Les plasticiens africains sur le pont des arts

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L’implication des bailleurs internationaux et notamment francophones dans les manifestations culturelles a favorisé l’émergence des plasticiens africains sur le marché de l’art. S’ils n’ont pas attendu d’être repérés par les  » pépiniéristes  » (1) occidentaux pour créer, la perception par l’Occident des artistes africains a-t-elle réellement évolué au bout de plus d’une décennie de reconnaissance ?

Il y a quinze ans, l’association Dialogue entre les cultures – disparue depuis –, dépendant du ministère de la Culture français, publiait le premier guide de l’art africain contemporain (1). Il s’agissait en fait d’un annuaire regroupant les coordonnées des artistes africains vivant sur le continent et ceux de la diaspora, ainsi que celles des centres culturels et espaces susceptibles de les exposer. L’idée de départ : constituer un premier répertoire d’artistes,  » confirmés  » ou non, qui permette d’identifier les espaces d’expositions et surtout d’entrer en contact avec ces artistes.
En effet, Après avoir été commissaire de l’exposition Art pour l’Afrique (2), Nicole Guez, initiatrice du projet, avait constaté à quel point il était difficile d’accéder aux artistes d’Afrique, répertoriés nulle part et rattachés à aucune structure. La première partie du travail avait consisté à envoyer des questionnaires aux centres culturels implantés sur le continent africain – pour la plupart des CCF –, en les invitant à les faire remplir par les artistes connus d’eux. Il va sans dire que la majorité des artistes présents dans ce guide l’était par l’entremise et donc la sélection opérée en amont par les CCF. L’approche est révélatrice du fonctionnement du champ des arts plastiques en Afrique, notamment francophone : tributaires des réseaux institutionnels étrangers, en l’occurrence français, dont on peut dire qu’ils  » faisaient  » les artistes, les tirant de l’anonymat et leur offrant un tremplin vers l’extérieur.
En quinze ans les choses ont évolué. Un second répertoire a été publié deux ans après le premier (3), cette fois sous l’égide de l’association Afrique en Créations qui a par la suite constitué sa propre base de données. Les artistes sont aujourd’hui plus abordables parce que malgré tout plus présents, ne serait-ce que par le développement d’Internet. Mais les choses ont-elles évolué en profondeur ? En quoi ces quinze années écoulées ont-elles été essentielles pour l’évolution et la perception des arts visuels en Afrique francophone ?
Un art éternellement  » nouveau « 
 » Il existe une donnée nouvelle : l’existence d’un art africain moderne et contemporain, une expression artistique du présent et nous sommes à présent de plus en plus nombreux à l’avoir rencontré. Il est vivant avec ses doutes, ses difficultés, ses tâtonnements, mais aussi ses passions, ses affirmations et ses réussites en pleine effervescence dans une grande partie du continent africain, au sud du Sahara « .
Ainsi s’exprimait Pierre Gaudibert au début des années 1990, dans son introduction à L’art africain contemporain (4), premier ouvrage publié en français sur le sujet. Cette affirmation pourrait tout autant être formulée aujourd’hui tant, malgré ses indéniables avancées, l’art contemporain d’Afrique n’en finit pas d’être une  » donnée nouvelle « . Pour le public d’abord, à l’intérieur comme à l’extérieur du continent. Peu sensibilisé à l’art contemporain, le public local n’a de toute façon pas accès à ces grandes messes qui ont lieu le plus souvent en Occident où certains spectateurs s’étonnent, ravis, de constater  » qu’il y ait tant d’artistes en Afrique !  » (5).  » Donnée nouvelle  » parce que sans statut, mal défini au gré des diverses et nécessaires expositions qui ont émaillé ces années dans une tentative d’approche, de définition d’un art communément appelé, par défaut,  » art contemporain africain « . Un art mouvant et justement indéfinissable, saisi, dans un premier temps, sous le prisme ethnologique. La fameuse exposition Les Magiciens de la terre, à la fois fondatrice et décriée, présentée à Paris en 1989 et orchestrée par Jean-Hubert Martin, en aura été le point de départ. Approche réitérée par le même commissaire (entouré de quatre ethnographes) en 2001 avec Partage d’exotisme à la Biennale de Lyon dans une présentation d’artistes du Nord et du Sud.
Entre-temps, les expositions se sont succédé dans le monde : Africa Explores, 20 th Century African Art, New York, 1991 ; Unpacking Europe, Rotterdam, 2001 ; Seven Stories, Londres 1995 ; Africa Africa. Vibrant New Art from a Dynamic Continent, Tokyo, 1998 ; The short Century. Independance and Liberation Movements in Africa, 1945-1994, Munich, Berlin, Chicago, New York, 2001 ; African Art Now : Masterpieces from the Jean Pigozzi Collection, Houston, 2005 ; Africa Remix, Düsseldorf, Londres, Paris, Tokyo, 2005. Les approches posées par leurs commissaires ont suscité bien des débats qui ont finalement contribué à faire avancer la réflexion sur l’art contemporain d’un continent. Point d’ancrage de réflexions théoriques sur les productions artistiques de l’Afrique contemporaine, elles témoignent avant tout des rapports complexes et ambigus de l’Occident à l’Afrique.
De l’implication des publics
Dans le même temps se sont créées les biennales africaines : celle de Johannesburg qui n’aura malheureusement connu que deux éditions, Bamako pour la photographie, Dakar pour les arts plastiques, qui, sans être toujours à la hauteur de ses ambitions, s’est toutefois inscrite dans la durée pour finalement devenir incontournable. Biennales, festivals, workshops, toutes ces manifestations continentales sont financées en partie par des bailleurs étrangers et notamment francophones sous l’égide de l’Afaa, principal mentor des Rencontres photographiques de Bamako.

///Article N° : 4124

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