Jeune Afrique ? Cinquante ans après les indépendances

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Quelques années seulement après que l’Amérique ait célébré son cinquantenaire, Alexis de Tocqueville traverse l’Atlantique avec son ami Gustave Beaumont pour tester dans ce grand laboratoire le principe démocratique qu’il a observé dans la marche inéluctable des peuples vers le progrès. Dans sa magistrale étude sur la démocratie en Amérique, il offre une réflexion que les Africains gagneraient à méditer tandis qu’ils marquent le cinquantenaire de leur existence comme nations indépendantes :  » les nations, comme les hommes, indiquent toujours, dès leur jeune âge, les principaux traits de leur destinée  » (1).

Cinquante ans de malheur
Voici donc cinquante ans que l’Afrique est indépendante, un jalon qui hante son parcours comme une épitaphe. Un peu partout, sans trop y mettre le cœur, sans trop songer à célébrer cette date symbolique avec pompes et en fanfare, on s’attelle, dans un brouhaha de combat, à dépoussiérer et à redonner un peu de son lustre à cette vieille bâtisse délabrée. On reçoit des invités de marque à Abuja comme à Yaoundé. Les enfants sont réquisitionnés par le père abusif et pervers pour épousseter des meubles antiques dont les ressorts surgissent des coussins comme les boyaux d’un poisson éventré. Ils mettent la plus mauvaise volonté à la tâche. C’est qu’ils ont hâte de vaquer à leurs jeux indécrottables sous le ciel inclément d’Afrique. Et puis, ils se doutent bien qu’une fois le dernier invité parti, une fois les rires et les sourires diplomatiques effacés, la grande bâtisse retombera dans sa torpeur habituelle, lugubre, surtout lorsque tombe la nuit. L’épouse, quant à elle, remise en regimbant des rideaux qui tombent en lambeaux. Tous travaillent à créer une façade que la moindre secousse lézarde, à donner l’illusion au monde qu’ils sont maîtres en la demeure et bien chez eux.
Ce n’est donc pas pour nous surprendre que le devoir de mémoire est ressenti par beaucoup d’Africains, dont un grand nombre est trop jeune pour avoir vécu le tournant de 1960, comme un diktat de l’état, une sorte de fête forcée. Qu’on ne s’y trompe pas. Quand Kabila – celui-là même qui pris d’un accès de révisionnisme a ordonné de remettre en scelle la statue de Léopold II au milieu de la Place du 30 Juin – déroule le tapis rouge pour accueillir le roi des Belges à Kinshasa le 30 juin, quand Sarkozy nomme un secrétaire général du Cinquantenaire des indépendances africaines, en la personne du servile et retors Jacques Toubon, et quand Wade, en pleine crise de sénilité, déclare à ces concitoyens, la veille du cinquantenaire du Sénégal,  » Chaque pays qui célèbre son indépendance cette année sera accompagné des autres et de la France « , alors les jeunes Africains savent que tout est mal barré. Ces jeunes Africains, souvenons-nous, égrènent les jours avec impatience non pas en anticipation de la date fatidique du 30 juin, pour le Congo-Kinshasa, ou du 15 août, pour l’autre rive du fleuve Congo, ou du 17 août pour le Gabon voisin, etc. ; ils les égrènent en attendant l’ouverture de la coupe du monde de football le 11 juin. Bien que l’engouement pour le Mundial s’affirme nettement comme un phénomène planétaire, pour les jeunes Africains le Mundial 2010 revêt une importance toute particulière. Hormis la libération de Nelson Mandela et la fin de l’Apartheid en Afrique du Sud, c’est l’événement le plus marquant que l’Afrique ait connu depuis les indépendances de 1960. Entre 1960 et 2010, le continent africain a connu peu de points d’orgue, mais une litanie d’échecs et de crises, un délitement social et économique tel que le petit progrès accompli pendant la colonisation a été vite dilapidé.
