Les trajectoires de la littérature mozambicaine

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Filiation poétique
José Craveirinha occupe une place centrale dans la littérature mozambicaine. Né le 28 mai 1922 à Lourenço Marques (aujourd’hui Maputo), d’un père portugais et d’une mère ronga, il est considéré comme le plus grand poète mozambicain. Son œuvre a pris corps dans les journaux auxquels il collabore dès les années 50 et notamment O Brado Africano qui regroupe bon nombre d’intellectuels impliqués dans la lutte pour l’indépendance. Sa poésie est une prise de position politique enracinée dans l’intime, attitude notable aussi bien dans ses écrits de prison Cela 1 (1980) que dans le recueil de nouvelles Hamina e outros contos publié en 1997 au Portugal. Il met en scène des tableaux saisis dans le quotidien de l’homme de la rue, si bien que l’on a pu qualifier son écriture de néo-réaliste. Le récit distancié par la juxtaposition de phrases sans liens et la narration impersonnelle sert un point de vue objectif soulignant avec force le courage des personnages en symbiose avec leur milieu. Les scènes prennent alors corps sous nos yeux, elles deviennent un espace de réalité que l’écriture pérennise et sublime.
Si l’influence de José Craveirinha est indéniable, il ne faut pas négliger celle de Rui Knopfli, décédé en 1998. Bien que considéré comme un écrivain portugais (il est né de parents portugais et a quitté le Mozambique après l’indépendance), il a, dès les années 1970, lancé la revue littéraire Caliban avec le poète Grabato Dias et son œuvre continue d’influencer et de nourrir la nouvelle génération…
Après l’indépendance
La poésie se fait plus personnelle et s’ouvre à de nouveaux espaces de création avec notamment la voix de Luis Carlos Patraquim, né en 1953 à Lourenço Marques, qui vit actuellement à Lisbonne. Il envisage la poésie comme « un espace lyrique individuel qui se fond dans le collectif« . D’autres poètes, tels Heliodoro Baptista, Eduardo White, Nelson Saute, Juvenal Bucuane… inaugurent cette tendance. Ainsi, ces quelques vers de J. Bucuane « Mas eu /firmo, inflexo /vivo atravès dos tempos / à furia do vento irrevolvivel / assente nestas fortes raizes / profundizades com ternura / neste chao onde nasci (…).
Après l’indépendance, l’association des écrivains mozambicains (AEMO) voit le jour en 1982 et jusqu’à aujourd’hui, elle contribue à publier et diffuser des œuvres, permettant ainsi de découvrir de nouveaux auteurs. L’écrivain Lilia Momplé en est l’actuelle secrétaire générale.
Nous avons tué le chien teigneux de Luis Bernardo Honwana est la seule œuvre de fiction parue au Mozambique avant l’indépendance. Ce recueil de contes constitue un tournant pour la littérature mozambicaine de par sa spécificité narrative et sa référence à une littérature orale écrasée par la colonisation du fait de l’interdiction de l’usage des langues maternelles.
La récente apparition de la prose n’en est pas pour autant un obstacle à la créativité. Cette dernière décennie a vu s’affirmer des écrivains originaux tels que Mia Couto, Suleiman Cassamo et Ungulani Ba Ka Khosa, et des tentatives intéressantes comme celle de Paulina Chiziane.
Paulina Chiziane est née en 1955 dans la région de Gaza au sud du Mozambique ; elle a vécu à Lourenço Marques dans un quartier d' »assimilés ». Elle a été élevée dans un souci de préservation de sa culture – notamment celle de sa langue maternelle, le chope -, contre l’assimilation du régime colonial. La condition de la femme et son émancipation est au cœur de son écriture ; elle considère, en effet, que la femme, du fait même de la liberté qu’elle semble avoir acquis dans le domaine des possibilités d’action, est de plus en plus esclave. L’oralité occupe une place centrale dans sa démarche littéraire dans la mesure où elle lui confère un dynamisme. Le bilinguisme ou le trilinguisme sont vécus comme un dilemme : « les instants les plus sacrés de la vie d’un individu ne peuvent être exprimés que dans sa langue maternelle (…) Je ne veux pas écrire en portugais, je ne veux pas être un écrivain de langue portugaise mais je veux être un écrivain africain d’expression portugaise. » Aussi postule-t-elle un travail de recréation de la langue.

///Article N° : 1248

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