Laada

De Drissa Touré

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Ressortir aujourd’hui Laada ne manque pas d’intérêt : le premier long métrage du Burkinabè Drissa Touré est un mélange des constantes des films africains et d’étonnantes nouveautés. Constantes dans la façon de documenter les rites et les gestes paysans, comme ces femmes qui chantent en lavant le linge :  » Quand je lave les habits de ma mère, je fais semblant ; quand je lave les habits de mon père, je fais semblant ; quand ce sont ceux de mon mari Demba, je tape fort !  » Constantes aussi dans l’affirmation d’un ordre du monde que résumera l’agriculteur Bâ pour clore le récit :  » De nos jours, nos traditions doivent être bien comprises avant de s’y attacher. L’écriture nous révèle mieux le monde. Cela ne doit pas nous déshumaniser. Do a troublé l’ordre du village, ne troublez pas l’ordre du monde « . Il n’y a là aucun conservatisme. Ce n’est pas parce que les méfaits de la modernité troublent l’ordre ancien que le cinéaste s’y intéresse, mais bien parce qu’ils bousculent l’ordre du monde.
Nouveau, ce film l’est par sa construction, sa liberté, sa façon d’introduire les éléments de la ville apportés par les jeunes dans la vie villageoise, non comme une sempiternelle opposition tradition/modernité qui diaboliserait l’une pour magnifier l’autre, mais comme un vertige, une déstabilisation, de mettre en scène en somme comment le village sait puiser dans ses forces (initiation médicinale et cosmogonique) pour réintégrer le jeune qui a mal tourné.
Annonciateur d’une volonté nouvelle de faire du cinéma qui s’affirmera dans Haramuya, très remarqué au Fespaco 95, Laada vaut le détour.

///Article N° : 321

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