Guinée-Bissau

Introduction socio-politique

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L’actuelle Guinée-Bissau est une mosaïque ethnique regroupant des groupes très hétérogènes tels que les Balantes, les Peuls, les Diolas et les Manjaks. Elle est le résultat d’une riche histoire de migrations dont les périodes de l’Empire du Mali et le Royaume du Gabou sont parmi les plus importantes.
Les premiers marins portugais y sont arrivés en l’an 1446. Ils doivent faire face à une farouche résistance de la part des populations locales. Jusqu’en 1879, l’administration du territoire est liée aux voisines Îles du Cap-Vert. Pendant longtemps, les Portugais ne firent plus que d’installer quelques comptoirs commerciaux sur le littoral. La Conférence de Berlin de 1886 viendra dicter les règles du partage de l’Afrique : seule l’occupation effective détermine l’attribution d’un territoire à une puissance européenne. Les  » campagnes de pacification  » menés par l’armée portugaise seront féroces. Ce sera grâce au capitaine Teixeira Pinto que la partie continentale sera enfin contrôlée en 1915, avec la domination des Balantes. La bataille de Canhambaque, dans l’Archipel des Bijagós, en 1939 ferme ce chapitre de l’affirmation du pouvoir colonial portugais.
L’histoire de la Guinée-Bissau se confond avec celle de la libération nationale menée par le PAIGC (Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert) contre la colonisation portugaise.
L’ancien secrétaire général du parti, Amílcar Cabral, tué à Conakry en janvier 1973, demeure aujourd’hui une référence incontournable parmi les personnages africains qui ont le plus marqué l’avènement du continent noir sur la scène internationale, aux côtés de Nkrumah ou de Mandela.
Cet ingénieur agronome, né en 1924, à Bafatá, dans l’Est de l’actuelle Guinée-Bissau, fils d’un père Capverdien et d’une mère Bissau-guinéenne, a vécu dans ces deux territoires colonisés par Lisbonne dont il a été le théoricien d’une émancipation conjointe.
En août 1959, l’armée portugaise intervient brutalement pour essayer de mettre fin à la grève des dockers du port de Pindjinguiti, à Bissau, la capitale. L’écrasement du mouvement de protestation des travailleurs proche du PAIGC est la preuve que toute solution négociée pour l’indépendance est vouée à l’échec. Le parti décide ainsi d’entamer une lutte armée contre l’occupant européen.
La guerre durera un peu plus d’une décennie, dont le gros des opérations se déroulera dans le maquis et dans des marécages, mais elle permettra au pays d’obtenir sa libération, proclamée à Madina do Boé, le 24 septembre 1973. La défaite des Portugais était alors quasiment acquise. Les quelques tentatives de réforme du gouverneur Spínola n’avaient pas convaincu.
Le Portugal va essuyer une lourde défaite en Guinée-Bissau. C’est la première colonie portugaise en Afrique qui accède à l’indépendance. L’échec de l’intervention militaire portugaise en Guinée-Bissau pour venir à bout des combattants du PAIGC va peser lourd dans le moral des capitaines de l’armée portugaise. Quelques mois plus tard, le 25 avril 1974, ceux-ci renversent le régime de Marcelo Caetano, le successeur de l’autoritaire professeur António de Oliveira Salazar, qui aura présidé aux destinées du pays pendant environ quarante ans. La Révolution des œillets mettait un terme à l’agonisant empire colonial portugais en Afrique.
Bissau fait, ainsi, figure d’aîné au sein de cette Afrique dite lusophone dont elle sera la première à adhérer aux Conventions de Lomé régissant les relations entre l’Europe, en quête d’intégration régionale, et l’ensemble de ses anciennes colonies d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique.
Luís Cabral, le premier président du pays et frère d’Amílcar, retrouve un pays exsangue. Sa politique économique s’est montrée plutôt tournée vers une certaine industrialisation, délaissée par la suite, dont le complexe agro-industriel de Cumeré a été l’un des paris les plus importants. Cuba, l’Union des républiques socialistes soviétiques, la Chine populaire ou bien la Suède deviennent les partenaires incontournables de ce jeune pays. Le régime de Cabral s’est avéré plutôt musclé et nombre d’anciens militaires aux côtés des troupes portugaises sont tués.
