» Il faut créer une discussion réunissant toutes les générations des cinéastes et fonctionner en association « 

Entretien d'Yvette Mbogo avec Jude Ntsimenkou, réalisateur franco-camerounais

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Jude Ntsimenkou est au Cameroun dans le cadre de la promotion de son film intitulé  » Urban jungle « .

Vous êtes au Cameroun pour promouvoir votre premier long-métrage. Seulement, beaucoup de cinéphiles ne vous connaissent pas. Pouvez-vous nous situer par rapport à votre personne ?
Je suis né à Maroua et ai grandi au quartier Mvog-Ada à Yaoundé. C’est par une bourse de coopération en cinéma et télévision que je suis parti en France en 1994. J’ai alors eu la chance de tourner plus de 10 courts métrages et quelques émissions à FR3. Champion du Cameroun déjà au Cameroun, je me suis remis en compétition une fois arrivé en France. Dès 1995, j’y ai été trois fois champion et une fois champion d’Europe en karaté. Convoqué à l’équipe nationale de France, je suis allé en compétition aux championnats du monde en Angleterre et à ma première participation j’ai été champion du monde, sous les couleurs de la France, sans pour autant abandonner le cinéma. En 1992, j’ai tourné avec la Mairie de Gennevilliers dans les Hauts de la Seine.
Y a-t-il des films que tu as tournés ici avant de partir ?
Oui, dans les équipes des grands noms du cinéma camerounais ; puisque j’ai été formé sur le tas par Dikongué Pipa, Arthur Si Bita et Bassek ba Kobhio.
En prélude à la grande première, peut-on savoir de quel sujet traite  » Urban Jungle « , votre film ?
« Urban Jungle  » parle de l’univers impitoyable des petits caïds du milieu urbain en occident, en dévoilant le trafic de drogue, sa consommation par des jeunes et la guerre des gangs. C’est un documentaire fiction où je montre le phénomène négatif de la drogue ; beaucoup de ces faits sont relatés par des anciens bandits, drogués et dealers reconvertis aujourd’hui qui ont voulu mettre leurs cadets en garde contre ce fléau et des dangers auxquels ils sont exposés. Et j’ai d’ailleurs travaillé en collaboration avec la préfecture du Hauts de Seine.
Sachant que le véritable handicap du cinéma réside en partie dans la promotion et la distribution ; avez-vous pris des dispositions solides par rapport à ces faiblesses ?
Le directeur du Centre culturel français (Ccf), Yves Bourguignon a accepté la diffusion de « Urban jungle » dans son institution. En salle, c’est Siméon Fotso, directeur du cinéma Abbia qui va le projeter en avant-première, les 16 et 17 avril prochains à Yaoundé et au cinéma le Wouri les 23 et 24 avril prochains. Ensuite chacune de ces salles va programmer le film pendant deux semaines non-stop.
Sur votre affiche, on ne voit aucun logo des bailleurs de fonds (Aif, Africalia), et moins encore de noms de quelques acteurs connus dans le cinéma africain. Comment vous y êtes-vous pris pour financer votre film ?
C’était un défi pour moi. J’ai autofinancé une grande partie de ce film grâce à la vente de mes films et le reste, l’État français par le biais des préfectures m’en a donné 60 % également. Cela a été un véritable parcours du combattant ; pendant deux ans et demi, je tournais avec deux grands professionnels français, Stéphane Boutet et Alexandra Lamy, qui me donnaient tout simplement un coup de main avec la détermination d’aller jusqu’au bout. En terme d’estimation, le film a coûté 1 milliard de francs CfA. Il est sorti en France en Octobre 2003.
Avec un regard de professionnel que pensez-vous du cinéma africain en général et camerounais en particulier d’aujourd’hui ?
Il y a une véritable dynamique autour de notre cinéma, cependant, notre faiblesse véritable demeure dans les finances et la distribution. Il y a aussi les tracasseries avec la douane et la police lorsque nous ramenons du matériel ici pour tourner.
Le cas du Cameroun est particulier, il y a encore chez nous les problèmes d’égo. Beaucoup de nos aînés sont capables de s’entraider, mais par orgueil, ils ne le font pas. Je pense qu’il faudrait qu’on copie nos collègues d’Afrique de l’ouest. On devrait créer un regroupement entre les cinéastes de toutes les générations et voir comment l’on peut fonctionner en associations véritables pour mettre en place une synergie.

///Article N° : 3865

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