Kinshasa : le salon de la BD, « plus qu’une envie, un besoin ! »

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Depuis 1991, date de la première édition du salon de la BD et de la lecture pour la jeunesse, l’univers du bédéiste congolais s’est totalement transformé : auparavant amateur, il est en passe de devenir professionnel. Avec cette 3è édition, au cœur du continent, à la Halle de la Gombe-CCF de Kinshasa, la diversité des productions exposées a prouvé la qualité de la Bd africaine.

La mélodie limpide d’une kora, le son harmonieux d’un compact disque ou carrément la guitare de Jean Goubald, le griot maison du festival, une expo avec des stands bien en vue, l’installation des coins lecture, jeux, dessin, restauration, de nombreuses allées et venues, et une présentation accueillante ont fait de ce salon de la BD du 20 Septembre au 8 Octobre 2000 un succès.
Avec les moyens du bord, l’organisateur, l’Atelier de création, de recherche et d’initiation à l’art (ACRIA), a su donner sa chance à toute la BD d’Afrique et même d’ailleurs. On pouvait trouver à côté des stands des Barly Baruti, Tembo Kash, Hallain Paluku ou Pat Masoni de la RDC, ceux de Patrick Essono dit PaHé du Gabon, Adji Moussa du Tchad, Hector Sonon dit Sonongo du Bénin, Jo Palmer du Togo, Nkuya, Teddy Lokoka et Djobiss du Congo-Brazzaville, Ptiluc Lefèvre et Joan Spies de la France. Un seul absent : Dany de la Belgique, prévu du 26 juillet au 11 août 2000 (dates initiales de la manifestation), mais qui n’a pu se libérer en cette fin septembre.
La culture au secours de la RDC
Kinshasa a réussi sa 3è fête des bulles et des cases malgré la guerre qui refuse de finir dans le pays… Et pour un continent entier qui se réveille sur le plan de la bande dessinée, le salon représente le genre de manifestation idéale qui suscite les contacts, les rencontres et surtout le désenclavement de la BD. Au-delà de sa vocation de support de vulgarisation, la BD contribue à l’épanouissement de l’individu et apporte beaucoup dans une société aussi hétéroclite que la société kinoise, voire congolaise.
Pendant longtemps, l’Afrique n’a été que décors dans les histoires occidentales. Maintenant qu’elle tient à prendre les rennes de sa destinée, elle doit se raconter elle-même avec sa propre sensibilité et Lumumba n’aurait pas tort de continuer à déclarer jusque dans sa tombe que « la vraie histoire de l’Afrique ne se raconterait vraiment que par les Africains eux-mêmes ! » Pourquoi pas en bande dessinée ?
Et par la caricature déjà, « la BD ouvre une fenêtre à l’évasion et à la sensibilisation de certaines valeurs démocratiques comme les droits de l’homme dans un environnement conjoncturel de guerre. C’est déjà ça ! » a déclaré Tembo Kash, le président de l’ACRIA. Jeunes pour jeunes a fait connaître un essor unique à la bande dessinée congolaise dans les années 70, ACRIA relève aujourd’hui le défi de remonter la pente en organisant ce festival. En faisant confiance en l’avenir : « Plus qu’une envie, c’est un besoin ! » a précisé Tembo.
Des obstacles, il y en a toujours, mais, depuis le temps, les hommes de culture de la RDC ont compris qu’il faut oser pour avoir des résultats ! Malgré un gouvernement indifférent, malgré un ministère de tutelle toujours occupé à autre chose, malgré une conjoncture qui handicape l’adhésion des mécènes à tout projet, malgré l’absence d’espace permanent capable d’accueillir le salon, malgré des promesses de fonds proches de la venue du Christ, l’ACRIA a réussi a organiser le salon, en prenant tout sur lui, ou presque ! D’où le report du festival de quelques mois. Un désavantage habilement récupéré d’ailleurs… La principale cible passant ses journées aux cours (la rentrée scolaire a été effective début septembre), des arrangements assez subtils avec 15 écoles de la capitale, transport assuré, ont permis une affluence continue au salon.
Un plus dans l’élaboration…
Pour qu’il porte bien son titre d' »édition de la maturité », ce 3ème salon a sorti du neuf en comparaison des deux précédentes éditions. Deux prix seront décernés au meilleur bédéiste exposant, l’un du public et l’autre de la presse, grâce à des fiches de cotation distribuées au public visiteur ainsi qu’aux journalistes.
L’exposition sur les stands est composée de quatre variantes différentes. Une exposition traditionnelle avec planches de dessinateurs et leur pays d’origine, une autre exposition faite de l’interprétation en dessin des enfants sur les articles traitant des droits de l’enfant (les meilleures planches reçoivent un prix de l’Unicef et de l’Unesco), une troisième expo faite de photos des alimentations, pharmacies ou terrasses de la ville utilisant des personnages BD, et enfin un ABC de la BD reprenant des pages du livre où est expliqué le travail d’Hergé.
Au colloque sur « La BD africaine, son discours et ses problèmes », on a parlé de langue, d’édition, d’engagement… De l’avis général, c’est la plus intéressante innovation cette année. Cependant, malgré la valeur des experts présents au colloque, les débats n’ont pas échappé aux banalités souvent entendues à propos de ce 9è art : tradition et modernité, langue de l’écriture, « ghettoïsation » de la BD africaine, etc.
On aimerait que les bédéistes aient plus souvent l’occasion de parler de leurs planches, de leur thématique, et la confronter à celle des autres, pas forcément africains. Il est bon parfois de partir de sa vision pour universaliser, car bien souvent notre particulier a beaucoup à dire à l’universel ! Et la BD demeure une forme d’art, d’expression, de créativité. Faire de la BD, c’est dire « je vis, j’existe ! »
Jusqu’à maintenant largement (trop ?) inspirés par des modèles européens, les bédéistes africains, enrichis par ces rencontres et ces échanges, doivent désormais faire leur preuve par l’action. A eux de jouer, ou plutôt, de dessiner ! 

///Article N° : 1567

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