Le rêve encyclopédiste d’Africana

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Africana apparaît selon l’auteur d’origine djiboutienne Abdourahman A. Waberi comme l’ouvrage le plus éclectique et le plus complet jamais écrit sur l’Afrique.

Le vieux rêve humaniste et académique de William Edward Burghardt Dubois (1868-1963), historien, sociologue, journaliste et activiste afro-américain considéré unanimement comme le père du panafricanisme, vient de se réaliser un demi-siècle après son décès à Accra, dans le Ghana résolument progressiste de Kwame Nkrumah. Il s’agissait de doter les peuples noirs d’une encyclopédie dans la lignée de celle des Lumières. WEB Dubois fut, on s’en souvient, le cofondateur du mouvement de la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People) et rédacteur de Crisis, la revue du dudit mouvement
Un comité scientifique, présidé par le Prix Nobel de littérature Wole Soyinka, comprenant une trentaine d’universitaires, et une équipe de chercheurs pluridisciplinaires venus des quatre coins du monde, coordonnés par A. K. Appiah et H. L. Gates, les deux professeurs vedettes de l’université de Harvard, y ont contribués. Le résultat est tout simplement impressionnant : 2100 pages, plus de trois mille articles, des centaines de notices biographiques et autant d’illustrations (cartes, photos, graphiques, le plus souvent en couleurs…), un poids total de 4,5 kg. Les longues années de labeur passionné font d’Africana l’ouvrage le plus éclectique et le plus complet jamais écrit sur l’Afrique et sa diaspora. Les entrées, qui vont d‘affirmative action à zydeco, couvrent tous les champs d’intérêt et toutes les époques. Les esprits retors s’amuseront à repérer les intellectuels et les écrivains d’Afrique francophone qui ont eu le mérite de figurer dans cette encyclopédie qui, pour être résolument tourné vers les mondes noirs, n’en est pas moins anglophone.
Plus sérieusement, les grands sujets de prédilection de cette encyclopédie, comme l’histoire de l’esclavage ou du mouvement des droits civiques en Amérique du Nord, les arts et les cultures afro-américaines, les civilisations africaines sont fort bien traités par les meilleurs spécialistes de ces questions, comme, pour ne citer qu’eux, les historiens afro-américains Cornel West, Evelyn Brooks Higgingtham ou le kenyan Ali Mazrui. L’actualité n’est pas en reste. Le Maghreb, l’Amérique afro-latine ou l’Europe occidentale, ces périphéries du monde africain et de sa diaspora, ne sont pas oubliés pour autant. Plus qu’un ouvrage de référence, Africana se lit avec infiniment de plaisir.
Enfin, l’encyclopédie existe, sous le nom d’Encarta Africana, en version multimédia, comprimée en deux CD-Rom, d’un maniement facile, avec le concours précieux et intéressé d’un autre Gates, l’incontournable patron de Microsoft. Un site Internet (Africana.com) présente l’entreprise, vend ses produits tout en vous offrant un aperçu de l’actualité culturelle et politique censée intéresser ce public qui, il faut le dire, reste majoritairement américain. Il ne reste plus qu’à la traduire dans d’autres langues, comme ce fut le cas avec l’entreprise harassante de la collection Histoire générale de l’Afrique de l’Unesco.

Kwame Anthony Appiah & Henry Louis Gates Jr (editors), AFRICANA, the Encyclopedia of the African and African American Experience, Basic Civic Books, New York, 2100 pages, 96 $.///Article N° : 1559

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