Amandine Gay : Ouvrir la voix, pour se réapproprier la narration

Deux ans et demi après le premier appel à témoins, lancé sur Twitter, Ouvrir la voix d’Amandine Gay commence à être projeté en France. Un documentaire attendu qui donne la parole à des femmes noires françaises.

Ce film clôture dix ans de la période militante de ma vie“, nous avait confié en février 2015 Amandine Gay au sujet de son premier documentaire Ouvrir la Voix.
Comédienne et activiste suivie sur les réseaux sociaux, la réalisatrice trentenaire désormais basée à Montréal avait, à l’époque, réuni dans un bistrot parisien bon nombre d’Afrodescendant.e.s pour parler du film.
La trame y est éminemment personnelle, de la prise de conscience d’être noire à son départ à l’étranger. “J’allais vraiment mal quand j’ai commencé Ouvrir la voix, après mes incursions décevantes dans des associations féministes ‘blanches’ et des projets artistiques inaboutis. Réaliser ce documentaire a été une manière de faire quelque chose de créatif et de partir de France sans aigreur“, nous explique-t-elle de sa cuisine canadienne. La question de la légitimité se posait aussi à elle qui, adoptée, a grandi dans un foyer familial blanc. “Ce doute s’est rapidement estompé, se souvient- elle. C’était incroyable de voir que les expériences que j’avais vécues étaient partagées par un grand nombre de filles.
Amandine Gay l’admet : ce que le film dit n’est pas totalement neuf. “C’est le constat que quelque chose n’a pas fonctionné depuis les années 1970 et l’émergence de ces questions“, souligne-t-elle.
La révolution d’Ouvrir la voix est dans la forme : pas d’expert.e.s blanc.he.s-, pour parler, comme souvent, à la place de celles qui vivent les problématiques liées au fait d’être noir.e en France. Ici, les militantes, citoyennes, animatrices de blog, chercheuse ou comédienne s’expriment sur le racisme, le harcèlement, l’école ou encore l’amour. Le tout, face caméra, dans un montage pensé comme une grande conversation entre filles.
La forme sert le fond, le tout alliant artistique et politique pour se réapproprier la narration ; les partis-pris cinématographiques, -absence de voix off, montage jumpsuit, pas de maquillage…- sont légion.
Je suis aussi une artiste et je ne veux pas qu’on zappe l’aspect esthétique du film“, rappelle celle qui dit apprécier Lars Von Trier et son Dogme 95, un assortiment de règles de tournage favorisant l’absence d’artifices.
Le documentaire dure près de deux heures et n’ennuie pas. Si elle souhaite se consacrer à d’autres thématiques, comme la justice reproductive ou encore la santé plus largement, Amandine Gay promet que ce premier documentaire, en attente d’une distribution en salles de cinéma, ne sera pas le dernier. D’autres projets qui n’avaient pas pris forme en France pourraient être remis au goût du jour. “C’est ce que j’aime à Montréal : la possibilité d’entreprendre est plus simple.” On attend la suite avec impatience.

Plus d’infos
Ouvrir la voix sera montré au centre Curial, (Paris 19e) le jeudi 15 décembre, de 18h à 22 h. La projection co-organisée par les auteurs de l’article et fondatrices du blog L’Afro (lafrolesite.wordpress.com) et l’Adeas sera suivie d’un débat en présence de la réalisatrice et de quelques-unes des participantes du film.

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