Honteuse France

Encore un incendie, encore un bûcher des corps noirs, des chairs flambées au bas des escaliers
Comme on flambait jadis les sorcières. C’est le printemps, c’est l’été.
L’hospice des pauvres ne vaut certes pas le Théâtre lyrique, même si les flammes sont lyriques par essence,
Et même si nous mourrons à l’avenue Vincent Auriol, ce nom si présidentiel,
Ce nom si français, comme un masque cousu sur un visage qui ment.
Elles sont loin pourtant les époques où nous servions de chairs à canons,
Comme à la Première Guerre mondiale, et comme à la Seconde. Tirailleurs sénégalais, nous étions,
Francs tireurs des causes perdues, francs barreurs du bâtiment France en naufrage.
Rien jamais ne nous vaudra le simple respect dû à tout homme, juste un bruyant bonjour,
Un rien de rien qui vous épanouit le cœur en fleur de lys. Notre couleur de peau n’est pas classique,
A dit le poète, et nos manières si peu versaillaises, n’en déplaise à Voltaire qui,
Le premier, entreprit de nous défendre pour mieux faire fructifier son magot : il l’avait confié aux concessions négrières.
C’est toujours sur la Seine, et c’est toujours sur les bords d’eau qu’on prostitue les grandes causes.
Enfermez-nous dans les taudis ; libérez les rats, libérez les poux : nous sommes repus de tant d’infamie.
Quel ambassadeur a jamais plaidé pour nous ? Quel représentant de nos pays ?
À la nouvelle de nos morts, Jacques Chirac s’est ému… Mais où sont passés nos chers présidents ?
Tu as raison de pleurer, Bertrand Delanöe, tu as raison de clamer ton impuissance.
Si nous sommes incapables d’acquérir des immeubles, si nous attendons qu’on nous respecte,
Comme hier quand on nous cadeautait des indépendances, nous flamberons encore demain,
Nous consumerons pour rien. Oublions nos médailles, oublions nos hauts faits.
Oublions ces 14-juillet où l’on nous relègue à l’arrière des Nations. Oublions que nous avions été,
Oublions cette honte qui teinte Paris de la cendre de nos restes. C’est la misère française,
Et nous en sommes quittes. À la bourse des valeurs, notre cote flambe encore.

Amiens, le 28 août 2005.///Article N° : 3973

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