Possibilities

De Herbie Hancock

Print Friendly, PDF & Email

Les géants du jazz traînent leur passé comme un boulet : leur histoire est un fardeau que portent nos mémoires… et pas forcément la leur ! Il y en aura donc beaucoup qui gémiront à l’écoute de ce disque : indigne pour les uns du génial pianiste du quintet de Miles Davis millésimé sixties ; trop sage pour les autres, les thuriféraires des Headhunters ou de « Rock It » qui sont rarement les mêmes. Bref, difficile d’écouter ce disque comme s’il tombait de la lune, et c’est pourtant ce qu’il faudrait faire pour en tirer le plaisir qu’il peut procurer au néophyte : découvrir par exemple que la voix vigoureuse d’Angélique Kidjo n’a jamais été aussi bien « instrumentée » que dans ce « Safiatou » où Hancock et Santana s’amusent tant à dynamiter la clave afrocubaine…
On l’a compris, il s’agit d’une anthologie vocale des bons ou mauvais goûts d’un grand pianiste qui se réduit fièrement au rôle d’accompagnateur. Sans y parvenir vraiment, car bien sûr c’est lui qu’on écoute avant tout.
Il y a des invitations surprenantes mais réussies – comme celle de la superstar r’n’b Christina Aguilera, plus que parfaite en diva soul – avant la divine surprise : un Paul Simon angélique, qui se hisse sans effort au niveau d’un Frank Sinatra ou d’un Mel Tormé pour réinventer son admirable ballade « I Do It for Your Love », sur la batterie magique de Steve Jordan. Un chef d’œuvre absolu. Après quoi on retombe de trop haut sur une Annie Lennox encore plus atone et maniérée que d’habitude, puis un Sting caricatural dans le genre imbécile heureux.
On était jusqu’ici entre gens de la haute. Le duo blues Jonny Lang & Joss Stone relève un peu le niveau, mais sans une note d’originalité, contraignant Herbie à se sous-passer vraiment. Suit une caricature pathétique de Billie Holiday (« Don’t Explain ») par un duo véritablement lamentable dont mieux vaut oublier les noms.
Et soudain le mystère : faux mystère, mais assez miraculeux quand même, on croit entendre Stevie Wonder, qui chante son fameux « I Just Called To Say I Love You ». C’est à s’y méprendre, et ce n’est donc pas lui, c’est un jeune chanteur mexicain de New York, Raul Midon. Mais Stevie le rejoint pour l’accompagner à l’harmonica.
Bref moment de grâce, mais la chute sera rude : il faut sûrement être américain pour comprendre ce que vient faire ici, en finale, l’insignifiant guitariste de Washington D.C. Trey Anastasio.
Il ne reste plus qu’à réécouter tout ça d’une autre oreille : en oubliant un peu les voix (sauf celle si obsédante de Paul Simon) en ramenant au premier plan le piano. Car c’est quand même le dernier disque de Herbie Hancock.

Possibilities, de Herbie Hancock (Hancock Music / Warner Music)///Article N° : 4080

  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire