Fiche Film
Cinéma/TV
LONG Métrage | 2008
Sidney Poitier, un outsider à Hollywood
Catherine Arnaud
Titre anglais : Sidney Poitier, An Outsider in Hollywood
Pays concerné : États-Unis
Réalisateur(s) : Catherine Arnaud
Avec : Danny Glover, Harry Belafonte, Sidney Poitier
Durée : 65
Genre : portrait
Type : documentaire

Français

De 1950 à 1980, il a donné chair et âme aux combats de l’Amérique noire. En archives et en témoignages, d’Angela Davis à Danny Glover, portrait d’un grand acteur et de son temps.

Âgé aujourd’hui de 81 ans, Sidney Poitier est un self-made man comme l’Amérique les aime. Quand il débarque à New York en 1944, venu des Bahamas, il sait à peine lire. Mais il a l’avantage d’avoir grandi dans un pays où les Noirs sont majoritaires. Ce sentiment d’être « très sûr de ce qu’il est » lui confère une dignité sereine, dans la vie comme à l’écran, et une indéniable aura. D’abord jeune premier dans un théâtre noir de Harlem (en concurrence avec Harry Belafonte), il tient bientôt à Hollywood des rôles de plus en plus importants. Il sera l’un des premiers acteurs noirs à jouer les jeunes premiers, le premier aussi à recevoir, en 1963, la récompense suprême de l’Oscar. Avant lui, le « problème noir » n’existe tout simplement pas dans l’industrie du rêve américain, même si un acteur comme Paul Robeson a puissamment contribué à populariser la lutte pour les droits civiques. N’hésitant pas à faire modifier les scénarios qu’il juge trop mous ou trop timides, Sidney Poitier, en accédant au statut de star, offre à toute une génération l’image et l’espoir d’une égalité encore proscrite par la loi. Jamais dupe de son rôle de « caution » dans un système qu’il combat discrètement, aux côtés notamment de Martin Luther King, il revendique avec une égale fermeté d’être jugé sur autre chose que sa couleur. A-t-il donné à l’Amérique blanche, comme le Black Power l’en accusera, la seule image de Noir qu’elle puisse accepter, celle, lisse et soumise, d’un « assimilé » ? Refusant toujours d’adopter des armes et des mots qui ne sont pas les siens, il évite de répondre directement à ces attaques. Avec le recul du temps, il incarne surtout une conscience sûre d’elle-même, doublée d’une vraie passion pour le métier d’acteur, puis de réalisateur. Mêlant le destin exceptionnel de Sidney Poitier à celui de la communauté afro-américaine, ce portrait très riche offre un voyage à travers trois décennies de films et de combats politiques, en s’appuyant sur les témoignages de Danny Glover ou des anciennes Black Panthers Kathleen Cleaver et Angela Davis, sans oublier les extraits d’entretiens accordés jadis par l’acteur.

I knew that however inadequate my step appeared, it was important that we make it. From one step would come another step, however overdue, and every new step would bring us closer.

Sidney Poitier



Je savais que quelle que soit ma façon d’avancer, il était important que j’avance ainsi.
Un pas, puis un autre, même s’il était trop tard, car chaque nouveau pas nous rapprocherait du but.

Sidney Poitier

Synopsis

Il s’agit d’une évocation de la première Star noire hollywoodienne, Sidney Poitier, aujourd’hui âgé de quatre-vingt ans.
Et ce, au cœur de son idéal: celui de restaurer l’image de l’homme noir sur l’écran américain au fil de trois décennies (de 1950 à 1980).
Le film tresse le récit de la guerre d’un acteur noir, seul à Hollywood au milieu des Blancs et celui de la lutte de la communauté afro américaine pour ses droits civiques, de Martin Luther King aux Panthères Noires, en passant par Malcom X.

Engagements, ténacité, convictions, concessions, déceptions, au cœur de toute vie, certes, mais ici au cœur d’une certaine Amérique noire, celle qui a eu la parole, et celle qui l’a prise de force. Tel est l’axe de ce film dont Sidney Poitier est le centre de gravité.

Le film est un double hommage à la guerre d’un seul homme et à un combat collectif.

Note d’intention de l’auteur

J’ai vécu dans différents pays de l’Afrique francophone de ma naissance à 1974. Dans le contexte colonial puis celui des indépendances, néo-colonial trop souvent où j’ai baigné, j’ai été sensibilisée au racisme.
J’ai vu, à l’époque de mon adolescence, tous les films où Sidney Poitier imposait son élégance au monde blanc. La Chaîne de Stanley Kramer et Graine de Violence de Richard Brooks étaient mes préférés.

Journaliste (cinéma) durant 20 ans, j’ai assisté en 1979, aux Premières Rencontres des Cinéastes Noirs de Harlem, pour sélectionner les films d’une manifestation à Paris organisée avec une autre journaliste, Catherine Ruelle (une soixantaine de films des ghettos noirs des années 20 aux années 80 présentée à la FNAC).
J’y ai découvert les Charles Burnett, Charles Lane, Larry Clark, Billy Woodberry, Kathleen Collins, Jackie Shearer, qui avaient réalisé leurs premiers longs métrages et qui n’ont jamais atteint la notoriété internationale d’un Spike Lee dix ans plus tard. A l’exception de Charles Burnett.

