Le Fils-Récompense

D'Anne Bragance

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Le projet initial de ce roman était de revisiter le mythe biblique de l’enfant miraculeux, qui libère un peuple, le réconcilie avec lui même. Pour mener à bien, un tel projet, l’auteur avait besoin de situer l’action de son roman dans un espace exotique,  » où l’on croit encore aux miracles « . Le choix fût porté  » naturellement  » sur l’Afrique, et précisément sur le Sénégal. Mais au fil des contacts de l’auteur avec les autochtones, son roman est devenu un livre sur les tirailleurs, avec comme protagoniste Blaise Massamba Diouf, en évitant subtilement la facilité de l’exotisme.
Ancien tirailleur et invalide de guerre, Massamba Diouf aime passionnément son épouse, Coumba Diallo. Celle-ci le lui rend bien. Apparemment, Massamba Diouf a tout pour être un homme comblé. Mais deux chagrins le minent profondément : sa femme stérile, qui fait de lui un homme sans postérité ; l’indifférence de la France, qui a oublié de lui verser sa pension d’Ancien combattant. Mandaté par ses frères d’arme comme leur interlocuteur auprès des institutions françaises, Massamba s’installe un matin au bord de l’océan pour rédiger une lettre au Président de la République française. C’est à ce moment qu’il aperçoit sur l’eau une calebasse dans laquelle se trouve un enfant blanc. D’où vient t-il ? Quels sont ses géniteurs ? Comment s’appelle-t-il ? Massamba Diouf s’interdit de se poser ces questions. Pour lui, cet enfant tant rêvé est l’œuvre de la Providence. Il l’emporte chez lui, décide avec la complicité de son épouse et de ses frères d’arme de quitter Dakar pour s’installer dans une ferme, non loin de Saint-Louis, où vit la tante de Coumba Diallo. L’enfant, qu’il baptise Simon, grandit et réalise des miracles au fil des années : il parle aux animaux, agit sur les forces de la nature (la pluie, le feu, etc.) et réconcilie ses parents avec ses voisins et les autorités judiciaires de son pays.
Centré sur Massamba Diouf, à la fois personnage central et narrateur, ce roman alterne avec bonheur les souvenirs du héros avec la rumeur des femmes spéculant sur la fuite du couple Diouf. Ouvrant chaque chapitre de son livre par des vers de Senghor, Anne Bragance tisse sans le vouloir à travers ce livre une sorte de dialogue imaginaire avec le poète, et annonce peut-être ainsi son besoin de dialogue avec la littérature négro-africaine.
Le tirailleur reste dans la littérature négro-africaine une figure ambiguë : tantôt comique, tantôt tragique, ce qui revient au même puisque le comique est un tragique vu de dos (Genette). Anne Bragance, réussit quant à elle à décrire un tirailleur nouveau : fidèle en amour, solidaire en amitié, et ouvert à l’Autre. Car ce livre est du début jusqu’à la fin un roman d’amour. Amour conjugal entre Massamba Diouf et Coumba Diallo, amour au sens de la fraternité et la solidarité liant les tirailleurs, amour au sens d’un vœu du brassage des cultures. Servi par une plume fluide et écrit comme un poème, il est une invitation au dialogue sans passion ni rancœur sur la mémoire franco-africaine.

Le Fils-Récompense, d’Anne Bragance, Stock, 1999, 237 p., 110 FF.///Article N° : 1225

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