La Réunion : « Une BD n’est pas un objet gentil »

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C’est le titre d’un article du premier numéro du Margouillat, mensuel réunionnais rempli de bande dessinée. Discussion avec son rédacteur en chef.

Le Cri du margouillat était une référence en matière de magazines BD : quadrichromie, papier glacé, qualité de contenu et un supplément inséré, Le Marg, sorte de Canard Enchaîné réunionnais. Après 14 années d’existence, et face à la difficulté de tenir le choc économiquement, une nouvelle formule vient remplacer la précédente : Le Margouillat, tout court. Adieu la couleur et le beau papier mais par contre un rythme mensuel pour couvrir l’actualité culturelle de La Réunion : 24 pages gonflées à bloc de BD et d’infos, d’articles satiriques et d’humour. L’île n’est pas grande mais Le Margouillat, dont le premier numéro est sorti en juin 2000, tient la route : on le trouve partout où l’Agence réunionnaise de distribution de la presse veut bien le placer, le but étant d’être aussi dans les points presse des boulangeries et des stations services. « On retrouve la souplesse économique de la rotative sans trop perdre la qualité de reproduction de la BD« , indique André Pangrani, le rédac chef. Résultat : près de 4000 exemplaires vendus et une montée en puissance des abonnements, lesquels sont plutôt en France métropolitaine et à l’étranger puisque sur place il est partout !
Sombre histoire de subvention en retard : l’équilibre n’était plus là, d’autant plus que l’Association Bandécidée édite aussi des albums de BD et pas n’importe lesquels, comme Retour d’Afrique d’Anselme Razafindrainibe, le Malgache surdoué.
Subventions ? Cela ne sonne pas très africain. Mais à La Réunion, nous sommes en France (on y paiera bientôt en Euros…) et l’association se prévaut de faire de la formation et d’organiser des rencontres avec des dessinateurs professionnels pour soutenir l’émergence de vocations. « De bons dessinateurs, il y en a à la pelle, mais c’est au niveau scénarios que le bât blesse« , note Pangrani. D’où les stages. D’où les rencontres. D’où l’appel à l’aide alors qu’on leur rétorque qu’ils sont une entreprise commerciale.
Cahin caha, malgré une logique de sempiternel système D associatif (on connaît bien la chanson à Africultures), ce qui sort des rotatives est de qualité professionnelle. C’est là qu’est le miracle permanent. « Le Margouillat ne publie pas que de la BD de distraction et s’implique dans un rôle citoyen« , ajoute Pangrani. La langue peut être acerbe. Alors que les textes sont en français, les BD sont en créole réunionnais : « Un article en créole a peu de chances d’être lu. C’est actuellement un grand débat qui n’a pas encore débouché sur une pratique. La BD en donne une transcription franco-phonétique efficace car elle familiarise le public avec son écriture. » La chape de plomb sur la culture réunionnaise ne s’est levée qu’à partir du début des années 80. Aujourd’hui, avec la scolarité intensive et l’invasion des médias satellitaires d’expression française, c’est le français qui est langue d’écriture: « Ecrire en créole est encore un geste militant ! » conclut Pangrani.
Ainsi, les grands auteurs du Margouillat ne se privent pas d’utiliser le créole, bien plus coloré que le français. Téhem, la star de la BD réunionnaise, et Tiburce en font un pied de nez systématique. Remarqué par les éditions Glénat, ce dernier a produit pour eux, lui qui a vécu un temps dans une cité, trois tomes de Malika Secouss, des bandes ni misérabilistes ni polémiques sur les jeunes de banlieue. Huo-Chao-Si, avec son dessin grinçant au carrefour de Villemin et Reiser, gagne en notoriété : son album Cases en tôle s’est vendu à 1500 exemplaires. Mais alors que les auteurs actuels sont formés à l’école classique franco-belge, les jeunes Réunionnais sont fortement influencés par les mangas et développent un nouveau style.
L’Afrique ? « Nous avons été invités à la rencontre BD en Côte d’Ivoire mais pour y aller, il nous faut passer par Paris ! C’est prohibitif ! » remarque Pangrani. « Nous soignons les rapports avec les auteurs de l’Océan Indien comme Laval, un Mauricien qui perce et a créé Autopsie, un magazine culturel mauricien indépendant, ou les Malgaches comme Anselme Razafindrainibe, mais la communication est difficile. » Vieux problème que solutionnera un jour l’internet. Le Margouillat s’y est mis aussi : http://margouillat.guetali.fr.

Le Margouillat, 23 rue Rambo, 97490 Sainte-Clotilde, Ile de la Réunion (02 62 41 58 56, fax 02 62 94 14 72, margouillat@guetali.fr). Abonnement 10 n°s : 100 FF à la Réunion, 120 F en France.///Article N° : 1578

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