J’ai eu la chance alors d’avoir des échanges avec ces réalisateurs sur l’histoire des cinéastes et des acteurs noirs dans le cinéma américain. L’évocation de Sidney Poitier y était au centre.
J’ai compris là, vraiment, que l’énergie hors norme de Sidney Poitier et sa soif d’imposer, enfin, des images positives de Noirs à l’écran, étaient tombées pile avec la crise de mauvaise conscience d’Hollywood (années 50 surtout), et fort mal, dès 1964, avec le mouvement de colère de ses frères radicaux (Malcom X puis les Panthères Noires) dont il a cependant toujours été solidaire. Parfois en coulisse, parce que l’acteur était devenu trop voyant et « otage » inévitablement, de l’establishment américain et d’Hollywood en particulier.
C’est de ce jour, que m’est apparue la dimension émouvante, parfois poignante, de Sidney Poitier. C’est de ce jour que le tandem destin individuel/contexte politique m’est apparu indissociable et postulat sans conteste du film.

J’ai compris que Sidney Poitier avait réussi à chasser les stéréotypes des « mamies et des oncles Tom » de l’écran américain et qu’il était devenu la première star noire du cinéma américain durant deux décennies, mais qu’il en avait payé le prix fort. Ainsi s’était-il isolé à un moment d’une partie de la communauté afro américaine radicale. Puis, qu’en interprétant des personnages intégrés, élitaires, asexués, il participait, contrairement à ses intentions, à une forme d’exclusion de la réalité sociale de l’Amérique noire.
Comment Sidney Poitier a-t-il vraiment vécu ces années de gloire mêlées de solitude? Et les militants des années soixante, que furent réellement leurs luttes ? Que voulait vraiment faire passer Hollywood « en inventant » les personnages de Sidney Poitier ? Toutes ces questions que je me pose depuis des années sont à l’origine du désir de ce film.

Traitement du film

65 minutes

L’enjeu primordial de cette évocation de Sidney Poitier est de faire la part d’un destin individuel exceptionnel à l’intérieur d’une histoire collective, celle de la communauté noire d’Amérique.
Ainsi, le parcours et l’empreinte de Sidney Poitier dans l’histoire de l’acteur noir sur les écrans blancs d’Amérique sont balisés par les grandes étapes de la vie sociale et politique, souvent brûlante, de la communauté afro américaine.

Le film s’attache à montrer comment Sidney Poitier aura souvent été aimé pour de mauvaises raisons c’est-à-dire comme alibi de la mauvaise conscience d’Hollywood, comme modèle par excellence d’une intégration réussie. En revanche, comment l’acteur aurait dû à d’autres étapes de sa carrière été « mieux aimé », mieux récompensé tout simplement parce que c’est un acteur immense, indépendamment de la couleur de sa peau.

Parmi les intervenants (interviewés ou grâce aux archives filmées) apparaissent tour à tour les historiens du cinéma Pearl Bowser et Donald Bogle, le chanteur et acteur Harry Belafonte, l’acteur Danny Glover, et des figures emblématiques du mouvement « black power » comme Angela Davis et Kathleen Cleaver.

Des lignes de fuite du récit rendent hommage à des acteurs afro-américains essentiels comme Ruby Dee et Ossie Davis, Dorothy Dandridge, Canada Lee, Paul Robeson, et bien d’autres.

Les archives concernant le combat pour les droits civiques de la communauté afro-américaine scandent les mouvements de lutte durant les trois décennies hollywoodiennes de l’acteur. Ces archives marquent les étapes principales des avancées des activistes afro américains et des moments de répression subis par eux. Ainsi sont évoqués le passage des luttes non-violentes liés à la déségrégation progressive de l’Amérique sous la houlette de Martin Luther King, puis le passage au durcissement des militants radicaux via Malcom X, jusqu’à l’avènement du Parti des Panthères Noires. Cette dernière partie de la lutte pour les droits civiques correspondant au terme de l’apogée de l’acteur, concentrée en cette année 1967, et décrétée « l’année des Noirs » par la presse américaine.

Les archives évoquent également la vie publique, sociale et artistique de Sidney Poitier. Des interviews inédites de l’acteur émaillent le récit sur deux décennies.
Les extraits de films privilégient la marque spécifique de l’acteur, son charisme et son combat devant la caméra, ses ruses et ses intrusions dans les scénarios. Et non exclusivement ses succès au box-office.

Ces extraits mettent en exergue la logique interne hollywoodienne et l’absence de logique du palmarès de sa carrière, ainsi que l’aspect injustement inédit de certains de ses films.
Des extraits de bandes-annonces au rythme et au ton collant à leur époque emballent le récit et les replacent dans l’histoire.

Un commentaire en voix off de l’auteur, sporadique, articulant la chronologie des évènements de la carrière de Sidney Poitier et de l’Histoire afro-américaine. Il impose délibérément sa subjectivité lorsqu’il s’agit des rôles de l’acteur, parfois en contrepoint et opposition à certains intervenants.

