Editorial

Le courage de rire

Lire hors-ligne :

 » J’en appelle au rire de sauvetage. J’exige le courage tragique de se marrer en connaissance de cause. « 
Sony Labou Tansi, Note au metteur en scène
Moi veuve de l’empire, oct. 1987.

Quoi ? Ces Africains qui rigolent tout le temps auraient le rire tragique ? Que cherche donc encore à nous faire gober cette équipe d’Africultures ? Pas de panique : une idée simple s’impose, inexorablement, celle du poids de l’Histoire, celle du poids du présent. Faut-il pleurer ? Faut-il en rire ? Nous aurions pu critiquer une fois de plus l’image du Noir hédonique, éternel Vendredi antimatérialiste vivant uniquement de chaleur sociale… Nous avons préféré tenter de cerner, en trop peu de mots, surtout en trop peu d’humour, les rires d’Afrique, leur spécificité, leur parole pour le monde.
Bien sûr qu’il faut en rire ! Parce que, comme le rappelle Koffi Kôkô, le rire plonge ses racines dans l’enfance de l’humanité. Comme une mémoire archaïque qui remonte, d’un quelque chose de terrible, de jamais oublié, qu’il faudrait sans cesse exorciser, extirper pour le maîtriser, le reconstruire, en saisir l’énergie pour la canaliser vers un devenir plus humain. Pour nous qui ne croyons plus au Père Noël, qui ne brûlons plus le Carmentran, qui n’écoutons plus nos grands-mères, qui ne nous rendons plus au bois sacré, pour nous qui négligeons tout ce qui nous permettait de revisiter en mythe nos vieilles pulsions de mort, et qui du coup avons tendance à les détourner sur d’autres groupes et sur d’autres peuples, pour nous le rire est la dernière thérapie possible, la dernière voie de salut. Ce  » rire de sauvetage  » dont parlait Sony Labou Tansi, l’Afrique nous l’apprend. Elle est bien placée pour cela : elle en a tellement besoin elle-même !
De tous temps, le fou du roi fut le guide lucide. Il avait  » le courage tragique de se marrer en connaissance de cause « . Accueillons donc sans mégoter les clins d’oeil des artistes de tous poils ! Faisons nôtres leurs rires extravagants : nous ne nous en sentirons que mieux. Même, faisons-en le drapeau de nos révoltes en ces temps où la résistance devient si terriblement nécessaire.

///Article N° : 522

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