Les poètes d’Haïti

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À Port-au-Prince les poètes sont légions
Ils ont les yeux crevés des voyants
Les mains percées de mots
Et le visage tatoué par les griffes de la nuit
J’écoute le testament de leurs songes
Quand leurs lèvres brûlées
N’ont plus d’ombre pour panser la misère

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À Port-au-Prince
Les poètes sont légions
Ils inventent des cris de funambules
Sur le fil des mots
Ce ne sont pas des araignées
Même s’ils cousent les jours clandestins
Ce ne sont pas des chiens errants
Même si l’amour aboie pour ne pas pleurer
Ils ont la peau pelée de la montagne
Et le rire large de l’Artibonite
Chaque seconde ils inventent une étoile
Parce que la ville pourrait mourir aveugle
Chaque seconde ils déposent aux carrefours
Un poème
Parce que les mots pourraient mourir de faim

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À Port-au-Prince les poètes sont légions
Ils nous invitent au cabaret des songes
Au pays que voici
À Ombarigore
Pour boire les mots des folies douces
Les mots des villes où les mots se suicident
Dans les casernes
Et les cauchemars
Les mots mêlés à la poussière
À l’exil
À l’odeur des odeurs mortes
Ce ne sont pas des éboueurs
Même s’ils ont un ciel à nettoyer
Ils veulent qu’on les écoute
Et qu’on prie avec eux
Et qu’on peigne avec eux une ville de peintres

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À Port-au-Prince les poètes sont légions
Ils vont entre amour et colère
Dénoncer les pluies assassines
Et les soleils en uniforme de vampire
Chaque fois que vous allez à Port-au-Prince
Écoutez les troubadours
Regardez le sang des peintres
Achetez le cœur des marchandes
Entrez dans la danse des passants
Vous trouverez toujours un poète
Sans passeport
Dont les mots voyagent
De marchés en musiques
De musiques en capitales
De capitales en citadelles
Pour le peuple des peuples

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À Port-au-Prince les poètes sont légions
Ils lancent dans la ville
Des ailes de papillons
Des avions en papier
Des lettres d’amour
Des colibris bleus
Et des cris de prophètes
Et la ville s’envole dans un rire de poète
Et la ville saigne
Et la ville prend la drogue du soleil
Et la ville tourne en rond
Comme un chien qui se mord la queue
Et la ville jouit comme une fleur sauvage

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À Port-au-Prince les poètes sont légions
Ils n’ont pas de tréteaux
Parfois ils ont des livres ouverts
À même le ciel
À même les bibliothèques des trottoirs
À même les veines ouvertes des matins
À même la nuit sonore des femmes
Le plus souvent ils habillent le silence
Et polissent les larmes des divinités
Ils donnent la voix
Ils sont la voix du peuple des peuples

Faugas, le 19 octobre 2009///Article N° : 9158

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