Les thèmes essentiels abordés dans le film

Sidney Poitier et Hollywood

Seuls le Jazz et la Boxe ont consacré, aux Etats Unis, très largement et très tôt, des personnalités n’appartenant pas à la Communauté blanche. Parce qu’ils s’y imposaient d’eux-mêmes. Parce que, dans ces deux domaines, le talent et la technique y sont déterminants, donc incontrôlables.
A contrario, l’Industrie cinématographique « fabrique ».
Donc impose ou rejette.
L’Industrie cinématographique blanche décide, durant des décennies, d’exclure ou de réduire le rôle des Noirs ou d’imposer un jour, un Noir, à l’écran, au milieu des Blancs. Sidney Poitier est celui-là, inventé par la mauvaise conscience d’Hollywood, microcosme de l’Amérique.

C’est à New York, en habitant Harlem, entre 1946 et 1949, que Sidney Poitier a véritablement ses premiers contacts avec la société américaine blanche. Cette société l’attire. Le samedi soir, de Harlem, il s’habille et part à Broadway, fasciné par les néons des lieux de spectacles. Il se contente, de longs mois, de déambuler, de regarder, heureux d’être là.
Lorsqu’il débarque à La Fox en 1949, pour signer son contrat sur La porte s’ouvre (No Way Out) de Joseph L. Mankiewicz, Sidney Poitier découvre deux choses: le luxe et absence d’acteurs noirs.
C’est son lot, désormais, de se battre seul pour imposer de nouveaux personnages de Noirs sur les écrans du cinéma blanc. Et puis, Sidney Poitier a une immense compassion pour les acteurs noirs qui ont souffert, enchaînés qu’ils étaient à des rôles d’esclaves, de domestiques, éternellement, comme Stephen Fetchit et Hattie Mac Daniel. Et ce, malgré leur talent. C’est aussi à eux qu’il estime devoir son combat.
Il se sent « à part » sur les plateaux : il est le seul Noir sur la centaine de personnes que rassemble chaque fois le tournage d’un film. Il s’aperçoit très vite qu’un projecteur appelé « le projecteur N » (N comme Negro) lui est attitré, pour éclairer sa peau sombre.

Sidney Poitier dit que « le succès de sa carrière vient du fait qu’il a servi d’instrument à une poignée de réalisateurs blancs qui voulaient faire bouger les choses ». De ces « hommes progressistes », il accepta d’emblée les personnages qu’ils lui confièrent. Parmi eux: Darryl Zanuck, Stanley Kramer, Ralph Nelson, Joseph L. Mankiewicz et quelques autres.
Il se sait « regardé » perpétuellement, pas seulement sur l’écran. Le moindre de ses faits et gestes est épié : c’est la rançon de sa gloire unique.

Le lien puissant avec la communauté afro américaine

Durant les trois années passées à L’American Negro Theatre de Harlem, de 1946 à 1949, Sidney Poitier plonge dans une effervescence artistique et culturelle qui va le captiver, le former, le cultiver. Lui, que l’on a tendance à associer exclusivement à Hollywood, à la vie artistique blanche, a un lien très fort avec la communauté noire américaine de la musique, de la littérature, de l’art dramatique, de la culture en générale et de la politique.
Et puis, ses expériences théâtrales, à cette même période, se passent entièrement dans la communauté noire : la troupe, le public, celui de Harlem et des tournées, ne concernent que la communauté noire. Il s’y sent différent, mais proche.
« Outsider », parce que d’une autre culture noire, celle des Caraïbes. Comme Harry Belafonte, l’allié intime, l’ami de toujours malgré quelques brouilles, et qui l’entraîne dans son sillage politisé, une décennie plus tard à accorder son soutien à Martin Luther King et aux mouvements en faveur des droits civiques.
Jusqu’à sa sortie d’Hollywood au début des années soixante-dix, Sidney Poitier tente de se conformer au maximum à l’exigence politique et sociale d’une partie de la Communauté noire, décidée à ne plus rien laisser passer. Mais il arrivera un moment où les limites imposées par Hollywood, le sépareront de la classe des artistes et intellectuels noirs de l’époque.

Sidney Poitier, bien que sensible à certaines attaques à son égard, de la part de la communauté noire, portant en général sur ses personnages, sur son
« assujettissement » à Hollywood, reste imperturbable quant à ses propres choix : des choix de films humanistes, faisant tomber les barrières raciales, des personnages d’hommes noirs intégrés et dignes.

Comme on le verra lors d’une conférence de presse houleuse, Sidney Poitier ne se justifie pas.

Mais le film Devine qui vient dîner ? et le rôle de l’acteur en premier gendre noir de l’écran américain est ressentie par ses détracteurs comme un point de non-retour. Le côté « irréprochable » du personnage qui fait tout pour ne pas faire peur aux Blancs et se faire admettre dans leurs rangs, comme dans Les Anges aux poings serrés (To Sir With Love) où Sidney Poitier repasse sa chemise blanche, le soir, dans sa chambre d’hôtel. Et ce, pour se présenter, le lendemain, impeccable, et donner ses cours à des adolescents blancs, arrogants, les pieds sur leur pupitre. Cette image là ne pouvait plus cadrer avec la radicalisation de certains mouvements radicaux noirs, comme celui des Panthères Noires qui refusaient désormais l’intégration, donc l’approbation des Blancs.

