Gabon / Chants Myènè

Print Friendly, PDF & Email

Une fois encore, des enregistrements tout récents associés à d’autres très anciens (effectués par Herbert Pepper en 1954 et 1961) viennent à point nommé pour clouer le bec aux Cassandre dont le triste métier est de prétendre (de génération en génération !) que le patrimoine musical africain est partout moribond…
Ce n’est certes pas le cas au Gabon, ce véritable conservatoire forestier d’innombrables traditions.
Les Myènè habitent sur les rives du Moyen-Ogooué, autour des lacs qui s’étalent entre Lambaréné (ville dont ils se disent les fondateurs) et Port-Gentil. Leur musique, peu enregistrée, a cependant fait l’objet d’une fameuse étude de Pierre Sallée – éditée par l’ORSTOM en 1972 – autour d’un 45 tours du merveilleux chanteur-harpiste Rampano Mathurin. La harpe angulaire anthropomorphe ngombi à huit cordes (aujourd’hui en nylon) est en effet l’instrument-roi de cette région, depuis au moins 1614 – date de la célèbre gravure qui la figure dans un traité de Michel Praetorius. Comme d’autres instruments (arc-en-bouche, tringle percutée…) elle profite de l’expansion vers le nord, jusqu’à Yaoundé, des diverses formes plus ou moins syncrétistes du rituel Bwiti, transmis par les Mitsogho à la plupart de leurs voisins, notamment les Myènè.
Les plages 5, 6, 12, 13 et 14 offrent de magnifiques exemples de son jeu et du chant très recueilli qu’il accompagne dans le Dissoumba, la forme la plus traditionaliste du Bwiti.
Cette anthologie réalisée par deux femmes (Florence Bikoma et Sylvie Le Bomin) valorise à juste titre les splendides chants féminins myènè : en général une soliste et un chœur responsorial souvent accompagnés par la cloche double à multiples battants internes tchege.
Une curiosité parmi d’autres : le chant d’initiation des garçons Okuyi où la voix gutturale du soliste, selon Pierre Sallée « proche du growl de Luis Amstrong (sic), est obtenue par l’ingestion d’une décoction de plantes irritantes, ou d’huile de palme et de sel, et demande une compression extrême du diaphragme. »
Mais on n’en finirait pas d’inventorier inutilement les richesses de ce magnifique cd : elles sont commentées avec un grand luxe de détails par un livret passionnant, quoique trop peu illustré.

Gabon / Chants Myènè, (Ocora / harmonia mundi)///Article N° : 4079

  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire