“L’essentiel de nos ventes se fait par le biais de salons et de festivals”

Entretien de Christophe Cassiau-Haurie avec KanAd, Ago Media

Active depuis 2008, l’association Ago média (Togo) est l’une des plus belles réussites actuelles en matière d’édition d’albums de bande dessinée. Trois fanzines, quatre albums dont deux collectifs, leur bilan reste impressionnant et réconfortant à une époque où peu d’albums sont publiés dans l’ensemble du continent. Présents dans la plupart des manifestations européennes organisées autour du livre (Salon du livre de Paris, Salon du livre de jeunesse de Montreuil, Salon du livre de Genève) ou BD (Festival International d’Angoulême), Ago Média arrive même à se faire connaître en Europe où leurs ouvrages sont diffusés lors de ventes – dédicaces. À quelques jours de la sortie de leur dernière production, le collectif Mythes et légendes, rencontre avec KanAd, l’un des fondateurs et principaux animateurs de l’association.

Comment expliquer le succès d’Ago Média ?
Par la cohésion de son action. Selon moi, le succès d’une opération vient d’abord de la tête pensante. Tout le monde ne peut pas être à 100% dans l’aventure, c’est normal. La BD ne nourrit personne à 100% sur le continent, il faut bien que les artistes vivent. Donc certains sont entièrement investis dans l’aventure et d’autres plus éloignés. A partir de là, le responsable, en l’occurrence mon ami Paulin Assem, arrive à gérer les tempéraments des volontaires et les fait intervenir sur les grands projets tout en les soulageant de la gestion du quotidien de l’association. Cela implique également que ce soit uniquement un petit noyau qui réfléchit au devenir de la structure et aux projets à développer. D’où le sentiment de cohérence, indispensable pour la réussite et la pérennité de notre action.

Ago ne fait-il que de la BD ?
En fait, au départ, nous étions une maison de production de fanzines, avec comme modèle Marvel comics. Mais on s’est vite rendu compte que cela ne pouvait pas nous faire vivre (sourire). Alors, on a commencé à développer la partie communication de l’entreprise. Aujourd’hui, on fait des logos, des affiches publicitaires, des insertions de planches de BD dans des magazines, etc. L’activité édition d’albums de BD est venue très tard, en fait.

Combien de titres ont été publiés au total ?
Vous savez, je n’ai jamais compté. On a publié Haïti, mon amour, en 2010, la même année, Ziguidi et les animaux, un album pour enfants, puis en 2012, Le bon, la bourse et le corrompu, un autre album pour les enfants, Les chroniques de Lomé en 2013 et enfin, Mythes et légendes le mois prochain. A ceci, je rajoute nos petits illustrés des années 2006 – 2008, comme Ago fiction et Ago feuilleton qui ne nous ont pas rapporté beaucoup mais qui sont toujours diffusés de nos jours.

A combien d’exemplaires tirez vous

Je ne suis pas trop cet aspect des choses, mais il me semble qu’en moyenne, l’ensemble des titres est tiré à mille exemplaires. On a déjà retiré les titres pour les enfants. La seule exception pour ce tirage constitue Le bon, la bourse et le corrompu qui a été imprimé à 5000 exemplaires, du fait de l’appui d’une ONG. L’album a donc été distribué dans le pays auprès des élèves. Le bailleur nous avait laissé tous les droits, ainsi que 300 exemplaires pour les vendre en dehors du territoire. Nous comptons d’ailleurs le réimprimer.

Comment sont diffusés vos titres?
A Lomé, la seule librairie digne de ce nom est la librairie Star. Elle présente et vend l’ensemble de notre production depuis le début. Deux à trois fois par an, nous y faisons des séances de ventes – dédicaces ce qui nous permet de vendre à chaque fois une trentaine d’exemplaires au total. Tout le reste, c’est du bouche-à-oreille ou des achats institutionnels comme l’Institut Français ou le Goethe Institut plus quelques points de ventes ponctuels.

Et à l’extérieur ?
Nous avons quelques points de vente en Europe mais l’essentiel de nos ventes se fait par le biais de salons et de festivals. En effet, depuis le départ nous avons fait le choix de faire voyager notre structure. Dès l’année 2009, nous étions présents au salon du livre de jeunesse de Montreuil. Depuis, nous allons régulièrement à différents évènements autour de la BD ou du livre : Festival d’Angoulême, Salon de Paris, Montreuil, Genève cette année. L’année dernière, nous avions mis pédale douce, car cela faisait trop de voyages. Mais cette année, nous avions repris nos déplacements. Le mois dernier, Paulin était à Genève. Pour ma part, je suis allé au Burkina-Faso où j’ai pu présenter notre structure et évoquer notre expérience. J’y ai d’ailleurs gagné un prix. Là-bas, il y a un vrai potentiel. Comme dans beaucoup de pays du continent d’ailleurs.

Quelle est votre participation au parcours d’Ago?
C’est difficile de vous répondre. Disons que j’en suis un membre fondateur et toujours actif. Sur un plan pratique, j’ai dessiné les deux albums individuels publiés par Ago : Haïti, mon amour et Le bon, la bourse et le corrompu ainsi que les deux albums pour enfants. J’ai également participé aux deux collectifs : Chroniques de Lomé et Mythes et légendes.

Quels sont vos projets ?
L’an dernier, j’étais à La Rochelle, dans le cadre du programme Visas pour la création de l’Institut Français. J’avais participé à un concours Belge, le prix Raymond Leblanc, avec un projet auquel je tenais beaucoup : Sœur d’âme. C’est l’histoire d’une amazone du Dahomey qui, au milieu du 19ème siècle, est faite prisonnière et emmenée en esclavage dans le sud-est de l’Amérique. Elle finit par s’enfuir avec la fille de son maitre. L’album traite du “chemin de fer clandestin”, réseau d’évasion qui permettait aux esclaves de fuir les Etats américains du Sud pour atteindre le Nord abolitionniste. Malheureusement, ce projet n’a guère eu de succès pour ce concours. Je l’ai donc reproposé pour le programme de l’Institut et cela a marché. Dans le cadre de ce programme, je suis donc parti à La Rochelle pendant trois mois, durant l’été 2014. Cela m’a permis de faire avancer mon album, de le laisser murir. J’ai passé trois mois à dessiner et à reprendre mes planches. Une belle expérience personnelle, aussi !

Où comptez-vous l’éditer?
Je l’ai proposé à Ago média. C’est le premier album que je scénarise entièrement seul. Les autres, j’avais participé au scénario mais de façon minoritaire. En complément de ce qu’écrivait Paulin, en fait. Là, il l’a découvert comme tout le monde, après que j’ai décroché la bourse Visas pour la création.
Il a aimé, on va le sortir cette année, pour le festival d’Angoulême 2016, du moins, j‘espère. Les couleurs sont faites par Papi adomayakpo, un mangaka très doué. Il fait de très belle chose. L’objectif est de frapper un grand coup !

Comment voyez vous votre carrière ?
Pour moi, le milieu de la BD c’est comme la musique. Certains en vivent très bien, d’autres moins. Ce qui compte, c’est de progresser, de faire de son mieux. Moi, c’est clair, je veux devenir le meilleur ! (rire)

///Article N° : 13139

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