La femme de mon mari

Documentaire de Timna Goldstein et Hadar Kleinman

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Pour son titre français, ce documentaire se saisit du titre d’un livre de Sylvie Fainzang et Odile Journet (L’Harmattan, 1988) qui étudiait de façon anthropologique le mariage polygamique en Afrique et en France. Après avoir rencontré de nombreuses femmes, les auteures arrivaient à une conclusion sans équivoque : « dans la majorité des cas, les coépouses vivent en situation de rivalité permanente ».
Dans la communauté des israélites afro-américains, qui vit en circuit fermé dans une société israélienne qui refuse de l’intégrer, cette rivalité n’est pas de mise, au moins officiellement. A l’arrivée d’Ellerah, Tsiporah accepte la nouvelle épouse comme « une mission pour s’améliorer » – autant dire une épreuve. Le film s’attache à ce personnage touchant : fidèle aux règles de sa communauté, elle tente de vivre la polygamie comme une chance, mais la réalité est autre. Structuré en quatre saisons, le film suit son parcours et grave les étapes de sa désillusion.
La polygamie accentue la soumission des femmes envers l’homme, la maternité restant le seul recours d’existence sociale. Tsiporah aura eu huit enfants, avant qu’Ellerah en ait un « qui l’appelera maman ». Les différences de traitement et le souci de plaire davantage à l’homme cassent la solidarité qui pourrait naître entre les femmes et prolonge la hiérarchie entre les sexes. La limite de ce film par ailleurs passionnant est qu’il reste très discret sur la question de la sexualité, sans doute parce qu’on n’en parle pas ouvertement dans cette communauté. C’est pourtant là que se dévoile la perversité profonde de la polygamie : Si une femme veut résister, ce ne peut être qu’en se refusant à son mari, ce qui la ramène à son rôle d’objet sexuel. Et comme cela suppose aussi qu’elle soit choisie et donc séductrice, la femme est prise à son propre piège : en luttant contre un ordre, les femmes en reproduisent en même temps le cadre idéologique.
Ici, c’est le cadre religieux qui s’impose : l’amour de Tsiporah, conforté par des rituels réservé aux femmes ou par les discours et chansons par exemple lors du mariage, doit transcender les impulsions contraires et finit par lui faire lever toute résistance, ne laissant place qu’à son mal-être. Il ne lui reste que l’abnégation et la sagesse.

(Israël, 2000, 52 min.)
Prod : Transfax Film Prod. / Arte France
Arte le 22 mars 2002, 22 h 20.///Article N° : 2446

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