Le Costume

De Mothobi Mutloatse

Le costume a pris feu aux Bouffes du Nord
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Petite fable morale du Sud-Africain Mothobi Mutloatse adaptée d’une nouvelle de Can Themba, et beau prêche incendiaire tout droit sorti des pages de Baldwin et porté avec toute la fougue et la passion dont est capable Bakary Sangaré, les murs ocres des Bouffes du Nord ont résonné nègre en ce mois de janvier 2000 : Le Costume et La prochaine fois le feu, deux spectacles si différents et si complémentaires à la fois. Trahison et vengeance d’un côté, amour et pardon de l’autre. Drame du quotidien à Sophiatown dont l’intrigue s’épanouit doucement sous nos yeux comme une de ces fleurs en papier qui occupent le plateau. Puis incantation lyrique qui se lève comme des bas-fonds de Harlem et dont les éclats poétiques et la générosité éclaboussent l’assistance abasourdie par l’évidence du propos et son actualité toujours aussi brûlante. Deux spectacles en écoute : le charme discret des images de cette tragédie ordinaire des Township et la mise en scène tout en transparence de Peter Brook continuant de répondre comme en sourdine à la violence du verbe de Baldwin, le spectacle proposé en deuxième partie de soirée.
Dans la pièce sud-africaine, ce conte tragique que vient raconter Sotigui Kouyaté et dont Marianne Jean-Baptiste, Bakary Sangaré, Marco Prince campent les protagonistes victimes de la fatalité, voilà que l’accessoire devient personnage, héros vide d’un monde qui se raccroche à l’enveloppe des choses. : le costume de l’amant se met à vivre entre Philémon et Matilda les deux personnages du couple, objet animé, devenant marionnette pour mieux dénoncer la théâtralité des rapports humains fondés sur l’artifice, mais qui peut pourtant conduire à la mort. Un lit, quelques portiques de penderie, une table, une chaise et une natte ; le dénuement des artifices théâtraux répond au dénuement d’une société des Townshhips qui n’a que l’amour pour se construire et dont la tragédie naît quand la trahison s’insinue au coeur même de l’existence, quand l’armature des sentiments, dont on croyait qu’ils pouvaient, faute d’aisance matérielle, servir de toit et édifier le bonheur, se dérobe. Alors ce qui n’aurait pu être que déception ou dépit fait place au sadisme et à la cruauté, et ce qui n’aurait pu n’être qu’un jeu sans conséquence, se transforme en une entreprise de destruction de l’autre. Matilda meurt. En convoquant le fantôme de la faute, Philémon a réincarné la culpabilité et l’humiliation dont se meurt tout un peuple. La fatalité ? C’est le Township.
Le texte de Baldwin est en revanche un cri qui redonne son corps à l’humain, un cri raisonneur et lyrique à la fois, un cri d’amour, un appel au pardon où l’humanité se plante là devant nos yeux et nos oreilles comme une réalité de chair et d’os, pour que l’être humain bafoué se redresse plus fort et meilleur, pour que les crimes et les absurdités d’hier ne trouvent plus racines dans le présent. (Voir entretien avec Bakary sangaré, Africultures n°21)
Deux spectacles qui s’éclairent l’un l’autre, deux spectacles qui s’enflamment mutuellement comme la Liberté et l’Egalité.

1 Le texte du Costume est édité dans Théâtres des Townships, Actes Sud-Papiers, Paris, 1999.Le Costume (1)
De Mothobi Mutloatse
Mise en scène : Peter Brook
Avec Sotigui Kouyaté, Bakary Sangaré, Marianne Jean-Baptiste, Marco Prince.
La prochaine fois le feu
De James Baldwin
Adaptation française, mise en scène et interprétation : Bakary Sangaré.///Article N° : 1299

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