A partir de ce moment-là, Sidney Poitier ne consulte plus ses frères de race et poursuit son chemin solitaire d’acteur. En cette même année 1968, il participe au scénario du film de Daniel Mann, For Love of Ivy. Il y aura, comme par hasard, la première scène d’amour de sa carrière. Un autre pas, marqué par lui, dans l’histoire de l’acteur Noir à l’écran.

L’engagement et le maccarthysme

Sidney Poitier découvre la discrimination raciale à seize ans, à Miami, en 1943, lorsqu’il quitte le nid familial de l’île de Nassau, et rejoint son frère Cyril. Il découvre que dans les bus, sur les bancs publics et au théâtre, Noirs et Blancs n’ont pas droit aux mêmes espaces. Son ignorance des règles (raciales) du jeu l’oblige, un jour, à quitter Miami. Il apprend progressivement à « jouer » avec cette nouvelle donne, sans violence. Parce qu’il croit au « rêve américain », dès qu’il arrive à New York, en 1944.
S’imposer comme Noir au milieu des Blancs dans l’establishment hollywoodien, tel sera son combat. Mais c’est lentement que cette détermination se fera. Car au départ, il veut devenir acteur parce qu’il veut échapper à sa condition de laveur de voiture, de chauffeur et de machiniste.
L’éveil politique de Sidney Poitier a ses prémices durant ses débuts d’acteur à L’American Negro Theatre de Harlem. L’un de ses professeurs,

Louise, une actrice de vingt ans, l’épate par son vocabulaire argotique et ses analyses politiques au scalpel.

L’engagement de Sidney Poitier commence à la Actors Equity Association où il se bat comme beaucoup d’autres, dans les années cinquante, pour imposer ce qu’on appelle aujourd’hui des quotas.
Car en fait, aux Etats Unis, à cette époque, la société noire et la culture noire n’étaient jamais représentées, ni au théâtre ni à Hollywood. Si ce n’est par un seul personnage, en dehors des domestiques, comme égaré au milieu des Blancs. Eventuellement artiste, plutôt chanteur ou pianiste, au milieu d’une scène, comme l’inoubliable Sam de Casablanca.

Pour toutes ces raisons, à Broadway, cet Eden du théâtre pour les acteurs et un public amoureux, il y avait très peu de travail pour les acteur noirs.
Ses revendications démonstratives sur le métier amènent un jour à Sidney Poitier l’inimitié d’un certain Lee Wiper, à la tête de la Negro Actors’ Guild. Ce dernier s’en prend à lui, en lui conseillant de s’accommoder davantage du système, de ne pas faire autant de vagues, de moins fréquenter de gens « de gauche » (allusion, une fois de plus, à ses amis Paul Robeson et Canada Lee, les deux acteurs noirs notoirement marqués à gauche)… Et c’est quelques jours plus tard, justement, qu’avant de signer son contrat pour Graine de violence (Blackboard Jungle) de Richard Brooks (1955), l’avocat de la production l’incite à une sorte de dénigrement de ses deux amis-acteurs en question, en même temps qu’à une renonciation à toute attitude « refractaire » sur le tournage. Indigné, il claque les talons. Cette expérience se renouvelle, deux ans plus tard, avant le tournage de L’Homme qui tua la peur (The Edge of the City), de Martin Ritt. Finalement, il n’y aura pas de suite à ces intimidations, courantes en cette période de maccarthysme forcené.

La découverte de la valeur de ses origines et de ses parents

Sidney Poitier garde un souvenir d’une enfance dépourvue de tensions raciales sur une île ou les noirs n’étaient pas une minorité. Dans ce contexte, ses parents lui ont transmis une forte estime de soi qui n’était pas liée aux questions de race.

Cet amour reçu dans l’enfance a donné à Sidney Poitier une assurance, une forme d’invincibilité à toute épreuve.

Son père lui a donné l’image de la dignité, jusque dans les moments de total dénuement. Pour sa mère, c’est son courage et son mystère qui l’accompagnent toute sa vie. Elle ne parlait pas, sauf au père.

Sidney Poitier écrit, dans l’une de ses deux autobiographies, qu’il ne s’est jamais posé de question sur sa couleur de peau durant son enfance, sur l’île de Cat Island, aux Bahamas. Il n’y avait pas de miroir, en plus, dans cette maison de pauvres. C’est uniquement dans les vitrines du boulanger et de l’épicier, qui étaient blancs qu’il avait l’occasion de se regarder. C’était comme ça…
Mais plus tard, a 17 ans, quand il part à Miami puis à New York, ce monde nouveau va l’interroger continuellement sur « cette chose superficielle qu’est la couleur de la peau », comme pour lui dire : « qu’est ce que tu as à offrir d’autre que cette couleur noire ? »
La couleur de la peau, il se rend compte qu’elle intervient jusque dans les nuances et entraîne des sortes de castes, à l’intérieur même de la communauté noire.
Ainsi, s’insurge-t-il contre le fait qu’à L’American Negro Theatre d’Harlem, on a tendance à préférer, chez les acteurs, les peaux plus claires, plus métissées. Comme celle de Harry Belafonte, au début, son rival. Il se bat contre cette discrimination là et arrive, parfois, à forcer les choses en sa faveur.

