La Nuit et l’enfant, de David Yon

Sortir de la grande nuit

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Film expérimental de 60 minutes, La Nuit et l’enfant sort sur les écrans français le 7 septembre 2016. Une expérience de cinéma de 60 minutes qui décline mystère et poésie dans la nuit algérienne, où sa réalisation collective détermine le résultat final.

« Quand j’aurai fini mon bateau la mer sera sèche » (un graffiti sur un mur)

Le cinéma comme expérience collective : David Yon s’est lié d’amitié avec des jeunes de la région de Djelfa, à 300 km au sud d’Alger, aux portes du désert. Ils ont fait ce film ensemble, en grande partie tourné à la « Mare blanche », une oasis et ses fermes au milieu de la steppe, désertée de ses habitants depuis le passage des terroristes durant les années noires. Lamine Bachar s’est imposé comme acteur principal par sa sensibilité et sa présence tandis que le film a trouvé ses marques en collaboration avec le cinéaste algérien Zoheir Mefti. Lamine, par ses rituels, tente de « faire refleurir les ruines » en se confiant à un enfant. C’est l’Histoire qu’il convoque, l’Histoire de la grande nuit, une histoire de mort que le cinéma cherchera à sublimer.
En 2007, David Yon tourne son premier film à Djelfa, Les Oiseaux d’Arabie et se lie d’amitié avec des jeunes gens de sa génération. Au cours de ses visites suivantes, une envie de film se fait jour, à écrire ensemble à partir de l’idée d’un soleil qui ne se lève plus, d’une nuit qui n’est entrecoupée que par les brasiers qu’on allume. Il s’agit de se détacher du visible, mais aussi de marcher, d’aller de l’avant pour se réapproprier les lieux délaissés sous la pression de la violence. « Pour ce film, dit David Yon, trouver un dispositif, ça a d’abord été un travail de recherche où j’ai séparé des éléments (photographies, voix, textes, accessoires…) que j’ai ensuite apportés sur le tournage pour en donner certains aux acteurs. Pendant la prise de vue, ils se sont appropriés ces éléments afin de créer du présent. C’est-à-dire que quelque chose d’imprévisible est arrivé, une histoire nouvelle s’est racontée à partir de ces éléments sans que je n’en contrôle le sens. »(1) On comprend qu’il s’agit là de « faire avec » tout en portant le projet pour ne pas tourner en rond. Un film expérimental n’est pas seulement une expérience pour le spectateur, il est issu d’une expérience. Lamine commente sur un fond rouge face caméra une photo de lui faite en studio : « Sur cette photo c’est moi, et en même temps, ce n’est pas moi ». David Yon, qui ne comprend pas l’arabe, se contente d’enregistrer la scène. Dans cet espace de liberté, cette porte ouverte, se joue à la fois une intimité et la puissance du cinéma de permettre aux personnes filmées de se reconstruire.
Lamine et le jeune Aness prennent la fuite. Dans les éclairs, ils fuient des fantômes et cherchent à se cacher des hommes. Leur ligne de fuite, « la carte du territoire en tête », pourrait être comparée à celle d’Inland de Tariq Teguia, à la recherche de nouveaux espaces du possible. Mais dans la nuit, à la lumière des flambeaux, le fusil est braqué, la traque ne cesse pas. Comment retrouver la lumière ? En suivant les étoiles mais Lamine ne peut oublier. Il n’est pourtant plus le même homme. Il faudrait raviver une certaine jeunesse, cette part d’enfance évaporée. Alors, la terre refleurit, et « les gens qui ont marché longtemps » se mettent à danser…

1. http://www.derives.tv/Genese-du-film-la-nuit-et-l-enfant///Article N° : 13730

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