Hustle & Flow

De Craig Brewer

Le rêve américain en un coup-de-poing
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Le rêve américain est toujours aussi vivant et il n’a rien de romantique. Réussir outre-atlantique, c’est partir de plus bas que bas, se donner à fond, faire des sacrifices, surmonter les obstacles pour parfois retomber encore plus bas, mais toujours y croire. Alors enfin, on se sent revivre.
Serait-ce Tarantino qui aura relancé la mode de la blaxploitation avec Jackie Brown ? En tout cas, force est de constater que le schéma des années 70 se répète. Si au début des années 90, c’est à de jeunes réalisateurs noirs que revenait enfin la charge de mettre en scène la misère des ghettos noirs américains, le flambeau a, comme dans les années 70, été repris par des réalisateurs blancs. Boaz Yakin déjà avait signé le poignant Fresh (1994). Cette année, avec Rize (David LaChapelle) et Hustle & Flow, les cinéastes blancs amateurs de hip-hop s’attaquent aux mêmes sujets, sous l’angle de la musique. Pendant ce temps, John Singleton (Fear and Respect) ou Spike Lee (Inside Man) réalisent des films qui – sans être entièrement coupés de ces préoccupations – sont de grosses machines hollywoodiennes. On a du mal à y retrouver la spécificité culturelle noire américaine qui fait paradoxalement l’universalité du message. Est-ce le signe que l’intégration raciale est enfin une réalité à Hollywood ? Car ne l’oublions pas, à la production de Hustle & Flow, on trouve John Singleton, Stephanie Allain (qui avait produit Boyz N the Hood, le premier film de John Singleton, pour la Columbia) et le grand Isaac Hayes en personne (il fait une apparition dans le film).
DJay, le héros de Hustle & Flow, proxénète de son métier, gère la carrière des trois prostituées avec qui il partage un appartement. Les affaires ne vont pas fort. Ses filles sont fatiguées. L’une est enceinte, l’autre n’arrive plus à s’occuper de son fils et en veut à la terre entière. DJay a heureusement d’autres ambitions dans la vie. Ayant renoué contact avec un camarade de lycée devenu ingénieur du son, il réussit à le convaincre d’enregistrer un disque. Et contre toute attente, le rap qu’il compose et interprète n’est vraiment pas mauvais… DJay va connaître encore bien des déboires avant d’accéder à une gloire fort précaire. Les femmes de sa vie le soutiennent entièrement, tout en protestant de devoir satisfaire sur le champ le libidineux propriétaire du magasin d’électronique pour obtenir un micro au meilleur prix. Elles ne s’offusquent pas non plus des paroles parfaitement misogynes de ses chansons qui ne font que décrire la réalité de leur quotidien. Ce film qui aurait pu tomber dans la plus grossière caricature réussit parfaitement à rendre l’univers glauque de la prostitution sans tomber dans le misérabilisme ou la moralisation. Sans aller jusqu’à dire que le film est féministe, le machisme du personnage principal n’est ni outrancier, ni soutenu par l’intrigue. Libre aux spectateurs et spectatrices de le condamner, sans pour autant devoir nier aux personnages la sympathie qu’ils ne manquent pas d’évoquer. Ce film qu’on dirait  » petit  » a, comme ses personnages, des ambitions simples et louables : présenter l’humanité des bas-fonds de l’Amérique avec compassion et respect.

Avec Terrence Howard (DJay), Anthony Anderson (Key/Clyde), Taryn Manning (Nola). Caméra : Amy Vincent. Une production Crunk/Homegrown/MTV/New Deal pour Paramount. ///Article N° : 4339

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