Le paysage médiatique béninois… à perte de vue !

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Deux chaînes de télévision, une vingtaine de radios, quatorze quotidiens et un nombre incalculable de périodiques… Le paysage médiatique béninois est particulièrement dynamique, même s’il manque souvent de professionnalisme. Dans ce petit pays de moins de six millions d’habitants, cette pléthore de médias pose un réel problème de viabilité, dû à l’étroitesse du marché publicitaire et au faible nombre de consommateurs potentiels. Malgré ces handicaps, les médias béninois sont souvent cités en exemple dans toute l’Afrique francophone.

Les Béninois sont fiers de leurs médias. Même s’ils les conspuent souvent, ils ne manquent pas de vous rappeler qu’ils sont encore les seuls, à ce jour, à disposer d’une chaîne de télévision privée. LC2 (La Chaîne 2) a été créée il y a deux ans par un homme d’affaires béninois, et émet 24 heures sur 24, malgré de sérieuses difficultés de trésorerie. Il faut dire que les deux télévisions, LC2 et la chaîne nationale ORTB, doivent se partager un marché potentiel de recettes publicitaires très réduit : non seulement la publicité ne fait pas encore partie des habitudes de consommation des entreprises béninoises, mais les clients potentiels n’excèdent pas la vingtaine. Les atouts des deux chaînes s’équilibrent : l’ORTB ne propose en moyenne que six à sept heures de programmes quotidiens, mais diffuse dans tout le pays. LC2 n’émet qu’à Cotonou et dans ses environs. L’émulation entre les deux chaînes a abouti à une amélioration de la qualité des programmes, même si une grande partie des grilles est encore occupée par les clips ou les débats. On parle actuellement de l’installation d’une deuxième chaîne privée. Raisonnablement, elles ne pourront survivre toutes les deux.
Beaucoup d’appelés, peu d’élus
L’exemple en a été donné par les radios. Après le vote de la loi portant libéralisation des ondes, en 1997, le quota de bandes de fréquence a été pris d’assaut par de nombreux promoteurs. Seul un petit nombre d’entre eux a pu concrétiser son rêve. Golf FM est l’une des premières radios et des plus écoutées. Radio Star, située dans le même créneau divertissement-musique que Golf FM, tire son épingle du jeu. Radio Planète, plus jeune, appartenant au groupe Master Soft (entre autres cinémas, informatique…), fait de bon débuts. D’autres stations ont délibérément choisi un créneau plus ciblé, comme CAPP FM, plus élitiste, ou au contraire Radio Tokpa, dont la cible est constituée par les  » bonnes dames  » du célèbre marché Dantokpa. Les radios à vocation religieuse, Immaculée Conception, Radio Maranatha ou encore La Voix de l’Islam ont leurs inconditionnels. Les auditeurs apprécient également beaucoup les radios qui ont choisi de cibler géographiquement leur public : Radio Ilèma à Dassa-Zoumé, Radio Wéké à Porto-Novo ou les cinq radios rurales locales. L’atout majeur de ces dernières : un maximum de programmes en langues nationales. La grande majorité de ces médias audiovisuels béninois doit en partie sa survie au communiqué, et plus précisément, classique d’entre les classiques, au communiqué nécrologique qui ne manque jamais de surprendre le téléspectateur ou l’auditeur étranger.
Un quotidien par habitant !
La situation de la presse écrite est encore plus anarchique. Même la HAAC, Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication, ne peut faire un point précis des périodiques béninois. La plupart des titres déclarés hebdomadaires paraissent… une fois par trimestre ! A côté de La Nation, le quotidien national, ils sont quelques treize ou quatorze journaux – leur nombre varie presque autant que les cours de la bourse – à paraître bon gré mal gré chaque jour. Citons Les Échos du Jour, le Matin, le Matinal, le Point au quotidien, l’Aurore, le Progrès, le Citoyen, la Dépêche du soir, etc. Créés selon les circonstances à la veille d’une campagne électorale ou à la suite d’un conflit dans une rédaction, les quotidiens béninois n’avouent jamais leur tirage réel. Comme il n’existe pas au Bénin d’organisme capable de mesurer réellement les tirages et la diffusion, autant s’en remettre, pour connaître la cote d’un titre, aux dires des vendeurs de rue, les plus à même de vous avouer quel est le quotidien qui se vend le mieux ! En effet, la distribution n’est pas organisée, et s’effectue de manière aléatoire aux carrefours les plus fréquentés. On peut cependant affirmer sans se tromper, que la majorité des quotidiens béninois ne vend pas à plus de mille exemplaires jour.
Corruption et liberté
Ces difficultés financières entraînent certains problèmes de déontologie. Les médias n’ont pas souvent les moyens de payer correctement leurs journalistes et il est parfois bien tentant, moyennant une petite  » commission « , de transformer un article en publireportage. Un scandale a d’ailleurs éclaté lorsqu’on a découvert que quelques journalistes avaient été  » récompensés  » par le Président togolais Eyadéma, pour leur traitement de l’affaire des cadavres soulevée par Amnesty International. Autre exemple : malgré son interdiction par un code de déontologie récemment adopté, le cumul des fonctions d’attaché de presse ministériel et de journaliste est une pratique de plus en plus répandue. Malgré tout, les médias béninois conservent une réelle liberté de ton ; et c’est cela, par-dessus tout, que leur envie une bonne partie de l’Afrique. 

///Article N° : 1522

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