Essaouira, ville de l’amour, de la musique et du vent…

Essaouira, festival Gnaoua – Musiques du monde, 13 au 16 juin 2002

Print Friendly, PDF & Email

Le vent souffle sur Essaouira tandis que se prépare la cinquième édition du festival Gnaoua – Musiques du monde. Deux grandes scènes sont installées, décorées, prêtes à accueillir les musiciens qui vont nous faire rêver pendant trois jours – trop courts !

Cette année, ce sont les génies d’un jazz ouvert à la fusion qui sont invités à se mesurer aux rythmes gnaoua : Minino Garay le percussioniste argentin, Mokhtar Samba à la batterie, Linley Marthe à la basse, ainsi que Bojan Z. au clavier, le saxophoniste Julien Lourau ou Louis Bertignac à la guitare… Nombreux et talentueux, ils rencontrent entre autres les Mâalems (maîtres gnaoua) Mustapha, Regragui ou Mahmoud Guinéa. On les retrouve dans toute la ville, des grandes scènes aux lieux plus intimistes que sont Dar Souiri ou chez Kébir. Ici une fois le thé servi, coussins et tapis installés, la place est faite pour Hadouk Trio, le groupe du saxophoniste-flûtiste Didier Malherbe, accompagné par Steve Shehan aux percussions et Loy Ehrlich, qui manie aussi bien le synthé et la kora que le guembri ou le rôle de DA du Festival… Le son s’envole en bulles dorées et épand sa douceur sur le public. Mais le lieu prête également son cadre aux bœufs enflammés qui s’improvisent entre Maâlems et jazzmen du monde…
C’est bien cette impression de don et de partage que laisse le Festival : si la musique gnaoui est si appréciée aujourd’hui, c’est qu’elle a su s’ouvrir aux influences pour mieux se préserver. La tradition est vivante : ça se voit et ça s’entend à chaque coin de la Médina ! Le fils de Mahmoud Guinéa, tout jeune, est déjà sur scène aux côtés de son père : maniant les karkava, il se concentre sur le rythme de ses aînés. Chez Kébir, c’est le fils du Maâlem Harabida qui épate l’assemblée par son agilité à la danse. Les jeunes sont prêts à assurer la relève ! Et si on en doutait, les talents sélectionnés en première partie sont là pour le confirmer. Derga et son mélange explosif d’instruments traditionnels et de guitares rock mettent le feu parmi un public déjà conquis par la bonne bouille de ces jeunes étudiants. Askoury et Afouss rééditent les jours suivants, toujours avec un don pour revivifier les rythmes gnaoua à la source d’un rock fusion bien efficace.
Ce dynamisme de la jeune création marocaine est manifeste dans toutes les expressions artistiques. Que ce soient les  » Artistes Singuliers  » de la galerie Frédéric Damgaard ou les jeunes photographes comme Youssef Amchir exposé à la galerie Photo Art Mogador, le Festival d’Essaouira est l’occasion de rencontrer les artistes du Maroc de M6, le Maroc qui se modernise et se libéralise, qui parle et qui signifie surtout, par tous les moyens à sa disposition.
Et si cette création est tellement riche aujourd’hui, c’est que ses racines ne sont jamais très loin. Les Gnaoua sont les descendants d’esclaves africains et, comme tels, ils ont longtemps été marginalisés dans la société marocaine, vivant de la mendicité en pratiquant leur art. Aujourd’hui c’est l’Afrique qui est mise à l’honneur dans le cadre du Festival: les Maâlem occupent le devant de la scène. Qu’ils soient marocains ou algériens (les Diwan), leurs instruments et leur musique à vertu thérapeutique dont seule la dimension profane est montrée au public, manifestent avec éclat cette part d’africanité du Maghreb. Oumou Sangaré la diva malienne et Dimi Mint Abba, grande voix mauritanienne, aimantent les foules lors de deux concerts magiques. Sous la lumière des étoiles, parmi les acclamations du public, leur chant s’élève pour célébrer la présence de l’Afrique sur le sol marocain. Et que dire de ces instrumentistes qui jouent dans le monde entier: le percussioniste Yaya Ouattara du Burkina, Solorazaf, le guitariste malgache, Linley Marthe de l’Ile Maurice ou Mokhtar Samba du Sénégal…?
Multiple, l’Afrique est là, et elle nourrit le festival qui s’achève dimanche avec le coucher du soleil, et la montée sur scène du groupe de Karim Zyad, Ifrikya, au nom prédestiné pour réconcilier la culture arabe et son identité africaine. Le miracle s’accomplira peut-être: c’est en live que les plus beaux rêves se réalisent à Essaouira…

Voir également notre exposition des Artistes singuliers d’Essaouira ///Article N° : 2338

  •  
  •  
  •  
  •  
Les images de l'article
Première grande scène pour Darga, jeunes musiciens maraocains. © Marie-Charlotte Devise
Les musiciens du Maâlem Merchane saluent le public en compagnie de Yaya Ouattara (percussionniste; Burkina-Faso) et Linley Marthe (bassiste; Ile Maurice/France). © Marie-Charlotte Devise
Le soleil se couche sur la cinquième édition du Festival d'Essaouira. © Marie-Charlotte Devise
Chez Kébir. Bœuf entre la troupe du Maâlem Harabida et les musiciens d'Ifrikya (groupe du batteur Karim Zyad)." © Marie-Charlotte Devise





Laisser un commentaire