La douleur des mots

D'Antjie Krog

Phase critique 9 - Commission Vérité et réconciliation

Devant nous, il reste à construire un nouveau pays… synthèse des riches lignées culturelles dont nous avons hérité… Il ne sera pas nécessairement noir, mais il sera africain. ALBERT LUTHULI, Prix Nobel de la paix 1960.

Au printemps dernier, Bernard Magnier m’avait envoyé La douleur des mots de la Sud-africaine Antjie Krog, un fort volume qui synthétise les auditions de la commission Vérité et réconciliation. Tout se passe comme si l’Afrique du Sud, après s’être illustrée dans le pire, devait innover en instaurant sinon le meilleur des échanges possibles entre ses fils et ses filles, à tout le moins, affronter, de la manière la plus radicalement humaine qui soit, son terrible passé. Les bourreaux – ces héros de l’apartheid – sont conviés à se confesser à leurs victimes en vue non seulement de se faire pardonner leurs crimes (ou demander l’amnistie), mais aussi pour rendre possible un dialogue où leur antécédent criminel serait enfin évoqué, effroyable monument dressé à jamais sur la place publique. En fait, le terme ” dialogue “, à bien des égards, est un vœu pieux, un vœu impossible. Car la commission Vérité et réconciliation est un acte unique dans les annales de l’histoire mondiale. Rappelons ici que le Maroc de Mohammed VI vient de s’y livrer, non sans quelque succès (1). En Afrique du Sud, le mouvement avait eu une tout autre origine. En 1994, Nelson Mandela venait d’être élu président – le premier président noir de l’Afrique du Sud. Sans tarder, celui-ci, ” aux ter...

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