Fiche Film
Cinéma/TV
LONG Métrage | 1974
Histoire du Brésil (História do Brasil)
Glauber Rocha
Titre anglais : History of Brazil
Pays concerné : Brésil
Réalisateur(s) : Glauber Rocha
Avec : Glauber Rocha
Durée : 166

Français

Une interprétation, par le montage d’extraits de films de fiction et documentaires et de photos, de quatre siècles et demi d’histoire brésilienne, depuis la découverte du pays par le navigateur portugais Pedro Alvares Cabral, en l’an 1500, jusqu’au début des années soixante-dix, à l’apogée de la dictature militaire.

Brésil, 1974, N&B, 35 mm, 2h46′

Réal : Glauber Rocha

Scénario
Glauber Rocha, Marcos Medeiros

Montage
Glauber Rocha, Marcos Medeiros

Interprètes
Jirges Ristum, Glauber Rocha, Marcos Medeiros

Production
Tricontinental


« Cette Histoire du Brésil en sept chapitres d’une heure est un film didactique destiné spécialement à la télévision, aux écoles primaires et, pourquoi pas, aussi aux universités. Leçon d’histoire pour tous les publics de 12 à 120 ans, européens, américains, asiatiques, arabes, africains. Pour tous ceux qu’intéresse une vision intégrée des 473 années d’existence du Brésil, vision qui fait principalement défaut aux Brésiliens. Pourquoi ne pas admettre que les Brésiliens ont toujours vécu aliénés ou mal informés en ce qui concerne l’histoire de leur pays ? J’ai étudié toutes les principales composantes de cette période 1500-1973 : l’économique, le politique, le social.
Et le synopsis a été fait à partir de la bibliographie brésilienne spécialisée et de toute la littérature internationale que j’ai pu consulter durant une année entière de recherches. Je me suis alors aperçu que jamais personne n’avait réalisé une synthèse de tous les aspects de l’histoire du Brésil… Le plus dur fut donc de réintégrer tous ces éléments dans le fameux « chaos brésilien », chaos qui n’a jamais existé : création et fruit de l’ignorance défendu et alimenté de l’extérieur, instrument d’aliénation qui est le grand responsable de notre inculture et de la médiocrité de notre formation universitaire. En sept heures de film, je veux faire une description chronologique révélant les structures déterminantes, les racines des problèmes brésiliens. Il est évident que je ne prétends pas donner une version définitive, entre autres raisons à cause du caractère précaire de la documentation existante.
Mais je pense que ce film pourra servir de point de départ à l’élaboration d’un schéma qui donnera aux intéressés une compréhension plus exacte et scientifique du Brésil… J’ai utilisé le matériel le plus varié et le plus expressif que j’ai pu recueillir pour faire de cette Histoire du Brésil une information virtuelle. L’iconographie populaire et érudite, la photo journalistique ou de témoignage social, l’image cinématographique documentaire ou de fiction : le maximum d’images produites par les Brésiliens à toutes les époques de leur histoire. Toute forme, tout élément plastique, rationnel ou spontané, m’a intéressé et servi comme témoignage ou comme document, sans restrictions mentales à l’égard de celui qui l’avait créé : l’important étant que l’artiste et son oeuvre aient une relation avec la réalité brésilienne.
Avec cette expérience que je n’hésite pas à qualifier de moderne, d’innovatrice, j’espère donner une fonction pratique et didactique au cinéma que je pourrai faire désormais. Le cinéma cesse d’être pour moi seulement de l’art : c’est beaucoup plus que cela… Je ne veux pas continuer à exploiter l’ignorance populaire. L’une des raisons qui m’ont éloigné du cinéma brésilien fut la déformation dont souffrit un mouvement de rénovation comme le Cinema Novo. L’industrie actuelle fondée sur le modèle qui s’affermit en 1962 et 1968 a trahi les principes d’origine. On estime aujourd’hui la production cinématographique brésilienne comme l’une des plus florissantes du tiers-monde avec une centaine de titres en moyenne par an, mais cette production s’est transformée en instrument d’exploitation de l’ignorance populaire et vit de façon contradictoire du paternalisme de l’Institut national du cinéma. Il s’agit d’un modèle aliéné avec lequel je ne veux pas m’identifier. »
Glauber Rocha, écran 74, no 23, mars 1974
in Théâtres au cinéma/Glauber Rocha. Anthologie du cinéma brésilien
des années 60 aux années 80, Nelson Rodrigues – Collection Magic Cinéma

Source:
FIDMarseille 2012 (ÉCRAN PARALLÈLE / Rétrospective Glauber Rocha)
www.fidmarseille.org/dynamic/index.php?option=com_content&view=article&id=1164&Itemid=151&lang=english

English

« This History of Brazil, in seven one-hour chapters, is an educational film especially aimed at television, primary schools and why not universities too? A history lesson for anybody aged from 12 to 120, Europeans, Americans, Asians, Arabs, Africans. It is for all those interested in an integrated vision of the 473 years of Brazil’s existence, a vision which Brazilians mostly lack. Why not admit that Brazilians have always lived alienated from, or misinformed about, the history of their country? I have studied all the main components of the period from 1500 to 1973: economic, political, social.
And the synopsis has been produced from the specialized Brazilian bibliography and all the international literature I was able to consult during an entire year of research. I realized that nobody had produced a resumé of all aspects of the history of Brazil… The hardest thing was therefore to reintegrate all these elements into the famous « Brazilian chaos », a chaos which never existed: the creation and fruit of ignorance defended and fed by the exterior, an instrument of alienation which is largely responsible for our lack of culture and the mediocrity of our university training. In seven hours of film, I want to create a chronological description revealing the determining structures, the roots of Brazilian problems. Il is obvious that I do not pretend to present a definitive version, partly because of the precarious nature of existing documentation.
But I think that this film might serve as a starting point for the development of a schema which will provide interested parties with a more precise and scientific comprehension of Brazil… I have used the most varied and expressive material that I could find to make this History of Brazil into virtual information. The popular and erudite iconography, the journalistic or social testimony photo, the documentary or fictional cinematic image: the maximum of images produced by Brazilians from all periods in their history. Each shape, every plastic, rational or spontaneous element, interested me and served as testimony or as a document, without mental restrictions about who created it: the important thing being that the artist and his work are related to Brazilian reality. With this experiment that I unhesitatingly describe as modern and innovative, I hope to give a pratical and didactic function to the cinema that I produce from now on. For me the cinema has ceased to be only art : it is much more than that… I don’t want to continue to exploit popular ignorance. One of the things that distanced me from Brazilian cinema was the deformation suffered by a movement of renewal like Cinema Novo. The current industry founded on the model which affirmed itself in 1962 and 1968 has betrayed the original principles. It is estimated today that Brazilian cinematic production as one of the most flourishing in the Third World, with one hundred titles on average each year, but this production has been transformed into an instrument of exploitation of popular ignorance and exists in a contradictory way from the paternalism of the National Cinema Institute. It is an alienated model with which I don’t wish to be identified.
Glauber Rocha, écran 74, no 23, mars 1974
in Théâtres au cinéma/Glauber Rocha. Bresilan Cinema Anthology,
from the 1960’s to the 1980’s, Nelson Rodrigues – Magic Cinema Collection