Pas à pas

C’est cette notion de « pas à pas » qui est la caractéristique de la carrière de Sidney Poitier. Ce fut l’un des sésames de sa réussite mais aussi la cause des incompréhensions à son égard d’une partie de la communauté noire radicale.

Rejoignant les propos de l’ex-radicale Angela Davis, Djamal Joseph, afro américain, professeur de cinéma à l’Université de Columbia, à New York, cinéaste et ex-Black Panther, dit de Sidney Poitier :
« Quand j’avais douze ans, je l’aimais et l’admirais comme un oncle élégant et qui m’épatait, puis, durant les années de lutte, à la fin des années soixante, je l’ai rejeté comme on rejette sa famille avec laquelle on n’a plus les mêmes valeurs (il recherchait la caution blanche, et nous nous la rejetions). Et puis maintenant, avec le temps, je l’aime et l’admire à nouveau. Parce qu’il n’a pas changé. Jusqu’au bout, il a su garder sa dignité. C’est un peu comme ça qu’on voit Poitier, je crois, les gens de ma génération ».


Intervenants

Un premier parti pris a été de ne faire appel qu’à des intervenants afro américains rarement entendus en Europe.
Leur nombre, volontairement limité, est un second parti pris et le gage de ne pas céder à une superficialité particulièrement dommageable sur le sujet: il est aussi le gage d’échapper au reportage.
Les intervenants choisis correspondent tous à des personnalités plutôt iconoclastes. De la conjonction de leurs points de vue individuels se dégage une polyphonie qui fait éclater les lieux communs et l’imagerie de l’acteur et du personnage Sidney Poitier.

Pearl Bowser
Historienne afro-américaine du cinéma. Spécialiste de l’histoire de l’acteur noir dans le cinéma américain et de l’histoire des films afro américains des ghettos dans les années 20 et 30. Elle est de la génération précédant Donald Bogle. Elle a publié plusieurs ouvrages.
Elle intervient précisément sur des lectures de films de Sidney Poitier et sur le jeu spécifique de l’acteur.

Donald Bogle
Historien du cinéma. A publié, entre autres, un ouvrage de référence sur la participation de l’acteur noir dans le cinéma américain, dans les années soixante-dix : Toms, Coons, Mulatooes, Mammies and Bucks.
Il est l’Iconoclaste par excellence et ose rappeler ce que la communauté afro américaine radicale a pensé à l’époque de certains films et personnages de l’acteur et de la manipulation dont Sidney Poiter a été la proie à Hollywood. Ce qui n’est pas aisé pour un Afro Américain à une époque (aujourd’hui) où l’acteur a été réhabilité.

Angela Davis
Intervenue sur la scène internationale dès l’année 1971 à la suite de son incarcération, elle a été l’un des membres les plus actifs des luttes afro américaines des années soixante et soixante-dix.
Angela Davis vit à Oakland où elle enseigne la philosophie et l’histoire des luttes de libération.
Elle évoque ce que représentait Sidney Poitier pour les militants afro américains dans les années soixqnte et parle avec le recul du temps du lien essentiel pour eux entre culture populaire et politique.
Elle avoue avec humilité n’avoir compris, qu’après coup, le combat solitaire et solidaire de Sidney Poitier, otage d’Hollywood, et parfois, des soubresauts de l’Histoire des droits civiques.

Danny Glover
Acteur et producteur afro-américain. Vit à New York. Proche de Sidney Poitier avec lequel il collabore. Il a repris, pour la télévision, l’un des rôles essentiels de Sidney Poitier (celui du fils dans A Raisin In the Sun).
Il parle avec sa chaleur et sa spontanéité uniques de la fierté qu’apporta Sidney Poitier pour l’enfant d’une dizaine d’années qu’il était dans les années 60. Il analyse avec finesse les causes de la réussite de Sidney Poitier et son intrusion réussie dans l’industrie blanche.

Kathleen Cleaver
Responsable de la communication du Parti des Panthères Noires en 1967/1969 et mariée, à l’époque, à Eldridge Cleaver, Ecrivain et lui-même l’un des membres fondateurs du parti des Panthères Noires. Le couple devra s’exiler en Algérie et en France durant les quatre années de répression que subiront les activistes afro-américains de la part du FBI.
Une des rares survivantes du Parti des Panthères Noires, elle évoque avec pertinence le glissement de la non violence au refus de cette non violence dans la lutte pour le « pouvoir noir » via Malcom X et les Panthères Noires.

Les films évoqués

Parmi la soixantaine de films de la filmographie de l’acteur, une vingtaine sont effectivement évoqués dans le documentaire. Comme autant de balises essentielles de sa trajectoire d’acteur, et comme autant de moments clés de machiavélisme hollywoodiens et de victoires de l’acteur contre ce même machiavélisme.

La porte s’ouvre (No Way Out) de Joseph L. Mankiewicz (1950).
Dans un des rares films restés dans l’ombre de Mankiewicz, Sidney Poitier fait ses vrais débuts au cinéma, aux côtés de Richard Widmark.
Il s’agit d’un des premiers films américains qui veulent régler son compte au préjugé racial et réalisé par l’un des cinéastes les plus progressistes du moment.
Malmené comme unique médecin noir dans un hôpital, il doit prouver, avec calme et compétence, qu’il peut soigner et sauver aussi bien que ces collègues blancs, des patients blancs. Il y impose une belle et sobre intensité dramatique, saluée par l’excellent accueil fait au film par la Critique, à sa sortie.

