La coédition comme catalyseur

Entretien d'Amande Reboul avec Guillaume Olivier

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Qu’apporte la coédition à l’auteur ? Réponse de Guillaume Olivier, auteur de L’Aide publique au développement : impasse ou mutation ?

Quels sont les motifs qui vous rendent sensible à une démarche équitable en matière d’édition ?
L’ouvrage que je publie aux éditions Charles Léopold Mayer s’inscrit dans une démarche militante, destinée à vulgariser auprès des citoyens français et africains la notion d’aide publique au développement, expliquer ses limites et surtout donner des alternatives crédibles, à commencer par la remise en cause des mécanismes internationaux qui nuisent au développement de ces pays… L’objectif est de permettre aux citoyens de France et d’Afrique francophone de disposer d’un outil d’information de base, afin de susciter ou favoriser l’émergence d’échanges, de débats ou de revendications sociales. Cet ouvrage est pour moi le premier à être publié et je conçois la coédition comme un catalyseur formidable du projet.
Par ailleurs, contrairement à l’idée faussement répandue qui tend à stigmatiser le comportement fataliste  » à l’africaine « , l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique Centrale englobent des sociétés extrêmement vivantes : les initiatives locales fourmillent, des dynamiques collectives, associatives, coopératives se multiplient aux niveaux local, national et régional, des courants de pensée s’affrontent sur le plan culturel, artistique, intellectuel et politique… Malheureusement, de nombreuses contraintes restreignent la portée sinon étouffent ces dynamiques, parmi lesquelles on peut citer le manque d’accès à l’information et la faiblesse des moyens matériels et financiers. C’est la raison pour laquelle, me semble t-il, la démarche éditoriale solidaire a un grand rôle à jouer, puisqu’elle permet de répondre à ces deux difficultés majeures en facilitant les échanges d’information et en rendant plus accessible le livre, grâce à une mutualisation des fonds sur les coûts de fabrication et de vente.
Estimez-vous que l’idée d’une lecture croisée de votre texte par plusieurs éditeurs soit un apport critique nécessaire ou pensez-vous que ce travail doive rester intime et étroitement concerté ?
Il faut distinguer la coédition qui est, comme son nom l’indique, une édition conjointe de plusieurs éditeurs, souvent avec un  » chef de file  » désigné, de la publication au sein d’un collectif d’auteurs. Dans ce dernier cas, ce sont des auteurs qui se coordonnent en choisissant d’écrire sur un sujet ou un thème donné. En plus du choix d’une démarche solidaire, j’ai eu la chance de pouvoir écrire mon texte en coordination avec deux auteurs ouest-africains, qui ont ajouté une dimension essentielle au projet, à savoir une analyse multiculturelle et une réflexion commune mais plurielle sur la place et le rôle de l’aide publique au développement en Afrique. En revanche, il me semble risqué de laisser les éditeurs choisir les coauteurs, car le style ou les propos d’un auteur peuvent modifier sensiblement le sens du texte, surtout lorsque, ce qui est souvent le cas dans la pratique, ces auteurs ne découvrent le contenu des autres parties de l’ouvrage qu’au moment de la finalisation et de l’édition.
Vous qui cédez gracieusement votre texte à l’association Survie, quelle importance donnez-vous aux droits d’auteur ?
Je pense que la cession des droits d’auteur dépend du projet personnel et professionnel de chaque auteur. Si j’ai choisi de céder mes droits à des associations civiques qui concourent à l’amélioration et à la transparence de l’aide au développement, c’est surtout par cohérence avec mon projet. Si j’avais écrit un thriller, j’aurais probablement gardé mes droits ! Dans ce projet, qui s’inscrit dans une démarche militante, il était logique de soutenir à mon tour, même à titre symbolique, ces acteurs qui travaillent activement à l’amélioration et au développement progressif (bien que lents !) de nos sociétés.
Qu’attendez-vous personnellement d’une publication ? D’un contrat d’édition ?
L’édition solidaire est à mes yeux une entreprise remarquable, car elle permet de mettre en relation des éditeurs indépendants et des auteurs, ce qui contribue à renforcer les réseaux intra et interculturels à l’échelle internationale. Elle offre la possibilité de s’exprimer, de créer et d’écrire, à des voix de divers continents. Elle constitue aussi un moyen de rendre plus accessible le livre grâce à une mutualisation des coûts de production, de transport et de promotion. Elle crée une réelle valeur ajoutée aux livres africains et soutient l’édition et la fabrication locales du livre.
Comment s’est fait le travail éditorial sur le texte ?
Le travail éditorial a été réalisé par les deux éditeurs africains puis revu par l’éditeur français. J’avoue que le fait d’avoir pour éditeur  » pilote  » un éditeur français m’a été bien utile. Pour des raisons purement pratiques, il est beaucoup plus efficace de traiter directement avec un éditeur sur place que par courriers ou e-mails interposés…
L’expérience fut-elle pour vous déterminante dans vos relations avec les éditeurs ?
Le soutien très actif de l’Alliance des éditeurs indépendants – qui combine une éthique d’édition solidaire avec un professionnalisme qui n’a rien à envier aux réseaux internationaux d’édition – m’a beaucoup aidé, malgré les faibles moyens dont elle a disposé jusqu’ici. On espère que ce réseau d’une cinquantaine d’éditeurs en France, en Afrique francophone et dans le monde sera l’occasion de mettre en relation, voire de fédérer de nombreux éditeurs indépendants, qui sans ce soutien technique, institutionnel et financier ne pourraient concrétiser des projets individuels ou collectifs.

L’Aide publique au développement : impasse ou mutation ?, de Guillaume Olivier, coédition Alpha (Niger), éditions Charles Léopold Mayer (France) et Ruisseaux d’Afrique (Bénin), novembre 2003. ///Article N° : 3211

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