Les potentialités de la bande dessinée à Maurice

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Portée par quelques auteurs qui auront su se faire un nom tout au long de son histoire, la BD mauricienne est dynamisée par un mois de la BD organisé par l’Alliance française et un concours annuel.

L’histoire de la BD à Maurice commence dans les années 50, avec le journal Action, qui, grâce à une liberté de ton et un humour satirique, deviendra très vite un journal populaire au sein de la population mauricienne.
Dès le premier numéro, une bande dessinée narrait les aventures de Pierre Kiroulle, reporter détective. Cette série était signée ROG, pseudonyme de Roger Merven, rédacteur en chef du journal et caricaturiste renommé. Même si elle n’a connu que 5 numéros, cette mini-série a marqué les débuts de la bande dessinée à Maurice.
À partir de mars 1958, JAC, nom de plume de Jacques Charoux, reprendra le flambeau et dessinera également des mini-séries oscillant entre caricatures et strips sans paroles mettant en scène le même personnage : un cul-de-jatte dans Les demi-portions et un mendiant dans Bon dié béni ou.
Les premières planches illustrées en couleur furent l’œuvre du peintre Ismet Ganti qui, en 1970, publia dans Virginie, le magazine de la Mauricienne, 2 planches d’une série inspirée d’un de ses poèmes La légende de Menala. Malheureusement, ce magazine qui perdura jusque dans les années 80 ne poursuivra pas la série.
En parallèle à ses tentatives, et 40 ans après le célèbre Gabriel Gillet, Roger Merven commençait une longue carrière de caricaturiste marquée à ses débuts par des personnages aux grosses têtes et aux petits corps, inspirés par le magazine britannique « Punch« . Il fut longtemps avec Yvan Martiel le principal caricaturiste politique de la presse mauricienne, soulignant les travers de l’espace mauricien dans L’express, avec, en 1980, la série Renouveau mauricien qui épinglait le gouvernement à chaque édition.
Des auteurs inspirés par leur Ile
Le premier album édité sur l’Ile en 1976 est l’œuvre de Rafik Gulbul qui parodie le milieu politique mauricien avec son œuvre créolophone Repiblik z’animo, sorte de météorite isolée dans le monde de l’édition locale. Quelques années plus tard, en 1984, Ledikasyon pu travayer éditait la seconde bande dessinée en créole mauricien, intitulée Manze pu lepep, inspirée d’un texte de Frère des hommes.
Il faudra attendre encore 3 ans pour que sorte un second album mauricien et le premier doté d’un scénario original, œuvre de Roger Merven (toujours lui) et de Jacques Germond : Maumau, le dodo, album parodique sur la genèse. Passant en revue les grands faits de l’histoire humaine, l’album retrace la création du paradis terrestre jusqu’à la fin du monde…. des dodos !
Merven récidivera d’ailleurs avec un album sans paroles, Vents mauvais et autres perturbations cosmiques, édité après sa mort en 1995.
Mais son chef-d’œuvre reste un album satirique, concocté avec Yvan Lagesse, dit Volcy, sorti en 1979 et intitulé Comment vivre à Maurice en 25 leçons, réédité plusieurs fois depuis. Par la suite, Yvan Lagesse, publiera, en 2004, Pierre, Moïse, les autres et Moi, 17 ans après Le rosier de tonton et autres histoires sans Roger Merven, remplacé par Marc Randabel aux illustrations.
Celui-ci s’essaiera par ailleurs à la bande dessinée dans des revues comme le magazine 5 plus et journaux d’entreprise au début des années 90.
Signalons aussi la jeune Joëlle Betsey qui, en publiant en 1992 deux planches dans l’album Au secours des éditions Calao, est probablement la première bédéiste mauricienne à avoir été publiée en Occident, deux ans après son compatriote masculin, Eric Koo Sin Lin aux éditions Delcourt.
Quelques années plus tard, Sadon (alors pseudonyme de Annick Sadonnet) et Lallmohamed publiaient une histoire de l’Île Maurice en bande dessinée, intitulée L’aventure mauricienne : un pays est né, ouvrage assez médiocre qui sera distribué dans toutes les écoles de la république, grâce à un soutien gouvernemental.
Une relève assurée mais fragile
À partir de 1999, le mois de la BD organisé par l’Alliance française de Maurice et soutenu par le projet franco – mauricien Lire en français de l’Ambassade de France, permit à quelques jeunes bédéistes de bénéficier d’ateliers de formation avec des professionnels français reconnus (Lepage, Rollin, Stassen, Valles, etc.). Cette initiative, couplée avec un concours annuel de BD qui donnait l’occasion au lauréat de participer au salon de la BD de Saint Malo, permit l’émergence des revues Ticomix et Koli explozif et la constitution d’un groupe de talents prometteurs. Dans la foulée, plusieurs salons furent organisés à Port Louis en 2003 et 2005, succédant à celui de la municipalité de Curepipe, en 1991, avec l’équipe du Cri du Margouillat.
En parallèle, Eric Koo Sin Lin sortait en 1998 et 2000 : Vive la patrie et Nous les Mauriciens, 2 albums d’histoires courtes toujours disponibles où il se moquait, avec un humour ravageur et des dessins de grande qualité, de la société mauricienne et de sa vision du multiculturalisme. Malheureusement, Koo Sin Lin s’expatriera en Australie dans le courant de l’année 2002 sans avoir pu achever Aventures, série qui ne dépassera pas les 4 numéros de la revue Autopsie, disparue en 2000.
Autre artiste issu du monde de la caricature, du graphisme et de la revue Ticomix, Laval NG reprendra la série culte Ballade au bout du monde, avec Pierre Makyo après avoir déjà produit deux albums aux Etats-Unis et remporté deux fois consécutivement le prix de la BD 1999 et 2000.
Proximité oblige, les créateurs mauriciens bénéficieront régulièrement de parutions de leur travail dans le journal réunionnais Le cri du margouillat.
Au même moment, en 1999, Annick Sadonet publiait sous son nom d’épouse – Jean Louis – Baril de poudre : les aventures de Mario, le détective privé mauricien, mais cet album n’eut pas plus de succès que celui de l’agent Pescado, dessiné en 1991 par Alain Arouff, sous un format inspiré des heroïcs fantasy.
En 2000, quelques années après Roger Merven, Joseph Claude Jacques reprenait, avec moins d’humour, le thème du Dodo dans Heureux Dodo, un bel ouvrage sans textes légèrement influencé par le style manga.
Après cette date, il faudra attendre quatre la publication d’un nouvel album par le Centre Culturel Nelson Mandela qui édite en créole Zistoir ze ek melia : lepok esklavaz. Moris, 1834, sur l’esclavage à Maurice.
De nos jours, le milieu des caricaturistes produit encore des talents comme Abdool Kalla, Stéphane Benoit, Asram ou Deven Teeroovengadum. Ce dernier qui avait déjà publié dans le Cri Du Margouillat proposait en 2005 et 2006, Sandy beach café en épisode dans Weekend scope, 12 ans après une première tentative, Jinee.
D’autres albums sont en préparation, en particulier celui du dessinateur Dave Sukur chez Glénat (sur un scénario de Ronan Kerbat), et, sur un plan local, Christelle Barbe, plusieurs fois remarquée aux concours BD, travaille sur un projet avec David Olivier, auteur de la série Sabrina. À ceci, se rajoutent Laval Ng qui sort le tome 3 de La ballade en 2006 et Eric Koo Sin Lin qui, après des années de silence, publie un album illustré en Australie : The gold coast.

///Article N° : 6857

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