Leïla Sy, la clippeuse de Kery James

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Directrice artistique, et réalisatrice, Leïla Sy s’est imposée en moins d’une dizaine d’années comme l’une des meilleures réalisatrices françaises de clips. Portrait.

Kery James a une nouvelle fois marqué les esprits en septembre 2016 avec son clip Musique Nègre. Habillé façon Martin Luther King, il apparaît sur un fond noir et derrière une tribune. « J’ai fait un cauchemar, Martin Luther un rêve. Dans mon cauchemar j’avais giflé Michel Leeb« .
Des images chargées en symboles et des paroles percutantes. La formule des clips du rappeur de la Mafia K’1Fry fonctionne.
À la baguette, Leïla Sy, l’une des clippeuses les plus cotées de France. Une réputation intimement liée à ses collaborations avec Kery James dont elle est la directrice artistique depuis une dizaine d’années. Parisienne, Franco-Sénégalaise survoltée et révoltée, Leïla Sy découvre le hip-hop à la fin des années 1980 grâce à Mia Frye. La chorégraphe américaine donne des cours de danse sur fond de rap new-yorkais. « Elle a participé à mon éducation. Je suis extrêmement rigoureuse dans mon travail et je sais que je le tiens d’elle« , se souvient la réalisatrice. Leïla a cependant du mal à contenir son malaise identitaire à l’école et, de fait, est une élève perturbée. C’est finalement à l’école supérieure d’Arts graphiques Penninghen qu’elle trouve un moyen d’exprimer ses émotions. En 1996, âgée de 19 ans, elle allie études, travail et passion en collaborant avec le monde du rap.
Elle bosse avec Booba sur Haze Project, sa première marque de vêtements. Elle travaille ensuite pour le magazine spécialisé Tracklist et fait connaissance avec l’essentiel de la scène rap française. À peine sortie de l’école, elle est propulsée directrice artistique de la version française du magazine The Source.
« Lala », comme la surnomme ses amis, prend une pause en 2004 à la naissance de son premier enfant. Elle en profite pour monter avec Joey Starr, Jean-Claude Tchicaya et Olivier Besancenot l’association Devoir de mémoire. Tout est parti d’un dîner entre amis où ils évoquaient l’anniversaire de la mort de Malcolm X. De là, est née une réflexion sur la méconnaissance en France de certaines figures révolutionnaires et certains pans de l’histoire.
« L’idée, c’était de travailler sur notre histoire et comprendre pourquoi on avait ce sentiment de ne pas se sentir chez nous« , raconte-t-elle. Une première conférence est organisée avec l’historien Benjamin Stora sur les massacres de Setif et Guelma. Puis l’année suivante, la mort de Zyed et Bouna pousse le collectif à prendre davantage. Un appel aux inscriptions sur les listes électorales est lancé.
Mais l’élection de Nicolas Sarkozy en 2006 et les critiques des associations de terrain minent la volonté du collectif. On leur reproche alors d’être un groupe de People hors sol.
L’initiative se meurt et Leïla Sy décide de reprendre le travail. Elle choisit de s’orienter vers la réalisation de clip. « Je me suis dit que j’étais faite pour ça. Il y a la musique, la danse, le mouvement et l’image. Une bonne combinaison de tout ce que j’aime« , justifie-t-elle.
Fin 2007, Kery James lui commande un premier clip pour son morceau Le Combat continue part 3, puis le célèbre Banlieusard.
Les deux artistes s’accordent à merveille et la réalisatrice parvient à illustrer les propos souvent durs du rappeur, y apportant un second niveau de lecture.
Prochainement, Leïla Sy va réaliser son premier long-métrage. Inspiré de la pièce de théâtre À vif, écrite par Kery James et à voir au Théâtre du Rond-Point à partir de janvier 2017.

///Article N° : 13849

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