pour affirmer l’identité culturelle, marquer la présence de l’Afrique et sa diaspora en Allemagne, créer une plate-forme de préparation pour les femmes de la communauté black qui veulent se lancer comme modèle, ou mannequin. La seule difficulté est qu’une femme qui remporte le titre de miss et n’habite pas l’Allemagne ne peut être proposée pour la grande élection officielle allemande « Miss Germany ». Qu’à cela ne tienne. Ce n’est pas là le grand mal. Une fille qui d’ailleurs habite l’ Allemagne et ne possède pas de passeport allemand ne peut non plus prendre part à la dite élection. A Bonn, ont participé une jeune congolaise habitant l’Autriche et une Métisse venue des USA qui habite actuellement à Düsseldorf. Elle, sa mère allemande et son père mi-afro-américain, mi-indien nous ont beaucoup aidés depuis les premiers jours du casting jusqu’à celui de la fête. la famille a gardé jusqu’à présent de bons contacts avec nous. Comme elle maîtrise bien l’anglais qui est sa langue, c’est à elle que j’ai confié le travail de coordonner le contact entre candidates de l’Allemagne et organisateurs de l’élection  » Miss Afrique international  » à New York.
Mohamed Bounouar : Parlons de la prochaine édition.
F. Nkangou Mikangou : La prochaine édition  » Miss Black Beauty  » aura lieu à l’été 2005 sauf imprévu de dernière minute. Elle se passera certainement à Berlin. Entre autres, j’envisage le lancement de Miss Afrique Europe, « Miss Afrika Europa », à une ville frontalière d’Allemagne comme Aachen (Aix la Chapelle).
Mohamed Bounouar : Soyons sincère ! Compte tenu de la pauvreté des populations en Afrique, par voie de conséquence celle de la communauté noire un peu partout à travers le monde, avons-nous réellement besoin des élections de Miss ainsi que des défilés de mode, de toutes ces fêtes mondaines qui ne servent qu’à étaler la beauté de la femme et à exhiber le luxe ?
F. Nkangou Mikangou : De prime abord, mes activités principales ni celles de mon association ou de mon journal il y a quelques années ne se limitent pas seulement à l’organisation des élections Miss ni à des défilés de mode. C’est pour cette raison que chaque élection a été jusqu’alors été combinée avec un salon expo vente. Car le but visé est l’intégration de la communauté africaine en Allemagne et la quête de l’identité culturelle, la promotion de l’Afrique, de sa culture, de ses produits.
D’autre part, l’Occident a une fausse vision de l’Afrique, c’est aux Africains d’agir pour réhabiliter l’image du continent. Sans vouloir occulter les souffrances réelles des populations africaines, il est impérieux de savoir comment avancer. Pour cela, encourager le dynamisme dont fait preuve la jeunesse africaine malgré les aléas de la vie surtout en Afrique et dans de nombreux pays de la diaspora est un devoir et une contribution au développement. C’est aussi une manière d’aller contre la misère, la résignation et le fatalisme. Il ne faut pas ignorer qu’une élection de Miss est une manifestation culturelle comme toute autre et au même titre qu’un festival de musique, qu’une grande exposition d’art.
Il faut aussi le reconnaître qu’une société, une communauté qui ne sait pas dans sa diversité s’occuper de ses activités récréatives se prive d’occasions considérables pour son épanouissement, pour créer sa joie de vivre et affirmer son identité. Sans vouloir étendre des échelles de valeur néfastes pour la société africaine ni encourager le snobisme, l’aliénation culturelle, les élections de miss ainsi que les défilés de mode par exemple sont des moteurs à la vie culturelle et au développement économique.
Comment peut-on développer la haute couture, l’industrie de la mode, du textile, de la photographie voire du tourisme culturel lorsque ces élections ainsi que les défilés de mode font défaut ?

Miss Black Beauty 2004 : Arig Gehbremedhin Bekri (Érythréenne 19 ans) n° 1 sur la photo.
Miss Black Beauty : Organisation : Béto e.V. Postfach 101532. D- 40006 Düsseldorf. Deutschland. www.beto-ev.org.
Manager : Franklin Nkangou Mikangou. Tel : 0049.172.2848154. [email protected]///Article N° : 3488

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