Le maloya jazz jouissif de Meddy

Entretien de Julien Le Gros avec Meddy Gerville

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C’est l’un des artistes réunionnais qui tournent le plus sur les scènes internationales. Avec son jazz maloya teinté de chanson, Meddy Gerville nous invite au Septième ciel.

Comment est ce nouvel album Septième ciel ?
C’est à l’image de la Réunion : métissé. Jazz, maloya, chanson, reggae… Cela vient du plaisir de faire de la musique, de transporter les gens à travers mon univers : un mélange entre les musiques de l’île de la Réunion, les rythmes traditionnels, le séga et le maloya, et d’autres musiques, comme le jazz, dont je suis aussi issu.
Qu’est-ce que le maloya ?
C’est la musique ancestrale de la Réunion, issue de la rencontre de cultures. La Réunion est un brassage entre plusieurs peuples de l’Asie, l’Inde, l’Europe, Madagascar, l’Afrique. On a toutes ces influences. Je suis un pur produit de ce métissage. On l’entend dans ma musique.

Comment avez-vous découvert le jazz ?
Je suis venu à Paris à 18 ans pour me former à la musique. J’ai intégré une école de jazz : le CIM (Centre d’information musicale). Je suis tombé amoureux de cette musique : le côté liberté dans l’improvisation mais avec des codes à respecter. J’ai complètement adhéré. Pour moi c’était logique de mélanger cela aux musiques de chez moi : le maloya et le séga. C’est ce que je fais maintenant : je mélange ces deux styles, presque sans faire exprès. Tout simplement, par amour !
Comment s’est faite la fusion jazz et maloya ?
Après ma découverte du jazz, j’ai évolué dans le temps. Sans oublier mes racines. Quand j’ai commencé à composer le mélange s’est fait naturellement. Je ne fais pas du maloya traditionnel mais je fais des clins d’œil à cette musique, en incorporant des touches de maloya moderne, électrique. À la base, le maloya ce ne sont que des percussions. Dans ma musique il y a du saxophone, de la batterie, de la guitare, et bien sûr mon piano…
Quel a été votre parcours ensuite ?
À la Réunion j’ai joué avec de nombreux groupes comme Baster, Ti-Fock et le très respecté Danyel Waro (1). J’ai aussi évolué et grandi dans la musique avec un artiste local : Fabrice Legros. Pour le jazz j’ai été influencé par des grands comme Chick Corea, Herbie Hancock, Michael Brecker. J’ai joué avec des jazzmen très pointus comme Dominique Di Piazza, Giovanni Hidalgo, Horacio Hernandez, Matthew Garisson, le bassiste antillais Thierry Fanfant, l’accordéoniste Marc Berthomieu. J’ai aussi tourné aux États-Unis avec le grand bassiste Michel Alibo (2). Il figure sur mes albums. J’ai la chance de partager la scène avec de grands musiciens.

Vous tournez souvent
J’ai fait le festival Jazz à Marciac. Le Kayenn Jazz festival en Guyane m’a remis un trophée. Je tourne en Chine, aux USA. J’essaie d’être présent sur les scènes internationales.
Quels sont les thèmes que vous abordez dans vos chansons ?
Je parle beaucoup de la famille. Je suis très proche de ma famille. J’évoque aussi des thèmes comme l’amour, l’écologie.
Sur l’album il y a un invité : le chanteur Tom Frager
Tom connaît ma musique depuis très longtemps. Il aime bien. On s’est rencontré lors d’un festival dans les Landes, où il vit. Il connaît ma musique grâce à deux de mes musiciens : Jérôme Calciné et Jim Célestin. Ils ont fait la même école à Bordeaux. Initialement, je lui ai proposé de faire un titre pour son album. Mais comme mon disque sortait avant, je lui ai proposé de faire différemment. Je l’ai invité et on a écrit la chanson Mon abri.

Quels sont vos projets ?
Je suis obligé de séparer le côté jazz, instrumental et le côté chanson. J’aime beaucoup ces deux courants. Mais dans le milieu « jazzistique » on n’aime pas forcément le côté chanson et vice versa. J’ai donc fait deux disques : un de chanson pour la Réunion et un plus international avec du jazz. Je laisse la surprise mais j’ai déjà enregistré avec des invités : un roi des congas et un brésilien qui joue de la mandoline. J’en suis assez fier.

1. figure de proue du Maloya dans sa mouvance politique et contestataire, dès les années soixante-dix, à l’époque où ce courant musical était réprimé à la Réunion
2. bassiste de jazz, membre du groupe « Sixun » et de « Sakesho » entre autres

///Article N° : 11171

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Les images de l'article
Meddy Gerville © David Techer




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