Les voix reb(elles) de Saint-Denis

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Voix d’elles rebelles a dix-huit ans cette année. Retour sur le parcours exemplaire de cette association de Saint- Denis (93) qui se bat sur le terrain pour l’émancipation des femmes immigrées.

« Nous sommes une association de développement durable. On travaille sur le long terme », se plaît à dire Sarah Oussékine, fondatrice de Voix d’elles rebelles.
Pimpante et souriante, cette ancienne animatrice de clubs de vacances a un sens du contact immédiat. Une qualité qu’elle saura mettre à profit quand, un jour de 1995, elle décide avec d’autres copines de créer l’association. « On ne se retrouvait pas dans ce que proposaient les associations de quartiers déjà existantes : des cours de couture ou de cuisine. On a passé en revue nos manques, tout ce qui n’allait pas dans nos existences. Les femmes comme nous, issues de l’immigration coloniale, subissent à la fois le sexisme dans les familles et la société française mais aussi un racisme, héritage de la guerre d’Algérie. » À partir de groupes de parole informels, les femmes de l’association se mettent à réfléchir à des actions concrètes d’aide aux femmes des quartiers.
Un travail d’écoute
L’association accompagne de nombreuses femmes en détresse, victimes de dépression nerveuse, de mal-être familial, de viols, de mariages forcés, sans-papiers… « On a été marqué, raconte Sarah, par un cas extrême, celui d’une femme excisée, sans-papiers, mariée de force à 15 ans à un homme beaucoup plus âgé. À sa mort, elle a été remariée à un type extrêmement violent, qui l’a amenée en France. Pendant cinq ans, elle a subi les pires traitements.  » Avec le Foyer Aurore, consacré aux femmes victimes de violences, Sarah et ses camarades obtiennent finalement la régularisation de la jeune femme. « Le groupe de parole permet de dédramatiser, explique Sarah. On fait comprendre aux victimes qu’elles ne sont pas isolées, frappées par la malchance. C’est un problème global. » Sibel Kartal, membre de l’association ajoute : « Avec Sanda, victime de viol, on a parlé de tout sauf de ce qu’elle a subi. Ça lui a fait du bien d’entendre d’autres femmes parler de leurs histoires. Dix ans plus tard, elle est devenue éducatrice et elle continue à venir nous voir ! »
Répondre à l’urgence
Avec ses deux salariées, ses bénévoles, des subventions de la ville de Saint-Denis, du Conseil régional et général d’Île-de- France, l’association tourne avec un budget annuel de 50 000 euros. « Ce qui est peu », avoue Sarah. Surtout pour faire face aux demandes croissantes. « C’est de plus en plus compliqué pour ces femmes d’avoir accès à l’emploi et au logement, confie Sibel. Des femmes qui ont fui leur domicile arrivent chez nous, le sac à la main, en fin de course, envoyées par différents services sociaux. Elles n’ont nulle part où aller. Le 115 ne répond pas. Les structures d’hébergement sont « overbookées ». L’été dernier on a même dû ouvrir nos locaux pour héberger huit filles avec un bébé ! » Malgré tout, les reb(elles) ne baissent pas les bras. Avec une autre association, Cause commune, elles cherchent des fonds pour recruter cinq personnes. « On les formera à la communication non violente. Elles doivent être aussi capables d’animer des groupes de parole et de les essaimer dans les quartiers. Les hommes sont aussi les bienvenus », conclut Sarah Oussékine, non sans humour. Avis aux amateurs !

Plus d’info :

Association Voix d’elles rebelles : 1 Place Lautréamont, 93200 Saint-Denis / Tél. : 01 48 22 93 29 ou 01 42 35 99 51 / www.voixdellesrebelles.fr

Entretien à retrouver sur www.africultures.com///Article N° : 12576

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