« L’afrofuturisme est une alternative »

Entretien de Louise Bugier (trip magazine) avec Mawena Yehouessi

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Fondatrice de Black(s) to the Future (B(s)ttF), une nouvelle plateforme web, Mawena Yehouessi a pour ambition de « mettre en lumière la part afro du monde ». Afriscope a rencontré cette jeune diplômée en philo et gestion de projets culturels, férue d’arts plastiques.

Afriscope. Quel est le concept de la plateforme Black(s) to the Future ?
Mawena Yehouessi : C’est une plateforme transmédia diffusée sur Internet sous forme de « mook » (magazine/book) et de formats vidéo, et une structure d’organisation d’événements, que j’ai créée en juin 2015. Le projet est porté par une dizaine d’artistes, chercheurs, penseurs, qui ont envie de promouvoir un nouveau rapport à l’africanité, avec trois idées principales : fournir une pensée sur ce qu’est l’africanité aujourd’hui. Montrer que l’on peut sortir des stéréotypes concernant l’Afrique et sa diaspora. Et enfin, appréhender une vision afrofuturiste du monde.

Qu’est-ce que l’afrofuturisme ?
Les propositions se construisent, le mouvement vit. Tenter de le définir c’est essayer de l’arrêter alors que l’afrofuturisme est une prophétie à l’oeuvre ! Mais pour moi, il se développe autour de trois axes. D’une part un mouvement littéraire et artistique, théorisé par l’essayiste Marc Dery qui s’est intéressé dès le début des années 1990 au problème de l’africanité en Amérique du Nord. Puis Sun Ra, l’un des plus grands jazzmen du 20e siècle qui a voulu redonner à la communauté afro une histoire. Le troisième aspect de l’afrofuturisme est l’idée d’une émancipation. L’héritage que nous emmagasinons depuis des générations nourrit notre imaginaire mais en même
temps, contrairement à nos parents qui ont été façonnés par le modèle colonial, nous pouvons avoir une toute nouvelle vision
des choses. Le modèle afrofuturiste est donc une alternative, un réel contre-pouvoir. Plus simplement, il s’agit de montrer que l’Afrique fait partie du monde et que le continent est un terreau créatif immense.

Quelle est la place de Black(s) to the Future dans ce mouvement afrofuturiste ?
Je souhaite penser au futur sans l’idéaliser. Mais il y a des jeunes qui ont des projets, qui prennent des initiatives. Avec B(s)ttF je veux d’abord m’adresser à ces générations de jeunes Africains qui arrivent pour construire le monde ! Mais le public visé va bien au-delà du « purement noir » : mon but est que le devenir nègre du monde touche toute la société sans distinction.

Qu’est-ce qui vous a motivé à développer ce projet transmedia ?
Le sentiment d’un manque dans le paysage culturel et médiatique, celui de la culture contemporaine afro, alors qu’elle est foisonnante. Nous avons la chance de pouvoir expérimenter, découvrir, créer à l’infini car nous pouvons et devons réinventer notre futur. Il y a une tendance au désarroi quand on observe la situation mondiale actuelle. Mais nous avons des milliers de choses à dire, à faire. Il faut avoir confiance en notre génération !

Rejoignez Black(s) to the Future
B(s)ttF recherche des collaborateurs: artistes, écrivains, rédacteurs, penseurs… Des personnes qui auraient envie de donner leur avis sur ces questions d’africanité, d’afrofuturisme.
Contact : love@blackstothefuture.com///Article N° : 13375

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