Jokali, des sacs tout en musique !

Avec ses sacs personnalisés à partir de vinyles, Kalilou Camara a créé sa marque en 2009 : Jokali. Surfant sur la vague vintage et équitable, il développe ses créations entre Montreuil et Bamako. Rencontre avec un passionné de la débrouille.

Rien ne le prédestinait à la mode si ce n’est une perpétuelle envie de créer et de se dépasser. De son enfance au Mali Kalilou Camara raconte : « Je créais toute sorte d’objets à partir de ce que je récupérais dans la rue ». Déjà des « oeuvres d’art » vendues pendant le Paris-Dakar : « le Paris-Dakar, c’était le père Noël pour nous. Certains payaient 100 francs pour une voiture en canette. ». A 15 ans, il quitte Kayes pour rejoindre son père en France. « J’ai vécu avec lui, deux ans, dans un foyer de travailleurs migrants de Montreuil. ». Déterminé à poursuivre des études en mécanique, Kalilou devra pourtant abandonner son cursus, faute de régularisation. Un garage accepte toutefois de l’employer.
Des voitures aux sacs vintage
Des voitures miniatures, cet autodidacte s’attaque donc aux « vraies » sans pour autant délaisser l’univers de la création. « Un jour, j’ai vu une émission sur un homme qui faisait des avions miniatures. J’ai dit à mes amis : je peux faire mieux que ça ! » Une fois le défi lancé, il réalise un avion à partir de cintres puis en 2001, à l’heure de l’effondrement des Twins Towers aux Etats-Unis, il construit un avion avec des journaux du monde entier relatant l’évènement. La presse s’en fait l’écho.
Kalilou commence discrètement à créer son style, son identité de créateur. Il est repéré par la Mairie de Montreuil qui l’invite à exposer. Mais Kalilou a des rêves plus grands. La mode « sap » l’intéresse de plus en plus. Les sacs en canettes constituent ses premières créations en la matière. En 2009, il crée sa marque : Jokali, avec le vinyle comme signature. Les premiers sacs sont en cuir. « Travailler le cuir et le vinyle est une manière de toucher le plus de monde possible ». Coup de chance ou du destin : le vintage revient à la mode. Les clients « de toutes générations » s’intéressent à ses sacs, choisissent leurs vinyles. Le rock des années 70 et le reggae ont le vent en poupe.
Commerce équitable
Parce que le business de la mode se définit, pour le moment, en Occident, Jokali garde un pied en France mais l’autre bien implanté au Mali. Une dizaine de personnes travaillent pour sa marque à Bamako. Aux questions soulevées sur le coût de la main d’oeuvre et des matières premières, il rétorque : « Je veux contribuer à l’emploi dans mon pays. Mes artisans sont bien payés. Nous utilisons du cuir souple que l’on trouve là-bas et des teintures de pigments naturels ». Des critères qui assurent la distribution de ses produits dans des boutiques attachées à l’éthique. Pour le moment, les retours sur investissement restent fragiles. Il se rallie à des collectifs tel que Hautlesarts qui s’attèle à rechercher des lieux d’exposition à moindre coût. Une visibilité en expansion avec des magasins à Paris et dès le 6 juin à Marseille.
Et en Afrique ? « Le problème : le vinyle ne supporte pas les grandes chaleurs. Sur le grand continent, j’aimerai qu’il devienne un produit du soir en l’adaptant avec des accessoires ». Des projets plein la tête, Kalilou pense déjà à une ligne de vêtements. Dans tous les cas, ce qui l’anime profondément : « Montrer à travers mes créations l’Afrique qui crée, l’Afrique en mouvement, l’Afrique ouverte sur le monde ».

Où trouver les sacs Jokali ?

Retrouvez l’adresse de son atelier et des magasins sur jokali.fr///Article N° : 12624

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