Cinquante ans après la fin de la colonisation, le constat cinglant de l’agronome français René Dumont fait encore écho dans nos sanglots. L’Afrique est-elle donc mal partie ? Si, en 1962, Dumont parlait d’un faux départ (2), ou du moins d’un départ poussif, peut-on encore aujourd’hui user de la même métaphore ? Peut-on encore aujourd’hui parler d’une jeune Afrique qui a toujours du mal à trouver ses marques et à s’élancer à la conquête de son destin ? Peut-on encore attribuer le sous-développement qui caractérise l’Afrique au 21e siècle à la jeunesse d’un continent qui, il y a à peine cinquante ans, gisait encore sous le joug atroce d’un colonialisme européen que Fanon pensait à juste titre comme une violence à l’état de nature ? (3). Quel sens donc donner à cinquante ans d’indépendance à l’aune de la mondialisation, de l’accélération des flux d’information, et de ce que le journaliste américain Thomas Friedman appelle a flat-world Platform ? Pour Friedman, le monde s’est tellement rétréci et les structures économiques se sont tellement aplaties que la conquête des marchés devient à la portée de tout individu qu’il se trouve à Bangalore ou à Vancouver. Quel sens faut-il donner à cette nouvelle reconfiguration mondiale ? Selon Friedman, il s’agit avant tout d’une synergie au niveau de l’accumulation et du partage des savoirs qui contribue à tisser un seul réseau global. Grâce à cette phase accélérée de la mondialisation, compagnies et communautés, aussi bien que simples individus, peuvent désormais bénéficier d’une nouvelle ère de prospérité, d’innovation et de collaboration à l’échelle planétaire (4). Certes, sa vision de la mondialisation est utopique, un tantinet naïve, mais Friedman a raison de déceler des possibilités et des opportunités même s’il est vrai que la mondialisation reste l’otage de l’Occident, des grandes multinationales et des institutions internationales issues de Bretton Woods.
Révolutions à l’ère de la mondialisation
Le but de ma réflexion est simple : montrer que dans ce contexte accéléré de la mondialisation, notamment durant les cinquante dernières années (1960-2010), le temps ne se mesure plus à la même échelle que dans les siècles précédents où les révolutions, qu’elles soient sociales, politiques ou économiques, se sont déroulées sur la longue durée. Prenez la révolution industrielle, par exemple. Entre l’invention du Spinning Jenny par James Hargreaves, en 1764, et l’usage systématique des colorants de synthèse d’aniline, permettant de teindre les cotonnades avec des couleurs plus vives, il y a près d’un siècle au cours duquel la révolution industrielle transforme lentement le paysage social et économique de l’Europe et de l’Amérique du Nord mais n’impacte guère plus des trois quarts de la planète. Il faudra un siècle encore pour que cette révolution atteigne le Japon, la Russie, l’Afrique du Sud et une partie de l’Amérique latine. Au contraire, les révolutions de la fin du 20e siècle se sont déployées avec célérité. Depuis la fin de la guerre froide et la chute du Mur de Berlin, une décennie vaut un siècle et au temps long des révolutions de l’ère moderne a succédé le temps court de nos révolutions contemporaines. Il n’a suffi que d’une ou, à tout casser, de deux décennies pour que la révolution numérique atteigne les coins les plus reculés de la planète. Quoi de commun, en effet, entre un homme d’affaires new yorkais et une colporteuse de charbon à Malueka, un des bas-fonds de Kinshasa ? Ils font tous deux usage d’un téléphone portable pour communiquer avec leurs proches et leurs clients. Bien qu’elle mette très rarement les pieds dans une automobile, vive dans un taudis sans électricité ni eau courante, n’aie jamais vu de près ni train ni avion, elle a accès comme son homologue américain à plusieurs outils de la révolution numérique, y compris l’Internet situé dans une cyberboutique en contre-plaqué au nom iconique de barackobama.com. De zéro en 1978, les usagers du téléphone portable sont passés à un milliard en 2004. En 1985, personne n’utilisait l’Internet ; aujourd’hui la terre compte près de deux milliards d’internautes !
