Kabs, le Sénégal au quotidien

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Le fulgurant succès d’un bédéiste sénégalais qui sait vivre avec son temps.

Il a longuement travaillé dans l’ombre avant que les Sénégalais ne le découvrent. Au mois de janvier 2000, en pleine fièvre des élections présidentielles, Lamb Ji, bande dessinée hebdomadaire, fait fureur au Sénégal. Elle se vend à chaque sortie à 50 000 exemplaires et pendant des semaines – un record.
Son auteur, Kabs, de son vrai nom Malang Sene, 38 ans, grand Noir avec des lunettes claires, est bien connu dans sa ville de Ziguinchor, au Sud du pays, où il a noirci bon nombre de murs avec ses esquisses. Tout jeune, avant même d’aller a l’école, il dessinait déjà sur leurs pans avec du charbon : « Au début, c’était les militaires, les gendarmes et les policiers, j’étais fasciné par les uniformes » Sa période des militaires passée, Kabs s’est tourné vers les footballeurs. Les saisissant dans leurs élans, il en profitait pour affiner son crayon.
Cette période est bien loin. Malgré la réticence de son père, Kabs a pu entrer à l’école des Beaux-Arts de Dakar. Inscrit en section communication, il en sort en 1986 au bout de quatre ans, diplôme en poche. De ses études, Kabs retient : « Ça m’a permis de maîtriser entre autres la caricature, l’illustration , le portrait et la sérigraphie. »
Il travaille ensuite dans un organisme de développement où il signe des BD pour sensibiliser les paysans sur les méfaits de la déforestation. La BD est ainsi utilisée pour transmettre des messages aux paysans et éleveurs sénégalais.
Il puise par ailleurs son inspiration dans le vécu des Sénégalais, à commencer par les Dakarois. Il a aussi dans ses tiroirs une BD de 443 pages retraçant l’histoire du Sénégal de 1935 à 1996. Dans cette œuvre monumentale qu’il n’arrive pas à publier, on retrouve « la politique, le sport et tous les événements marquant que les Sénégalais ont vécu durant cette période. » Un véritable travail de documentation qui ne lui est pas étranger puisque Kabs a suivi aussi une formation d’archiviste et de documentaliste.
L’actualité reste cependant sa véritable source d’inspiration. Lamb Ji (l’arène en wolof) est une métaphore pour désigner la scène politique. Abdoulaye Wade, actuel président du Sénégal, et Abdou Diouf, son prédécesseur, en étaient les héros. La série a tout suivi, de la campagne électorale jusqu’à la prestation de serment d’Abdoulaye en passant par la chute de « Diouf ». Durant toute cette période, les Sénégalais analphabètes ou lettrés se faisaient le devoir d’avoir chacun un exemplaire de l’irrésistible Lamb Ji.
Une autre série a suivi, qui retrace le vécu quotidien des Sénégalais à travers le Car Rapid, le fameux car assurant le transport public à Dakar. « Le succès est moindre puisqu’il n’arrive jusqu’ici pas à dépasser les 20 000 exemplaires« , confie Kabs.
Même si son travail est très apprécié, ce père de trois enfants n’arrive pas à vivre de son art. « C’est très difficile de s’en sortir. Ici les dessinateurs ne sont pas bien respectés même si on reconnaît leur utilité dans la société. » C’est parce qu’il est dur pour Kabs de vivre de son art qu’il multiplie, pour reprendre son expression, les collaborations avec les journaux sénégalais. « Je suis passé par les journaux satiriques comme Le Politicien et aussi La Vache qui rit. Il m’arrive aussi de faire les jeux de 7 erreurs pour mettre du beurre sur les épinards ! »
Kabs a par ailleurs signé l’illustration de nombreux livres pour enfants et des ouvrages didactiques. Par son humour et son coup de crayon parfait, il rend la BD familière au Sénégalais et il est évident que c’est ainsi qu’il s’est fait un nom. Car l’auteur de Lamb Ji et Car Rapid n’est plus méconnu du public ! 

///Article N° : 1573

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