Harraga

De Antonio Lozano

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Voici un roman qui plonge dans l’actualité brûlante de l’espace méditerranéen. Car en effet la lunette braquée sur le trajet Tanger-Algésiras, fonctionne comme un sondage valable pour toute la côte africaine jusqu’en Égypte.
C’est « le » roman de l’immigration clandestine. Harraga en arabe était jadis attribué aux fraudeurs passant les frontières ; puis il désigna les émigrés qui brûlaient leurs papiers (harraga = ceux qui brûlent) ; enfin c’est devenu le terme général pour tous les émigrés clandestins.
Antonio Lozano décrit plus particulièrement ceux qui sont la proie des passeurs, qui s’enrichissent sur leur dos, et des truands qui les trompent et les exploitent.
C’est rendre sur papier d’une plume très précise, mais en une large fresque, la ville marocaine, la mer frontière et passage, et la côte espagnole ouvrant l’infini de l’eldorado européen. Antonio Lozano détaille les mille démarches du candidat à l’émigration, ses angoisses, ses déboires, ses échecs et ses réussites piégées sur le continent du rêve. Car tous les jeunes garçons en rêvent, et sont des « Harraga » en puissance…
Comme autrefois le rêve américain, direz-vous ; Non. Pire. Car le détroit de Gibraltar n’est qu’un mince bras de mer, comparé à l’océan Atlantique. On le traverse en pirogue à moteur, en quelques heures. Un ferry tous les jours le traverse. – Et surtout, on distingue l’autre bord, à l’horizon. Un rêve à portée de main. Le supplice de Tantale.
Lozano décrit cela si bien qu’on songe tout d’abord à une autobiographie, ou simplement à un « récit de vie ». N’était la construction assez élaborée des chapitres par flash-back, à partir d’une situation carcérale d’où le héros se remémore les tribulations qui l’on conduit jusque-là.
L’effet de réel est si grand, que la grand-mère de l’auteur, déjà âgée et impressionnable, avait fini par s’inquiéter de ce qu’elle prenait pour une confession de son petit-fils ! Car en effet le récit est à la première personne.
« Je ferme les yeux » ainsi commence par le rêve, l’évasion d’une prison où le rêve l’a précipité !
Et le rêveur ? me demandez-vous, est-ce l’auteur ou le narrateur ?
Les deux peut-être ont rêvé, certes, mais leurs destins différent : A. Lozano est professeur de français et espagnol à Las Palmas, marié, papa, et plutôt heureux, merci.
Mais pour un premier roman, ce Marocain a touché son but, pourtant pas évident : faire de la bonne littérature avec des bonnes intentions.

Harraga, de Antonio Lozano, Ed. L’atinoir, Marseille, 2008///Article N° : 8696

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