Le poète : l’archéologue de la mémoire

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Vers quel baobab
Où s’égrène le temps
Comme un chapelet de cauris
Réapprendre mon chant le champ
Et déplier ma poitrine torrentielle
Pour vivre ma prière païenne
Pour bâtir une géométrie
Souveraine où naîtront
Les soleils de nos libertés

La parole du baobab, p. 29.

Il y a des paroles qui sont plus que des paroles. Elles portent en elles toute l’histoire des paroles, des mythes, ayant traversé toutes les métaphores et porté tous les rêves, depuis l’aurore aux regards de soleil jusqu’au crépuscule des civilisations millénaires.
Celui qui fait jaillir les paroles mêlées aux rêves de quelques autres, il fait (le poète), pour tous les hommes, l’archéologie du désir.
Il y a des baobabs (paroles) qui n’ont plus de pays. Dans chaque parole des mondes se profilent au fond des vers avec des interrogations, brisures, écorchures de la mémoire. Il faut savoir voyager dans ces maquis de paroles souveraines, ces savanes de vers ensoleillés. Il y a le poète, il dit : allons chercher le bonheur car trois choses font l’honneur de l’humanité : la culture, l’amour et la liberté.
– La poésie, poétiser c’est profaner
Le silence hideux
Pour lui offrir
Un acte d’amour et de liberté
La moindre parole a partie liée avec l’ensemble du logos, et par-delà elle traverse les mythes d’origine. Elle participe au dire inépuisable de la langue. Et nul n’a mieux parlé du seul projet qui vaille pour tous les hommes qui font de l’égalité la grande exigence de notre temps humain, que Schiller, le poète, en ces vers admirables :
 » Que la langue soit pour toi
Ce qu’est le corps pour les amants
C’est lui seul qui sépare les êtres
Et les unit  »
C’est aussi le sens de mon engagement : donner à aimer les paroles pour faire de la langue un acte d’ouverture, inventer nos pratiques pour faire des enfants et des hommes les égaux des poètes  » afin qu’ils le deviennent « .

Amadou Elimane Kane a publié Les rayons de la calebasse (Nouvelles du Sud 1995) et La parole du baobab (Acoria, 1999). Inspirée de la tradition orale africaine, son œuvre poétique se veut une poésie de la mémoire. ///Article N° : 1167

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