La mémoire de la musique zanzibaraise

De Bi Kidude

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Après un Womex World Music Award décerné en 2005 et un film dirigé par Andy Jones bientôt à l’affiche, l’Allemand Werner Graebner, en faisant paraître La mémoire de la musique zanzibaraise, rend un nouvel hommage à la diva Bi Fatma Binti Baraka alias Bi Kidude. Ce surnom qui signifie « La petite chose » lui vient sans doute de sa petite taille et de sa fragilité apparente. À près de 90 ans, cette figure emblématique de la scène swahilie, qui fit ses premiers pas dans les années 1940, revient ici sur ses premiers amours en musique. À commencer par le taarab, un mouvement musical né de plusieurs croisements entre le Monde arabe, l’Afrique continentale, l’Inde, la Perse ou encore l’Europe dans une mer indianocéane aux identités mêlées. Apparu au XIXe siècle à la cour du sultanat d’Oman à Zanzibar, il a d’abord été l’apanage des aristocrates du cru, avant d’être « retourné » ou détourné par un public local avide de sensations festives. Le taarab marie tambour, bongo, violon, violoncelle, contrebasse, qanun, ney, tabla, harmonium et accordéon avec des chœurs de femmes et des solos de virtuose sous influence égyptienne.
Héritière de Siti Bint Saad, dont elle reprend volontiers le répertoire, avec sa voix grave et son timbre légèrement guttural, Bi Kidude fut l’une des toutes premières dans la vague de féminisation du taarab à chanter en public sans le voile. Ce qui eut le double effet de la rendre populaire, tout en scandalisant les plus retors de ses compatriotes. Venue à la scène très jeune, pour échapper, nous dit-on à un mariage forcé à l’âge de treize ans, elle a évolué au sein de plusieurs formations aujourd’hui légendaires à Zanzibar. Elle est aussi porteuse d’un enseignement millénaire alliant musique et pratiques de guérison. C’est à ce titre qu’elle prenait part jusque récemment aux rites d’initiations des jeunes filles, avec les danses et les chants appelés msondo (prestation publique) ou unyango (rituel secret) dans son pays. Ce qui a aidé à l’imposer définitivement dans le paysage musical. Un univers que l’on retrouve quelque peu sur cet opus de la vénérable dame, album dans lequel on retrouve bien sûr d’autres influences, allant du kidumbak au sumsumia.

La mémoire de la musique zanzibaraise, de Bi Kidude, (Buda Musique/Jahazi Media)///Article N° : 5838

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