Pleure, ô, mon pays bien aimé! (Cry the Beloved Country) de Zoltan Korda (1952).
Deuxième rôle pour Sidney Poitier au cinéma, aux côtés de Canada Lee, un acteur afro américain, engagé et poursuivi par le maccarthysme.
Sidney Poitier et Canada Lee deviendront très proches dès cette expérience commune.
Le film est tourné en Afrique du Sud et a la facture exotique et désuète des films du cinéaste britannique Zoltan Korda.
Sidney Poitier et Canada Lee sont logés dans un hôtel situé dans un quartier réservé aux Noirs et séparés de l’équipe blanche du film, conformément aux lois de l’apartheid en vigueur. De plus, ils sont contraints d’être, officiellement, sous la totale dépendance du réalisateur.
Sidney Poitier en ressent une blessure énorme et une prise de conscience politique sur l’héritage du colonialisme qui le marquent à vie.


Graine de violence (Blackboard Jungle) de Richard Brooks (1955).
C’est l’un des premiers grands rôles de Sidney Poitier. Un rôle grandi par sa capacité d’acteur à aller au delà du script. Par son intensité dramatique. Il impose un nouveau mâle américain noir, un rebelle. Il y avait James Dean. Il y a désormais James Dean et Sidney Poitier.

La Chaîne (The Defiant Ones) de Stanley Kramer (1957).
Deux hommes : un Noir (Sidney Poitier) et un Blanc (Tony Curtis) s’évadent d’une prison, enchaînés à une même paire de menottes. Ils se haïssent au départ mais apprennent à « cohabiter ».
A la fin de film, ils sont débarrassés de leurs liens. Poitier parvient à se hisser au-dessus d’un train de marchandises en marche, Curtis tente d’en faire autant mais l’autre ne parvient pas à le faire monter. Pour ne pas l’abandonner, l’homme noir renonce à sa chance de liberté et redescend du train pour rester auprès de son nouvel ami.
C’est l’un des films de Sidney Poitier qui a déchaîné la colère d’une partie de la communauté afro américaine. Elle lui reprochait d’avoir accepté cette fin, considérée par elle comme un comble de masochisme et d’aliénation de la part de son personnage. Sidney Poitier, lui, rétorquait, pour justifier cette fin, qu’il s’était passé quelque chose dans la prise de conscience des deux hommes. Son personnage, dans ces conditions, pouvait accepter le sacrifice de sa liberté « pour un ami », un nouvel ami blanc.

Porgy and Bess d’Otto Preminger (1959).
Dans la version cinéma de l’opéra de George Guershwin, au casting entièrement noir, Sidney Poitier tient le rôle de Porgy au côtés de Dorothy Dandridge (Bess), Ruby Dee, Sammy Davis.Jr, Diahann Carroll.
Samuel Goldwyn, alors à la tête de la Metro Goldwin Mayer et producteur du film, souhaitait ne rien changer à l’opéra initial fait de stéréotypes racistes et de personnages caricaturaux. A savoir, l’histoire improbable d’un pauvre ivrogne, Porgy, que son l’amour pour la superbe Bess entraîne dans une succession de galères, avec prison et bagarres à la clef. Le tout en chansons puisque le cliché de l’homme noir-chantant-et-dansant même dans le malheur, a encore de beaux jours à Hollywood, en cette décennie.
Quand la nouvelle du projet se fait savoir dans la presse, la communauté noire (critiques et radicaux) réagit violemment et met en garde les acteurs de participer à un tel « méfait ».
Sidney Poitier, qui est obligé d’accepter contractuellement le rôle, à cause de l’engagement de son agent en son absence, demande, en vain, des changements au scénario.
Le tournage est houleux : Otto Preminger malmène les acteurs et particulièrement Dorothy Dandridge.
La sortie du film est accueillie par de virulentes attaques de la part de certains critiques afro américains.
Cependant, ces derniers reconnaissent, à juste titre, que les acteurs ont fait du mieux qu’ils ont pu pour sauver chacun leur personnage. Sidney Poitier est même parvenu à apporter une certaine sobriété au personnage de Porgy, ce qui n’est pas un moindre mérite.

Un Raisin au soleil (A Raisin in the Sun) de Daniel Petrie (1961).
L’histoire s’articule autour d’un drame vécu par une famille noire et pauvre de Chicago. L’autorité, confisquée jusque là, par la mère, veuve, glisse progressivement dans les mains du fils. Le film évoque l’importance du matriarcat dans la communauté afro-américaine.
Une polémique se fait jour au sein de l’équipe qui oppose Sidney Poitier à Claudia O’Neil, au producteur et à l’auteur, Lorraine Hansberry. Sidney Poitier est convaincu que le point de vue du fils devrait être privilégié dans la dramaturgie de la pièce, contrairement aux trois autres qui ont imposé le point de vue de la mère.
L’actrice Ruby Dee, amie de longue date de Sidney Poiter désormais, s’y montre, dans ce contexte de tensions, une alliée précieuse pour l’acteur.
C’est un des plus beaux rôles de Sidney Poitier à l’écran. Il ajoute, ici, à son image d’homme noir digne- ses détracteurs disaient: « Noble Negro », une virilité et une autorité jusqu’au-boutiste nouvelle.
Il y a dans ce film, parmi les plus belles scènes de colère de Sidney Poitier.