En novembre 1980 le général João Bernardo Vieira, dit  » Nino  » renverse Cabral. Ce  » Mouvement de réajustement  » s’insurge contre les dérives du pouvoir d’où est écartée la quasi-totalité des Capverdiens. Le rêve de l’union des deux territoires venait de s’effondrer.
Timidement, depuis 1983, une libéralisation de l’économie voit le jour. Des accords avec le Fonds monétaire international et la Banque mondiale sont signés. Le pays subit les effets de la rigidité des plans d’ajustement structurel. Mais la dévaluation constante de la monnaie nationale, le  » peso  » est souvent perçue comme un obstacle à une bonne performance de l’économie nationale.
Après le refus de Lisbonne de viabiliser une zone d’intégration monétaire reliant la Guinée-Bissau à l’escudo portugais,  » Nino  » Vieira décide de demander l’adhésion à la Zone franc en 1987.
L’ouverture politique viendra par la suite : en 1994  » Nino  » Vieira remporte les premières élections démocratiques du pays, faute d’une alliance crédible de l’opposition. Mais le régime de  » Nino  » aura également persécuté et même assassiné ses opposants : l’exécution de Paulo Correia, en 1986, est nul doute l’épisode le plus marquant de la répression du régime de Vieira.
Avec l’effondrement du Mur de Berlin et le désengagement progressif de ses partenaires traditionnels, Bissau tourne la page de son socialisme militant et accueille de plus en plus des interlocuteurs occidentaux. Parmi eux la France jouera un rôle majeur. Ce rapprochement aura contribué à la concrétisation de l’adhésion du pays à la Zone franc en 1997, censée contribuer au renforcement des relations avec les pays voisins et à l’intégration de cette fragile économie.
Le Sénégal compte parmi ses principaux partenaires. La rébellion en Casamance, province méridionale sénégalaise séparée du reste du territoire par l’enclave gambienne et située le long de la frontière avec la Guinée-Bissau, menée par le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) depuis 1982 contre la souveraineté de Dakar a depuis le début lancé nombre de suspicions dans les relations bilatérales.
La position officielle de Bissau a toujours été de soutenir Dakar, et Bissau s’est souvent porté garant des accords signés entre les deux parties en conflit. Toujours est-il que le dossier casamançais a été la cause indirecte de la fin du régime de  » Nino  » Vieira. Celui-ci décida en 1998 de limoger son Chef d’Etat major de l’armée de terre du pays, M Ansumane Mané, accusé d’être impliqué dans une affaire de trafic d’armes au profit du MFDC.
En juin de la même année, Mané dirige une mutinerie d’une grande partie de l’armée nationale contre le président. Les armées du Sénégal et de la République de Guinée venues au secours du président Vieira ne parviendront pas à mater la rébellion de Bissau. Le petit contingent envoyé par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest, après le départ des troupes venues de Dakar et de Conakry assistera impuissant au renversement d’un régime complètement discrédité, le 7 mai 1999.
L’opposition arrive, enfin, au pouvoir suite aux élections de novembre 1999 et Kumba Yalá, leader du Parti de la rénovation sociale, remporte le deuxième tour des élections présidentielles de janvier 2000.
La stabilité politique retrouvée, il y a encore quelques questions qui se posent concernant le rôle futur des militaires du pays. Une lourde tâche attend les nouvelles autorités de ce pays qui compte parmi les plus pauvres de la planète. Le riz, base de la diète locale, était l’une des principales exportations. Aujourd’hui il importe massivement du riz asiatique à des prix défiant toute concurrence. La noix de cajou et l’arachide comptent parmi les principales ventes à l’étranger. L’immense richesse halieutique du pays, dont les eaux comptent parmi les plus poissonneuses au monde et le tourisme sont des secteurs économiques qui commencent à gagner du terrain.
Les Bissau-Guinéens, après avoir conquis leur indépendance et la démocratisation du pays doivent, désormais, relever cet autre défi : celui du développement.

///Article N° : 1284

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