La fierté d’un continent

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Sur RFI, l’hommage d’un jour.

Ce titre correspond tout à fait à la fièvre des auditeurs de la case du cœur sur RFI à l’annonce du décès de cet immense homme de culture qui a marqué trois générations de lecteurs ou amateurs de musiques burlesques.
Ecrivain, chanteur, musicien, musicologue, poète et conteur, Francis Bebey fut l’un des écrivains et intellectuels les plus importants de la période qui a suivi l’indépendance.
Même s’il fut réputé par son œuvre de compositeur et de chanteur, son œuvre littéraire d’inspiration populaire et humaniste explore le conflit des générations tiraillées entre le savoir moderne et la sagesse traditionnelle. Et c’est dans un style littéraire original qui mêle réalité et fiction qu’il peint la vie africaine avec humour et sensibilité.
Un talent de conteur qui éclot en 1967 avec son premier roman, Le fils d’Agatha Moudio, traduit en 5 langues et qui lui valut le grand prix littéraire d’Afrique noire. Un livre qui relate l’histoire d’un jeune villageois hésitant entre une femme émancipée dont il est amoureux et l’épouse choisie par son père. Un roman majeur qu’il a également chanté avec sa guitare.
Car si Francis Bebey aimait écrire, c’est sa sensibilité de musicien qui apportait la luminosité à ces pages. Faiseur de mots et d’humour, orfèvre de la langue française dans le style alerte des vieux conteurs du Cameroun, Francis Bebey a donné une portée universelle au conte populaire ou à ceux qu’il construisait.
Toujours élégantes, éminemment pédagogiques, avec des leçons humanistes sans jamais paraître didactiques ni moralisatrices, les histoires de Francis Bebey sont des chroniques de la vie quotidienne qu’il contait avec beaucoup de plaisir, de bonhomie et d’humilité comme savent l’être les grands hommes. C’est encore le cas de son recueil de nouvelles et de contes paru en 95.
Le poète qui parlait avec ses doigts s’en est allé. Son immense œuvre nous reste à méditer. Et tous ces auditeurs qui nous ont adressé leur témoignage nous prouvent que le vide est désormais créé.
Ils regrettent juste que cet homme si brillant si perspicace n’ait eu le temps de diriger un pays.
Si l’Afrique devrait s’unir un jour sur un modèle européen, on le verrait bien chef d’Etat de l’Afrique enfin unie.

Sophie Ekoué est journaliste et anime l’émission de culture africaine « La Case du cœur » sur RFI.///Article N° : 2263

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