Le Lys des champs (Lilies of The Field) de Ralph Nelson (1964).
Sidney Poitier se bat pour que ce film, tourné en deux semaines, puisse se faire. Ne serait-ce qu’en mettant son salaire en participation.
C’est l’occasion pour l’acteur de recevoir l’Oscar du meilleur acteur de l’année.
C’est le premier Oscar remis à un acteur Noir dans l’histoire du cinéma américain. Seule Hattie McDaniel, la servante noire de nombreux films hollywoodiens, avait obtenu un Oscar du meilleur second rôle féminin en 1940.
La mièvrerie du film laisse songeur mais il faut vite oublier ce sentiment et resituer le film dans le contexte de l’époque.
Sidney Poitier y est bondissant dans son rôle de soldat noir qui met tout un « effort de guerre » à aider des nones allemandes à se construire une chapelle.
L’acteur et le personnage-c’est difficile de les dissocier- s’autorisent, étrangement, plus de séduction avec toutes ces femmes qui l’entourent, que dans bien d’autres de ses films. Peut être parce que ce sont des religieuses et qu’il ne prend pas trop de risque. Hollywood non plus.

Un coin de ciel bleu (A Patch of Blue) de Guy Green (1966).
Une jeune fille blanche, aveugle, est sauvée, moralement, dans sa détresse, par un jeune homme noir.
La mère de la jeune fille, ex-prostituée au cœur dur, voit d’un mauvais œil ce « rapprochement » dont elle a du mal à cerner les contours, entre les jeunes gens. Cette femme, sociologiquement très représentative de l’Amérique réactionnaire, fait tout pour briser les liens qui se tissent entre les jeunes gens. En révélant, notamment, à sa fille, la couleur de la peau de Gordon (Poitier), comme s’il s’agissait d’un crime.
Il ne s’esquissera jamais l’ombre d’une intrigue amoureuse entre les jeunes gens. Hollywood n’y est vraiment pas prêt. La grande affaire du film, c’est la découverte progressive d’un personnage d’une immense humanité, noir, venant en aide, à un autre être, blanc. Une femme, par hasard.
Le film a suscité un autre coup de sang d’une partie de la communauté noire, portant, une fois de plus, sur désexualisation du personnage joué par Sidney Poitier.

Dans la chaleur de la nuit (In the Heat of the Night) de Norman Jewison (1967).
Dans ce film magnifique, aux côtés de Rod Steiger, Sidney Poitier impose un personnage tout neuf:: un flic noir, dans le sud, et qui donne une bonne leçon à un sale type (blanc) contre lequel personne ne pouvait rien faire jusque là.
Et puis il y a cette gifle non prévue dans le scénario initial, qu’il rend à son agresseur blanc. Un bon en avant notoire dans le scénario hollywoodien et une joie immense pour son public noir.
C’est l’un des films qui fait l’unanimité autour de Sidney Poiter.
La colère de Sidney Poitier y éclate et gagne sa cause à lui, l’acteur noir d’Hollywood venu imposer une autre image de son peuple, de la communauté noire.
C’est cette colère de Poitier que les Noirs américains réclament à chaque film, mais qu’Hollywood filtre au maximum dans les scénarios.
Une petite phrase devenue fameuse, lancée avec fierté par l’acteur regardant son adversaire (blanc) d’ un peu de haut et de sa belle voix timbrée: « They call me Mister Tibbs » (On m’appelle Monsieur Tibbs) fera le tour des ghettos et des campus universitaires.
Le personnage du film aura un tel impact qu’il engendrera un film et une série à succès reprenant précisément la phrase magique : They Call me Mister Tibbs.

Devine qui vient dîner? (Guess Who’s Coming to Dinner ?) de Stanley Kramer (1968).
Il est difficile d’imaginer, aujourd’hui, que le scénario, remis à dessein au dernier moment par Stanley Kramer, ait été considéré comme un brûlot par les producteurs. En effet, ces derniers tentèrent, en vain, d’arrêter la production du film, en prétextant l’état de santé de Spencer Tracy. Mais l’acteur, qui devait mourir juste après le tournage, avait contracté une assurance imparable et avait décidé de ne pas toucher son salaire tant que le film ne serait pas en boites.
Sidney Poitier était si impressionné par le travail d’acteur du couple Hepburn/Tracy, qu’il lui arriva de demander à jouer l’une des scènes très dialoguée avec eux, face à deux fauteuils vides.
L’acteur compte le film parmi ceux qui lui ont donné le plus de plaisir et de fierté. Pourtant, si beau et si brillant qui n’a même pas le droit, une seule fois, d’embrasser sa fiancée (blanche) comme un vrai fiancé, ne lui sera pas pardonné par la Critique et l’Intelligentsia radicale afro américaines.
Un Critique afro-américain essentiel écrit ironiquement lors de la sorite du film aux Etats-Unis : « Poitier n’a pas droit à la file…il n’a pas droit à une fille d’ailleurs… Cette beauté masculine qu’il incarne à merveille doit attendre des jours meilleurs, pour pouvoir enfin répondre aux signaux amoureux des héroïnes blanches (sans préjugés raciaux) à son égard… »
Une fois de plus, l’aséxualisation extrême de son personnage, et acceptée par lui met le feu aux poudre entre lui et ses détracteurs. Pour la dernière fois, en fait, car dans le film qui suit, For Love of Ivy de Daniel Man, il a sa première scène d’amour, imposée par lui.

