FSM 2013 – Étape 3 : Les sans-papiers risquent la rétention en Italie

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À l’initiative de Coordination internationale des sans-papiers, une caravane d’une dizaine de [sans-papiers et de militants] se rend au Forum social de Tunis en passant par la France, la Belgique et l’Italie. Deux journalistes d’Africultures les accompagnent dans leur périple à travers l’Europe pour atteindre les côtes tunisiennes puis revenir en France.

Dimanche 24 mars 2013, le bateau La Suprema en provenance de Gênes, glisse sur une eau turquoise vers le port de Tunis qui se rapproche lentement. Une fois l’immense bâtisse de neuf étages à quai, les caravaniers sortent par petits groupes. Embrassades, rires, applaudissement, la caravane a franchi une étape : quatorze sans-papiers avec leur passeport ont réussi à traverser la Méditerranée. La veille, les autorités italiennes ont en effet estampillé les passeports des migrants en situation irrégulière d’un tampon de sortie du territoire. Une victoire pour la caravane partie de Paris pour se rendre au Forum Social Mondial de Tunis afin de porter la parole des sans-papiers.
Une fois au complet, les caravaniers se mettent en route et longent le port toujours vêtu de leur gilet jaune au dos duquel on peut lire en lettres imprimées rouges leur revendication : sans-papiers, sans frontières. Sous un ciel bleu, le soleil au zénith, ils se déplacent lentement vers le poste de police encombré de leurs valises, sacs plastiques de nourriture, cartons de t-shirt destinés à être vendus au Forum social mondial. Après avoir été confronté à la police italienne à Gênes, il faut désormais convaincre la police tunisienne. « Le Forum social mondial est un événement international et nous demandons au gouvernement tunisien de nous laisser rester sur son territoire jusqu’au 31 mars, date de clôture du Forum », explique Anzoumane Sissoko, porte-parole de la Coordination internationale des sans-papiers et des migrants (CISPM). Pour le moment la Tunisie offre la même réponse que l’Italie la veille : libre aux sans-papiers d’entrer sur le territoire, mais seuls les personnes disposant d’un titre de séjour seront autorisées à retourner en Italie.
Près d’une heure plus tard, nous passons tous le contrôle de police, sans-papiers y compris. Désormais, seule une porte automatique nous sépare du hall. Alors qu’Anzoumane Sissoko, Françoise Carrasse et Diallo Koundénécoun de Droits ici et là-bas négocient toujours avec les autorités, les militants attendent en chantant et dansant. Les soutiens venus accueillir la caravane et les badauds s’agglutinent devant la porte restée pour un temps ouverte. Smartphone à la main, tous tentent d’immortaliser le moment. Les femmes de ménage se prennent au jeu et l’on peut entendre les youyous se mêler au son des djembés.
Les caravaniers resteront encore une heure dans l’attente avant que les délégués du mouvement ne reviennent avec des nouvelles. « Nous avons discuté avec le gouvernement tunisien qui est heureux de nous accueillir mais il ne peut nous garantir notre retour le 31 mars. Il nous propose donc de retourner en Italie aujourd’hui avec le même bateau », annonce Anzoumane Sissoko. Et de poursuivre : « Nous avons décidé de tous rentrer à Paris ce soir pour ne pas mettre en danger nos camarades sans-papiers ». La caravane avait avant son départ informé les ministères de l’Intérieur français, belge, italien et le gouvernement tunisien de leurs intentions d’atteindre Tunis et de participer au Forum social mondial.
Mouhieddine Cherbib (pour la Fédération des Tunisiens pour une Citoyenneté des deux Rives), membre du comité de pilotage du Forum social mondial à Tunis soutient l’action de la caravane. Il affirme que si les sans-papiers acceptent la procédure de refoulement en repartant ce jour même, l’armateur sera dans l’obligation de les laisser monter à bord. En revanche, s’ils attendent le 31, ils ne relèveront plus de cette procédure et se verront refuser l’accès au bateau. La caravane décide donc de repartir. C’est l’air grave et dans la hâte que tous reprennent les sacs et les valises direction de nouveau le port.
Arrivés à l’entrée du bateau, les militants sont confrontés à un tout autre discours. Le capitaine n’acceptera le groupe qu’à condition que la police fournisse un document officiel attestant du refoulement des sans-papiers. Le groupe restera donc sur le pas de la porte pendant plus de trois heures pour éviter que le bateau ne les laisse à quai. À 21 h 30, le capitaine finira par céder et laisser monter les compagnons de voyage. « Vous pouvez monter mais les autorités italiennes seront prévenues », avertit un membre de l’équipage. Sur le sol italien, les sans-papiers risquent donc d’être placés en centre de rétention et expulsés. Les délégués et les soutiens du mouvement passent une bonne partie de la nuit à discuter de la stratégie à adopter et appellent à se rassembler devant les ambassades d’Italie de chaque pays (voir le communiqué [ici]

Retrouver tout le périple dans [le zoom] consacré à la caravane des sans-papiers.///Article N° : 11417

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Les images de l'article
À Tunis, le groupe monte la garde à l'entrée du bateau pour ne pas rester à quai. © Anaïs Pachabézian
La caravane est refoulée à Gênes. © Anaïs Pachabézian
FSM 2013 © Anaïs Pachabézian





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