Si pour en arriver là où ils se trouvent aujourd’hui, il a fallu plusieurs siècles aux pays développés comme les États-Unis, l’Allemagne, ou le Japon, véritables locomotives de la mondialisation, pour l’Afrique il en va autrement. Voyez la France, me dira t-on, plusieurs siècles pavés de massacres, de guerres, de crises, non pas d’une mais de plusieurs révolutions ont contribué à façonner une nation prospère. J’entends déjà ceux qui vitupèrent que c’est être trop exigeant avec les Africains, et franchement afropessimiste, vitupèrent les autres, que de les sommer d’entreprendre en cinquante ans ce qui a pris plusieurs siècles aux Français et aux Américains pour accomplir. Certes, mais le temps long des révolutions accomplies au 18e et au 19e siècle correspond aux décennies du 20e et surtout du 21e siècle qui ont été témoins, à la faveur de la mondialisation, de bouleversements rapides, de réformes politiques et d’un sursaut économique sans précédents dans bon nombre de pays en voie de développement. Mais, en Afrique, tout s’est déroulé comme si ce vaste continent avait raté le train de la mondialisation ou, pour prolonger cette métaphore, comme si pendant que les autres comblaient leur retard en empruntant le TGV les Africains s’évertuaient à rattraper le leur à coups de pagaie.
Les exemples abondent, et il faut les citer pour mesurer le retard accablant que l’Afrique a accumulé au cours de ces cinquante dernières années. Prenez le Brésil. Ayant stabilisé ses institutions politiques et embrassé le libre-échange, ce géant d’Amérique latine a vu la valeur de ses exportations doubler de 58 milliards de dollars en 2001 à 118 milliards en 2005, supplantant cette année-là un grand nombre de pays industrialisés, notamment les États-Unis, en devenant du coup le premier exportateur de soja (avec une part de 39 % du marché mondial), de volaille (41 %), de bœuf et de veau, ainsi que de jus d’orange (81 %), de café (28 %) et de sucre. Le pays produit et exporte aussi une quantité énorme de minerais et d’hydrocarbures, d’équipements industriels, de produits électroniques et de véhicules de transport. Son fleuron aéronautique Embraer (créé en 1969) maintient son rang de troisième compagnie aéronautique, après Boeing et Airbus, avec 244 avions livrés en 2009 (contre seulement 4 en 1996 !). Même évolution rapide en Inde où jusqu’en 1991 l’expansion économique était entravée par un interventionnisme étatique et des mécanismes protectionnistes désuets hérités de la Guerre Froide. En l’espace de deux décennies, l’Inde s’est transformée en géant économique avec un taux de croissance qui n’est second qu’à celui de la Chine. L’Inde est désormais réputée pour son industrie de l’acier dominée par Mittal Steel Company (créée par Lakshmi Mittal à Calcutta en 1976 et devenue ArcelorMittal en 2006) et pour son industrie automobile grâce à Tata Motors qui, en 2008, a défrayé la chronique non pas seulement en acquérant Jaguar et Land Rover, mais surtout en lançant Tata Nano, la voiture la moins chère du monde (2 500 dollars clé en main !). Presque tous les secteurs que l’on trouve dans les pays développés participent actuellement à maintenir en Inde un taux de croissance annuel d’environ 8 %. S’y ajoute une myriade de PME, souvent créées par la diaspora indienne pour favoriser le transfert de technologies nouvelles vers l’Inde et générer des emplois pour des centaines de millions de travailleurs. Nul n’est besoin de multiplier les exemples pour la Chine qui, comme chacun le sait, menace la primauté économique des États-Unis. Un seul exemple suffit. Il s’agit en fait d’une maxime, lancée par Deng Xiaoping dès 1960,  » Peu importe qu’un chat soit blanc ou noir, s’il attrape des souris, c’est un bon chat « , et renouvelée au moment où il tient les rênes du pouvoir par un appel à tous les Chinois :  » Enrichissez-vous ! « . Voilà, en un mot, pourquoi aujourd’hui la Chinafrique est en passe de reléguer aux oubliettes et la Françafrique et l’Eurafrique. Le même pragmatisme qui a guidé la Chine, le Brésil et l’Inde à rattraper une partie de leur retard économique en une seule génération semble avoir fait des émules partout ailleurs, dans l’ancien bloc soviétique d’Europe de l’est, en Asie du sud-est, au Moyen-Orient, en Amérique latine, et même, à un moindre degré concédons-le, en Afrique du Nord, à l’exception notable de l’Afrique subsaharienne.