Buck et son complice (Buck and the Preacher) de Sidney Poitier (1971).
Le film est produit par Harry Belafonte et Sidney Poitier.
Dès le début du tournage, les deux acteurs s’inquiètent des options du réalisateur choisi d’un commun accord. Sidney Poitier, qui rêve secrètement de passer à la réalisation depuis quelques temps, en prend alors les rênes, encouragé par Harry Belafonte.
C’est ainsi que voit le jour, sans encombre, le premier western afro américain de l’histoire du cinéma. Et ce, sans le regard ethnocentrique hollywoodien à l’égard des personnages.
C’est aussi le début d’un recyclage réussi de l’acteur, vers le métier de réalisateur et de producteur, à une période où la sollicitation des studios hollywoodiens à son égard se fait moins pressante et les rôles proposés moins stimulants.
Le film, étrangement, ne fait pas un grand succès.

Filmographie de Sidney Poitier

Acteur

1950 La porte s’ouvre (No Way Out) de Joseph L. Mankiewicz.
1952 Pleure, ô, mon pays bien aimé (Cry the Beloved Country!) de Zoltan Korda.
Les Conducteurs du Diable de Budd Boetticher.
1953 Go man, go de James Wong Howe.
1955 Graine de violence (Blackboard Jungle)de Richard Brooks.
1956 Good Bye my Lady de William Wellman.
L’Homme qui tua la peur (The Edge of the City) de Martin Ritt.
1957 Le Carnaval des Dieux (Something of Value) de Richard Brooks.
L’Esclave libre (Band of Angels) de Raoul Walsh.
1958 Le Signe du Faucon (Marks of The Hawks) de Maxime Hadley.
1959 Paris Blues de Martin Ritt.
1960 Porgy and Bess de Otto Preminger.
1961 Un Raisin au Soleil (A Raisin in The Sun) de Daniel Petrie.
1964 Le Lys des Champs (Lilies of The Fields) de Ralph Nelson.
1965 The Greatest Story ever Told de Georges Stevens.
1965 Trente minutes de sursis (The Splender Thread) de Sydney Pollack.
1965 A Patch of Blue de Guy Green.
1966 Duel at Diablo de Ralph Nelson.
1967 Les Anges aux poings serrés (To Sir With Love) de James Clavell.
Dans la chaleur de la nuit (In The Heat of the Night) de Norman Jewison.
1968 Devine qui vient dîner ? (Guess Who is Coming to Dinner) de Stanley Kramer
1969 For Love of Ivy de Daniel Mann.
Appelez-moi Mr. Tibbs deGordon Douglas.
L’Homme perdu (The Lost Man) de Robert A. Aurthur.
1974 Le vent de la violence de Ralph Nelson.
1988 Randonnée pour un tueur de Roger Spottiswoode.
1992 Sneakers de Phil Alden Robinson.
1996 One man, One Vote de Joseph Sargent.

Réalisateur

1971 Buck et son complice.(Buck and The Preacher)
1973 War December
1974 Uptown Saturday Night
1975 Let’s Do it Again.
1977 A piece of the Action.
1980 Stir Crazy.
1982 La folie aux trousses (Hanky Panky).
1985 Fast Forward

English

Sidney Poitier foi a primeira estrela afro-americana de Hollywood. Um homem que incorporou as esperanças de sua geração e conseguiu, através de perseverança e talento, trazer personagens negros para a cultura de massa americana entre os anos de 1950 a 1980. Ao mostrar o destino excepcional de um homem e a luta pelos direitos humanos de uma comunidade inteira, o filme homenageia aqueles que finalmente conseguiram o direito de se expressar e aqueles que o exigiram pela força.


diretor
Catherine Arnaud

roteiro
Catherine Arnaud

fotografia
Paco Wiser

montagem
Dominique Paris

elenco
Harry Belafonte, Donald Bogle, Pearl Bowser, Kathleen Cleaver, Angela Davis, Danny Glover

produtor
Serge Lalou

produtora
Les Films d’Ici

67 minutos color e P&B, digital

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Sidney Poitier was the first African American star in Hollywood. A man who embodied the hopes of his generation and who managed through his perseverance and talent to bring black characters into mainstream American culture, from 1950 to 1980. By weaving one man’s exceptional destiny together with an entire community’s fight for Civil Rights, the film pays tribute to those who were finally given the right to speak out and those who chose to claim it by force.


director
Catherine Arnaud

screenplay
Catherine Arnaud
cinematographer
Paco Wiser

edition
Dominique Paris

cast
Harry Belafonte, Donald Bogle, Pearl Bowser, Kathleen Cleaver, Angela Davis, Danny Glover

producer
Serge Lalou

production company
Les Films d’Ici

67 minutes
color e P&B, digital