Le FAR, un festival qui rayonne

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Les lumières du F.A.R., le festival des Arts de la Rue, ont durant trois jours, du 14 au 16 août, réveillé la ville fantôme du quartier français et percé la nuit profonde des rues de Grand-Bassam. Ce festival qui en est à sa troisième édition, rassemble les disciplines artistiques et sportives les plus variées. Course de pirogues sur la lagune, compétition de mob-cross, course de chevaux, exposition d’arts plastiques, danse, musique acoustique animent les journées, tandis que les nuits, dans les rues de sable et devant les façades décrépies de ces bâtisses spectrales qui témoignent comme de vieux chicots cariés d’une époque révolue, le théâtre investit les lieux et troue l’obscurité, sous le regard curieux des enfants qui s’agglutinent en grappes autour de la scène improvisée, et qui après trois ou quatre spectacles dans les mirettes, enroulés dans un pagne pour les plus prévoyants, finissent par s’endormir épuisés par une journée d’étonnements et de découvertes.
Il faut dire que le jeune public s’est mobilisé depuis le matin en suivant le cortège de la grande parade avec la fanfare et les chevaux. Une prestation équestre de Madi Dermé et Siriki avec boubous brodés et cauris ivoire qui claquent dans les nattes de cheveux noirs ouvrait les festivités sur les bords de plage de la place de l’Abissa, emportant la population dans un autre âge, celui de l’Afrique des empires et de ses cavaliers altiers et impressionnants de dextérité.
Après les vagues de panique qui avaient agité la foule enfantine fascinée par les chevaux, mais prête à détaler à la moindre ruade, les incroyables contorsions des acrobates du Ghana figèrent l’assistance dans une contemplation médusée. Enfin, une sortie de masque dansée par une compagnie de Bassam, le Villa Kadji, venait conclure cette cérémonie d’ouverture en musique, donnant rendez-vous au public en fin d’après-midi pour les premiers spectacles.
Venues du Sénégal, du Burkina Faso, du Togo et de Côte d’Ivoire bien sûr, comme les Rigolos d’Abobo, les troupes de théâtre ont offert à la population bassamoise des spectacles de genre très divers. Les Togolais de l’Akoffen Théâtre ont proposé un spectacle de contes traditionnels où un conteur et ses deux acolytes laissent doucement entrer les spectateurs dans une narration pétillante d’humour et d’enseignement :  » La parole coagulée « . Remarquable également la prestation des jeunes comédiens de la Compagnie  » Les 7 koûss  » venus du Sénégal qui ont proposé un spectacle reposant entièrement sur l’ingéniosité du jeu d’acteur et le mime. Ces  » Moments prisés et visions de l’avenue William Ponty « , ce sont des instantanés de la vie de tous les jours qui campent avec drôlerie et tendresse les travers de la population sénégalaise, et les caricatures les plus amusantes ne manquent pas au passage de fustiger aussi les comportements condamnables : le flic bourru, le chauffard, le maître borné, le commerçant filou, le faux mendiant… un bouquet de ces gens ordinaires que l’on croise dans la rue.
Le théâtre de sensibilisation n’était pas en reste avec la troupe Marbayassa du Burkina Faso dont  » La Valse des griots « , un spectacle énergique et manifestement émouvant pour la population locale, s’en prenait aux maladies endémiques qui étouffent la démocratie en Afrique. On a pu également assister à un one man show avec le jeune Ramsès venu du Togo : un spectacle violent et incisif sur les tribulations ordinaires d’un jeune homme qui s’est mis en tête de rencontrer le maire de sa commune.
Un vrai festival d’art populaire, un festival de la rue et pour la rue qui apporte aux populations trois jours de rêve et de rire et qui, grâce à la qualité des spectacles qu’il présente, accomplit manifestement une démarche d’ouverture vers l’art.

///Article N° : 496

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