Tigres asiatiques et ogres africains
Pourquoi l’Afrique fait-elle donc exception et s’est-elle appauvrie depuis son accession à l’indépendance lors même que selon René Dumont elle possédait tous les atouts pour  » se développer rapidement  » ? (Dumont 1962 : 85). Entre 1980 et 2000, le revenu moyen de 43 pays africains a décliné de près du quart. En 1960, bon nombre de pays comme le Nigeria, le Ghana et le Congo possédaient un PIB bien supérieur à la plupart des pays d’Asie : le Nigeria était plus riche que l’Indonésie et le Ghana plus riche que la Corée du Sud. Aujourd’hui le fossé continue à se creuser au détriment de l’Afrique. En dépit, mais sans doute à cause de son pétrole, le Nigeria est beaucoup plus pauvre que l’Indonésie. Comment en est-on arrivé là ? Friedman énumère quatre facteurs cardinaux sur lesquels doit se concentrer toute politique de développement des pays pauvres à l’ère de la mondialisation, de ce qu’il appelle  » flattening of the world  » : en premier lieu, des infrastructures qui doivent permettre aux habitants de se connecter au monde et de communiquer entre eux : de l’Internet à haut débit aux réseaux autoroutiers. En second lieu, un focus sur l’éducation pour rendre les individus d’un pays non seulement compétitifs et compétents mais également capables d’innover et de collaborer avec le reste monde. En troisième lieu, une bonne gouvernance qui garantisse aux citoyens la jouissance des libertés fondamentales, promeuve l’initiative privée et canalise l’énergie créative de ses citoyens à travers un service public efficace et fiable. En dernier lieu, une politique écologique qui reconnaisse la symbiose entre développement économique et protection de l’environnement (Friedman 2005 : 408). À cela, il conviendrait d’ajouter le rôle essentiel de la diaspora, responsable non seulement de flux monétaires considérables vers les pays pauvres dont ils sont originaires mais aussi de transferts technologiques des pays développés vers les pays en voie de développement. La diaspora africaine a un rôle historique singulier à jouer, elle qui, aux États-Unis par exemple, se distingue de tous les groupes diasporiques comme celui qui est nanti du plus haut niveau d’éducation. Récemment, un certain nombre de gouvernements africains se sont dotés d’un ministère de la Diaspora pour solliciter les ressources financières et intellectuelles de la diaspora africaine. Initiatives louables, certes, mais qui ne suscitent guère l’engouement des Africains de la diaspora à cause du climat politique, souvent marqué par des habitus ethniques et népotistes peu propices à l’investissement des membres de la diaspora et, de surcroît, réfractaires à tout projet de développement économique.
Au Brésil, en Chine, au Mexique, en Inde et ailleurs c’est en tablant sur la diaspora et en adhérant à ces principes essentiels que les dirigeants de ces pays ont favorisé au cours de ces dernières décennies une croissance économique telle que leurs pays ne figurent plus comme pays en voie de développement mais  » pays émergents « . C’est justement ce pragmatisme, et le dépassement d’une histoire coloniale qui n’était pas moins immonde en Inde et au Brésil qu’en Afrique, qui a manqué aux élites africaines. En réalité la grande tragédie des indépendances africaines se résume dans le credo nationaliste d’un Kwame Nkrumah, qui après l’indépendance pionnière du Ghana en 1957, galvanisait les autres Africains en paraphrasant une exhortation biblique :  » cherchez premièrement le royaume politique et toutes ces choses vous seront ajoutées par-dessus « . Par  » toutes ces choses « , il fallait entendre émergence de la nation, modernisation, développement économique, croissance industrielle, plein emploi, autosuffisance alimentaire, création d’une société civile, etc. Cette insistance que la clé du développement se résumait à sortir de la colonisation, que la maîtrise des instances politiques suffisait à elle seule à créer la croissance et une meilleure qualité de vie pour tous, s’est soldée parce que le géographe Olivier Dollfus a décrit, en parlant de l’Amérique latine, comme le  » chaos borné  » (5). Un à un, à commencer par Nkrumah lui-même, les dirigeants Africains ont enfanté des hydres à têtes multiples, une série de régimes dystopiques à l’échelle de tout un continent. Alors que l’Asie relâchait ses tigres, l’Afrique, elle, libérait ses ogres. Que certains d’entre eux, Houphouet-Boigny en Côte-d’Ivoire ou Jerry