Le Garage du peuple

Série télévisée de Kouka Aimé Zongo

Les trois épisodes pilotes de Le Garage du peuple ont été projetés le 16 décembre 2008 au ciné Neerwaya de Ouagadougou en matinée ainsi que du 19 au 25 janvier 2009,aux séances de 20h30 et 22h30. Une série télé prometteuse issue de l’impressionnante détermination à réussir d’un cinéaste en herbe.

Les sitcoms (situation comedy) africaines se multiplient, rencontrant un engouement tel qu’ils supplantent les films de cinéma dans l’intérêt du public. Elles permettent de restaurer un imaginaire autocentré tandis que les telenovelas et les séries américaines importent des modèles de comportements et de consommation issus des modes de pensée de hiérarchie et d’arrivage social qui régissent le monde. Au Burkina Faso, elles sont particulièrement suivies, lancées par les succès de Kadi jolie d’Idrissa Ouédraogo, A nous la Vie ! de Dani Kouyaté et Vis-à-Vis d’Abdoulaye Dao qui étaient les piliers de la programmation de la télévision nationale burkinabée au début des années 2000. Le Garage du peuple s’inscrit dans cette continuité, avec des fictions d’une demi-heure où les personnages se débattent dans des situations humoristiques.
J’ai rencontré Kouka Aimé Zongo au Fespaco de 1995. Encore tout jeune, il n’avait qu’une chose en tête : faire du cinéma – et branchait tous les réalisateurs. Son culot et sa détermination m’ont frappés et nous sommes demeurés amis. Issu d’une famille simple de la périphérie de Ouagadougou, il est, comme Drissa Touré ou Cheick Fantamady Camara, parti de rien et a appris sur le tas, arrivant, servi par son fort caractère, à être assistant sur nombre de tournages.
Il a tenu à faire des études de sociologie qu’il pousse aujourd’hui jusqu’au doctorat. Elles lui ont permis de développer sa réflexion, non sans visionner tous les films du cinéma mondial qui lui tombent sous la main. En parallèle, il crée sa propre maison de production, Eth’nik Production. Son envie de cinéma est ainsi devenue une vision qu’il essaye de mettre en images, ce qui signifie construire un regard. C’est manifeste dans Le Garage du peuple : Kouka Zongo se pose ardemment la question du cadre, de l’angle de la caméra, de la distance au sujet, des stratégies de mise en mouvement, etc., ce qui lui permet d’éviter l’image plate que nous délivrent souvent les séries télé. Des perspectives, des diagonales et une mise en scène cherchant à servir l’action dynamisent le récit. Le premier épisode débute sur un travelling en caméra portée dans une coursive étroite pour déboucher sur un propriétaire en train de réclamer sans concession son loyer à un locataire qui n’ouvre pas sa porte. La caméra reste discrètement derrière une gouttière écroulée à observer la scène de loin. Elle ne se rapprochera pas davantage : comme ensuite de derrière un étal de marchand dans la rue, Kouka explore sa ville pour mieux nous plonger dans son labyrinthe. Comme dans toute sitcom, une famille de personnages se met en place, qui finiront par se rencontrer pour construire le puzzle sociologique de leurs relations dans la cité. En phase avec la rue ouagalaise et plutôt que de se situer dans un milieu de nantis, Le Garage du peuple nous donne le pouls de ce peuple au quotidien.
Argent et désir en seront logiquement les moteurs : les employés du garage tentent de détourner l’argent d’un client, le chauffeur de taxi sue en lorgnant les cuisses envoûtantes d’une jeune cliente, le patron du garage cherche un stratagème pour échapper au redressement fiscal, le dragueur loue ses services pour payer son loyer, etc… Clin d’œil appuyé aux spectateurs, les dialogues adoptent l’humour entendu et détendu du français ouagalais. Tout est dans la formule libre, sans ironie malsaine mais avec une bonne dose d’autodérision. Comme dans les premières sitcoms américaines et parce qu’il s’agit encore de pilotes, ces épisodes du Garage du peuple parient davantage sur ces dialogues que sur l’épaisseur des personnages, normalement développée dans ce genre de façon à ce que tous puissent finalement s’identifier à leurs semblables.* Cela viendra. De même que les personnages féminins sont encore presque inexistants ou là pour être dragués ou désirés.
Bien sûr, Le Garage du peuple est un premier pas de cinéma qui pâtit d’un trop faible budget : certaines scènes peinent à trouver leur rythme et le scénario serait à développer. Mais l’énergie des acteurs, la qualité de la lumière d’Hassane Maïga et des images de Yembi Arsène Kafando, la musique entraînante des génériques, l’originalité de certaines prises de vue, la légèreté générale mais aussi la positivité des personnages font de ces pilotes une entrée prometteuse dans le monde télévisuel burkinabé.

* lire à ce propos sur ce site l’article n° 2290 de Sophie Hoffelt : Sitcoms africaines : une image des Africains pour les Africains par les Africains.///Article N° : 8309

Partager :

Laisser un commentaire