Fragments d’un corps

Extraits d'un roman en devenir

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Sais-tu, mon ange, le deuil, oui le deuil de l’amour ? Sais-tu qu’il m’est arrivé parfois de ne plus t’aimer, de ne plus te désirer ?
Il est étrange ce vide qui s’instaure dans l’âme, il est étrange et insidieux car il ne prévient pas, il est comme une araignée qui, en moi, se glisse en douce et qui tisse, délicatement, en dépit de ma volonté ou de ma folie, une toile qui semble si fine mais qui résiste à tout,
qui est comme la pierre, stoïque et indifférente.
On ne peut, je le sais, renouer avec l’amour qui meurt, qui s’en va, on peut, par contre, en vain, tenter de lui insuffler les élans du début mais l’amour qui meurt chemine toujours vers l’absence ou la nostalgie.
Il en est ainsi mon ange. Je n’y peux rien.
J’ai parfois cessé de t’aimer. Je ne sais trop pourquoi.
Pardonne-moi.
Je t’ai vu alors pour ce que tu es, avec tes ampleurs et tes faiblesses. Tu n’étais plus alors qu’un être parmi tant d’autres.
Ton visage s’effaçait dans le désordre du prévisible.
Je me suis alors retrouvé dans un désert qui s’exerce sous le signe du néant. Et j’ai besoin d’aimer, de t’aimer car autrement je n’existe pas. Je ne suis, je ne peux être que dans l’impénitence d’un désir saturé des velléités du possible, de l’ailleurs.
Autrement je ne suis qu’une loque, un déchet, un moins que rien.
Mais l’amour, mon ange, sans perdre de sa force, de son intensité, m’a de nouveau rendu captif et comme un revenant, désireux de se venger, il a semé la discorde dans un cœur, ou est-ce une béance, qui croit vouloir la tranquillité alors qu’il ne peut être que dans les tourments.
Il m’est arrivé, parfois, mon ange de cesser d’aimer, croyant à ma liberté et à son malheur mais tu es revenu, tu ne cesseras de revenir, je le sais, jusqu’à ce que la dernière flamme, qui se nourrit de nos cendres, ne se dissipe.

Je te désire parce qu’il y a dans les ferments de tes veines cette terre bleutée qui rassemble toutes les nuits, celles des vertiges aussi bien que celles de l’oubli. Je te désire parce que tu écourtes ma conscience, que tu l’enchaînes aux nuances de ta peau. Je te désire parce qu’il y a dans ces plaines inondées de trop de sang la constellation, encore inconnue, de tes cils. Je te désire parce que je veux m’affranchir de l’ennui qui conspue, du doute qui précarise. Je te désire parce que tu manœuvres dans l’ombre des peuples cousus de lumière. Je te désire parce que tu vomis dans le silo de mes mains délavées une averse d’étoiles. Je te désire parce que tu échappes à la vindicte inassouvie de l’os et du cadavre. Je te désire parce que tu étreins la foudre et encense tout ce qui est fragile, éphémère. Je te désire parce que tu façonnes dans l’au-delà de mes solitudes ces pierres qui osent les souvenirs. Je te désire parce que tu pestifères dans mon cœur les vendanges de mes obséquieuses défaites. Je te désire parce que tu songes mon front blessé dans le soyeux de tes rêves. Je te désire parce que tu retrouveras dans les vestiges de mon corps l’empreinte de ces yeux qui n’ont eu cesse de te chercher. Je te désire parce que tu encres dans ma parole la mort et ses dénouements. Je te désire parce que je suis poète et que je suis possédé par les écarlates d’un ailleurs. Je te désire parce que tu fomentes l’apocalypse, tu évertues la destruction, un monde rendu aux cendres. Je te désire parce que je divague le long de ta beauté solaire en quête de l’origine de tes sens. Je te désire parce que tu entrouvres le visage de cette vérité qui nuit à la vanité et à toutes nos espérances, parce que tu es ma divinité incarnée.

///Article N° : 8644

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