Le Piment des plus beaux jours

De Jérôme Nouhouaï

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Découvrir un nouvel auteur est toujours une aventure… et un plaisir lorsqu’il offre un regard frais sur une certaine réalité. Or, c’est le sentiment que l’on a à la lecture du Piment des plus beaux jours, premier roman du Béninois, Jérôme Nouhouaï.
Dès les premières pages de son ouvrage, voici le lecteur entraîné dans la vie tourmentée de Malcolm, Jojo et Nelson Kangni, les trois colocataires étudiants – dont un déjà  » maîtrisard  » – d’un petit deux-pièces de Calavi-ville. Le premier, intellectuel panafricain, ne porte guère les Libanais dans son cœur, le second est un séducteur invétéré et le troisième, qui passe son temps à  » jouer le casque bleu entre ces deux-là  » est aussi le narrateur et ne vit que pour les beaux yeux de Josiane, la jolie jeune fille de bonne famille qui chocobite un max et que tout le campus convoite…
Nous voici donc propulsés dans la vie estudiantine du Bénin contemporain, dans une langue qui semble lui ressembler : inventive et en perpétuelle évolution, telle que l’on ne pourra jamais vraiment la fixer. Le ton, lui, est mordant, moderne, dégagé… et plein d’humour !
Un humour qui n’est pas de trop si l’on considère la situation : corruption endémique, amphis surpeuplés (dont le célèbre  » amphi de droit, le plus peuplé de tous, celui que l’on surnommait à très grande raison la  » Chine populaire « ), jeunes filles qui arrondissent leur fin de mois en tâtant de la prostitution plus ou moins occasionnelle… Bref, une chronique urbaine qui est aussi un portrait au vitriol du pays, mais dont le dynamisme enchante autant qu’il fait réfléchir, abordant de front une question assez rarement évoquée, celle du racisme entre communautés.
Car, pendant que nos jolis cœurs triment plus ou moins sérieusement à leurs études tout en jouant les séducteurs, les Libanais du pays essuient un nombre croissant d’actions musclées revendiquées par un mystérieux groupuscule du  » Calice Noir  » – Malcolm en ferait-il partie ? – qui entend rendre le pays aux siens, et autres slogans semblables répandus sous tous les cieux…
Les coupables – dont les représailles malmènent sérieusement l’image que l’on souhaite donner de l’unité nationale – sont activement recherchés… ou n’importe quel bouc émissaire, comme le souligne ironiquement le narrateur :  » Heureusement, me dis-je, que Dieu nous a envoyé des Ibos dans le pays, que nous pouvions accuser à loisir et aussi souvent que nous le voulions !  »
En 1998, le cinéaste Pierre Yameogo avait offert avec Silmandé une réflexion fine sur les relations délicates entre communautés  » libanaises  » et « locales » en Afrique de l’ouest. Dans Le Piment des plus beaux jours, la gradation de l’intrigue peut paraître un peu forcée et manquer de la finesse d’analyse du film cité, mais on doit cependant lui reconnaître la franchise de s’attaquer à ce sujet peu commenté, tout en traduisant bien l’intensité du malaise et les crispations auquel il donne lieu (et qui naissent souvent de sentiments aussi peu nobles que le désir de vengeance effrénée d’un amant éconduit…). Et si la fin du roman peut laisser dubitatif, elle a néanmoins l’avantage de rester ouverte…
Surtout, on est heureux de découvrir un roman qui frémit de l’Afrique d’aujourd’hui, celle des cyber, des téléphones portables, de la présence chinoise… Celle des défis contemporains, racontée de l’intérieur au travers d’une langue savoureuse.

Jérôme Nouhouaï, Le Piment des plus beaux jours, Le Serpent à Plumes, 2010, 336 p.///Article N° : 9383

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