Francophonies 2019 : La Fin du Monde évidemment

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Suite et fin du focus de notre reporter Ramcy Kabuya au festival des Francophonies de Limoges. Restrictions budgétaires oblige, durant son court séjour, la seule pièce de théâtre qu’il a pu chroniquer est celle d’Hervé Loichemol, pleine de bons sentiments mais symptomatique d’une exploitation superficielle des littératures noires.

J’avais une certaine réticence à l’idée d’aller voir cette pièce. Étant venu au festival pour Africultures, j’accordais ma priorité au travail des créateurs africains et « afrodescendants ». Autant dire que ce texte d’Hervé Loichemol, mis en scène par lui-même, n’avait pas mes faveurs. Et c’est en désespoir de cause, il n’y avait pas d’autres pièces de théâtre lors de mon séjour limougeaud, que j’ai pris des places pour la fin du monde évidemment, nullement attiré par la présentation qui en était faite. La pièce est un peu brouillonne, le propos relativement perdu dans des considérations diverses. On apprend qu’il s’agit d’une pièce qui interroge la place du théâtre dans la société, une vieille question somme toute ; on apprend également que c’est une pièce qui fait le point sur les rapports humains et l’altérité, question pas plus actuelle, mais le traitement proposé est un peu daté ; on apprend finalement que c’est une pièce qui donne à entendre les grandes voix ou plutôt les grands textes de la littérature « noire », donc un peu de Sony Labou Tansi, et beaucoup de Césaire, des choix très attendus et peu originaux.

De quoi est-il question ? Il est question d’un vieux théâtre qui tombe dans tous les pièges du didactisme lénifiant et du manichéisme le plus plat.

Voici ce que peut être le résumé : Une touriste blanche avec son attirail de touriste, casque colonial compris, ramène de son voyage en Afrique un lézard. A cause de ce lézard, elle est sommée de s’expliquer et d’expliquer son attachement à l’Afrique et aux africains. Elle s’emmêle les pinceaux, dit des âneries jusqu’à ce que les Africains viennent lui expliquer la vie et lui montrer qu’elle est dans l’erreur. Ce commando d’africanistes convoque Sony Labou Tansi pour faire admettre ses erreurs à la touriste qui pleure parce qu’elle comprend qu’elle est perdue à manger du poulet transformé, tombe en pâmoison devant le vaudou et tous les mystères de l’Afrique. Mais comme elle n’a pas tout compris, on décide de faire appel au théâtre et à un comédien qui connait le Cahier d’un retour au pays natal comme l’hymne nationale d’un pays totalitaire. Du coup théâtre dans théâtre, le comédien qui est une sorte de marginal vient réciter le Cahier jusqu’à la fin de la pièce qui nous a mené à la fin du monde.

Ce résumé un peu cavalier et un tantinet déloyal montre bien la difficulté de faire du théâtre sans un véritable travail d’écriture, surtout si on se repose sur une distribution presque entièrement composée de jeunes comédiens qui sortent de l’école. En effet, Loichemol a cru juste d’enregistrer des discussions d’élèves dans les ateliers de théâtre, de les retranscrire, pour faire théâtre. Grossière erreur, parce qu’en pauvre spectateur on se perd dans la diversité des propos abordés qui culmine souvent dans des lieux communs sur les uns et les autres. Certes, il s’agissait de la parole des élèves qui préparaient leur spectacle de sortie, d’ailleurs il y a un côté naïf du spectacle de fin d’année, mais celle-là comme n’importe quelle autre, a besoin d’être confrontée, il faut en éprouver la validité et le théâtre reste le lieu privilégié pour cette confrontation.

Cela étant, il y a quand même une réussite à l’entreprise, celle d’avoir offert à de jeunes acteurs l’exposition dans un grand festival, le plus grand du monde francophone. Il n’est rien de plus formateur que la scène et l’École Internationale de Théâtre du Bénin, dirigée par Alougbine Dine, également acteur dans la pièce, accomplit là une noble tâche qu’il faut louer et encourager.

Ramcy Kabuya

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