Rawlings au Ghana, aient pu créer un semblant de développement indique que le procédé commode qui consiste à attribuer la pauvreté du continent au rôle, certes néfaste, des puissances occidentales doit être répudié par les Africains. Sous le régime de Mobutu (1965-1997), les conditions délétères qui existent aujourd’hui au Congo, fragilisation du pouvoir central, présence d’un lumpen militariat, guerre civile prolongée, violences sexuelles systématiques, des millions de réfugiés, la quasi-partition du pays, la captation des ressources par des pays limitrophes comme le Rwanda et l’Ouganda, étaient absents. La kleptocratie, érigée en système de gouvernement dans l’indifférence totale de la communauté internationale et souvent avec l’aval et la complicité des régimes occidentaux, a contribué plus que tout autre facteur au paradoxe zaïrois :  » pays riche où l’on meurt de faim « . Le procédé est d’autant plus suranné que dans une ère, comme l’a si bien analysé l’historien américain Jeffrey Frieden, où  » le capitalisme est devenu global et le globe est devenu capitaliste  » (6), une ère dans laquelle plus de la moitié des plus grosses entités économiques ne sont pas des États mais des TNC (transnational corporations) comme Toyota, Shell, Microsoft, Sony, Coca Cola, Goldman Sachs ou Nike, les enjeux ne sont plus fondamentalement politiques mais avant tout économiques. Voilà pourquoi toute tentative de développement en Afrique doit passer forcément par la libéralisation de systèmes politiques qui jusqu’à présent n’ont pas servi l’intérêt du plus grand nombre mais ont vicié l’essor économique en servant l’intérêt de la  » tribu « .
Oser la rupture
Aujourd’hui, pour juguler la faim, enrayer les  » guerres ethniques  » et résoudre une bonne fois pour toutes son problème de développement, l’Afrique ne doit pas tabler sur un siècle ni même sur un demi-siècle parce sur ce continent, plus qu’ailleurs, l’urgence du développement est une question de vie ou de mort. C’est un luxe que les Africains ne peuvent plus se payer dans un continent où, selon l’Unicef, un enfant meurt de malaria toutes les trente secondes ! Ce déficit de développement ne peut être réellement résolu que si les peuples africains sortent de leur aliénation et de leur torpeur pour revendiquer des conditions de vie humaines dont ne jouît qu’une infime minorité de la population. Pour mettre fin au pillage, à l’oppression et à la famine, les peuples africains doivent confronter un pouvoir qui ne peut plus torturer et tuer avec impunité comme c’était le cas avant l’invention de l’Internet et du téléphone portable. On a pour preuve les massacres et les viols de femmes survenus au stade de Conakry le 28 septembre 2009. Les images, filmées par certains manifestants à l’aide de leurs téléphones portables se sont retrouvées rapidement sur Youtube, provoquant un tollé global qui a pavé la voie à la fin tragique et cocasse de l’infâme Moussa Dadi Camara. Or l’Afrique qui, de tous les continents, contient une grande majorité de jeunes – population effervescente de nature – se laisse passer le mors sans regimber et courbe l’échine devant des dirigeants les plus corrompus, les plus ineptes et les plus illégitimes qui soient. On lui impose Faure Eyadema au Togo, Ali Bongo au Gabon et Joseph Kabila au Congo, comme si l’Afrique était un petit royaume héréditaire de petits potentats, sans qu’il y ait le moindre émoi à Lomé, à Libreville et à Kinshasa. Les jeunes Africains doivent s’organiser, faire entendre leurs voix et prendre possession de la rue, non pas pour accomplir des révolutions sans lendemains, mais pour faire de l’Afrique du 21e siècle l’autre Afrique, l’Afrique du renouveau, l’Afrique indépendante.

1. Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Tome II, Paris, Michel Lévy Frères [1840] 1864, page 421.
2. René Dumont, L’Afrique noire est mal partie, Paris, Editions du Seuil, 1962.
3. Frantz Fanon, Les Damnés de la terre, Paris, Editions La Découverte [1961] 1985, page 43.
4.Thomas Friedman, The World is Flat : A Brief History of the Twentieth Century, New York, Farras, Straus and Giroux, 2005, page 8.
5. Olivier Dolfus, « Système Monde », Partie II, in Roger Brunet, Olivier Dolfus (dir.), Mondes nouveaux, Paris, Belin-Reclus, (Tomme 1 de la Géographie Universelle), 1990.
6. Jeffrey Frieden, Global Capitalism, New York, W.W. Norton, 2006, page 476.
///Article N° : 9606

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