Les Outre-Mer, révélateurs de la postcolonialité républicaine

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À l’approche de nouvelles échéances électorales en France, Afriscope propose une série de tribunes. Dans un contexte de replis sécuritaire et identitaire, nous répondons par des paroles de résistance.

La République a opéré depuis la fin de la deuxième guerre plusieurs reconfigurations de son espace dans le but de préserver ses intérêts. Les mutations étaient externes dans le contexte de la Guerre froide, mais aussi internes : que faire de l’empire colonial ? Comment préserver ses intérêts économiques, militaires, culturels et géopolitiques tout en continuant à se déclarer « pays des droits de l’homme » ? En 1962, avec la fin de la guerre d’Algérie, la République française veut tourner la page de son passé colonial. Ce repli efface le rôle et la place de l’empire colonial dans la construction du pays « France » et encourage la société française à l’oubli.
Ces reconfigurations effacent la présence de territoires dans la République issus de l’empire colonial esclavagiste et post-esclavagiste, les « Outre-Mer ». Un terme problématique et inadéquat, qui renvoie à des terres et des sociétés profondément différentes les unes des autres, traversées de contradictions internes et de classes sociales, marquées par l’idéologie coloniale racialiste, et inscrites dans des régions du monde – Pacifique, Caraïbes, Océan indien, Amérique du sud. Toutes continuent d’être exploitées et maintenues en dépendance. L’analyse de leur situation ne peut cependant être réduite à la seule relation France/Outre-Mer, elle doit se tenir à l’intersection du local, régional, national, et global. De par leur présence, les « Outre-Mer » révèlent une colonialité du pouvoir et des politiques racisées et d’exception dans la République.
Dans Discours sur le colonialisme, Aimé Césaire décrit l’effet-boomerang de la colonisation, le fait que la colonisation contamine inévitablement la société colonisatrice (et peu importe que tous ces citoyens n’aient pas été des colons). L’idéologie raciale, la création d’un sentiment de supériorité et l’invention du « Blanc » se diffusent, elles ne s’expriment pas exclusivement dans la déclaration ouvertement raciste, elles sont repérables dans l’ignorance du passé colonial et du présent postcolonial républicain, dans l’indifférence au fait que la République française continue à dominer des peuples. Parlons de La Réunion. Terre sans population native, peuplée d’esclaves, d’engagés, de migrants, et de colons, devenue département en 1946, La Réunion est aujourd’hui, comme tous les Outre-Mer, en situation de dépendance au capitalisme libéral et à la postcolonialité républicaine. Face aux mouvements anticoloniaux, l’État organise avec brutalité répression et censure d’idées et de pratiques dissidentes. Il méprise langue et pratiques culturelles et religieuses non européennes, emprisonne et exile. Le métissage, qui avait été une stratégie de résistance contre l’idéologie racialiste, est retraduit en harmonie acquise grâce aux « valeurs républicaines ». L’État veut faire de l’île une vitrine de la « république métissée ».
Cette hégémonie culturelle rencontre de fortes résistances qui puisent dans les mémoires des luttes les mots et objectifs de leurs révoltes. À partir de ces luttes, de ces mémoires, s’élabore une autre manière de concevoir la vie en commun. La lutte sera longue car il ne faut pas sous-estimer l’attrait que l’amnésie et la cécité exercent pour une société colonisatrice, ni un consentement local à la dépendance.
Conflits, contradictions, et luttes contre inégalités et asymétries existent. Le processus de la décolonisation se poursuit, et le créole, langue vivante, est le vecteur de nouvelles imaginations et de nouveaux espoirs.

///Article N° : 13850

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