Francophonies 2019 : N3rdistan, un carrefour musical africain

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Suite du focus Africultures sur le festival des Francophonies, Ramcy Kabuya a assisté au concert du groupe de musique électro N3rdistan.

Une scène hors les murs, à Ambazac. Un trajet d’une demi-heure pour atteindre les installations de l’espace Mont Gerbassou. Une équipe sur place accueille le public mais un flottement se lit sur les visages. Il y a une autre soirée dans le village, l’audience risque d’être clairsemée pour écouter le groupe programmé ce soir. Il s’agit d’un duo au nom mystérieux, le N3rdistan, (lire Nordistan), une contrée inconnue qui ne demande qu’à être sillonnée, avec ces deux guides Widad et Walid.

Ambazac donc, les craintes se justifient. Nous ne sommes finalement pas si nombreux dans la salle. Le duo fait son apparition sur scène et invite le public, à se rapprocher au maximum du podium. Walid, s’avance et entonne a capella un long chant. Sa voix est puissante, claire, pure et étonnamment spirituelle. En quelques notes, l’ambiance a changé parce que ce que l’on entend, vient de loin. Il y a dans cette envolée vocale d’une incroyable amplitude des siècles de pratiques. On comprend très vite que les racines du N3rdistan s’enfoncent dans plusieurs couches de traditions artistiques.

Le duo assure, avec une facilité déconcertante, une intelligente synthèse entre des courants qui paraissent inconciliables. Faisant remonter jusqu’à nous une poésie millénaire à laquelle la musique électronique donne un nouveau souffle, les deux complices du groupe formé à Casablanca se réclament d’un art qui refuse toute compromission. Avec comme maitre à penser des poètes censurés ou persécutés voire oubliés, Widad et Walid avouent être en recherche permanente pour trouver ces voix qui décrivent mieux que quiconque des mondes à la dérive, à l’image de notre société contemporaine. Une poésie inusable, (oserons-nous dire éternelle ?) porté avec une folle audace par des musiques et des compositions éclectiques.

La variété du background musicale du N3rdistan rappelle aussi une appartenance à cette identité carrefour que revendique une large part de la jeunesse africaine. Ce sont toutes les influences qui ont nourri leur progression qui ressortent. Tantôt urbain, Widad, se déclare avant tout rappeuse, tantôt électro, ou techno, peu importe le style il y a une envoutante énergie à voir le groupe en concert. Une alchimie de tous les instants entre les deux alter ego qui se lancent à la conquête du public avec une générosité rare.

Nous avons oublié que nous sommes presque vingt dans une salle pouvant facilement contenir jusqu’à deux cents personnes. Nous chantons « toi et moi », nous dansons aussi pendant que le groupe déroule un programme bien maitrisé. A la fin du concert, nous sommes satisfaits mais encore un peu sur notre faim. Nous repartons avec la promesse de recommencer dès le lendemain, en plein dans Limoges, au quartier général du festival. En attendant ce rendez-vous, nous parlons du groupe à tout va et invitons à tour de bras. C’est donc sous un chapiteau rempli que nous revivons l’expérience du N3rdistan, une des plus fortes de cette édition des Francos. Un groupe à découvrir et à faire connaître.

 

 

 

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