Letting go

De Bernard Joffa

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Revenue en Afrique du Sud après s’être exilée aux Etats-Unis, Nolutando, devenue médecin, veut offrir une sépulture digne à son père qu’elle croit mort dans le combat pour les droits civiques au Zwaziland. Elle doit échapper pour cela au Zoulou à qui elle a été promise, ce qui donne à son équipée une allure de road-movie s’enfonçant toujours plus loin dans l’Afrique exotique. Sa rencontre avec un expatrié blanc et sa fille sera l’occasion d’une confrontation avec la  » vraie  » Afrique du Sud : Frankie est musicologue, joue à merveille de la mbira et s’exclame en écoutant les chants traditionnels :  » Voilà l’Afrique du Sud que j’aime !  » Cette idylle est ainsi une révélation : Frankie est en mesure de lui dire la signification de son propre nom ( » aimée de tous « ) et Nolutando retrouve ses racines africaines… et finalement son père.
Assez enlevé et de facture correcte, le film est plutôt plaisant et innocent au premier abord. Mais très vite le doute s’instaure : on cherche désespérément les hommes dans cette Afrique décorative, le film tournant à une suite de cartes postales des différents sites touristiques sud-africains. Ils ne font que danser en costumes traditionnels. Folklorisation et tribalisation étaient les deux mamelles du cinéma de l’apartheid… On est certes avec le personnage de Nolutando loin des films produits par Bayeta et Igoli qui véhiculaient l’image d’un Noir campagnard, rude et peu évolué à reconduire dans des homelands. Mais il est troublant d’y retrouver par contre cette sorte d’exception confirmant la règle des films à  » intégration structurée « , pour reprendre l’expression de Keyan Tomaselli, qui entendaient limiter le changement à une classe. Elle est médecin tandis que l’Afrique du Sud a totalement négligé l’éducation de sa population noire. Que représente-t-elle dès lors si ce n’est cette exception qu’il faudra aider à émerger ? Justement Frankie est là pour ça. Ce n’est pas aux hommes qu’il s’intéresse mais à leur musique. On retrouve le personnage d’Andrew Steyn dans Les Dieux sont tombés sur la tête de James Uys : le paisible scientifique à l’écart du monde qui personnifiait une Afrique du Sud avancée technologiquement mais non agressive. Ces deux personnages venus d’ailleurs traversent le pays arc-en-ciel comme des zombies : seule la nature peut les ressourcer. Leur différence de couleur de peau n’est jamais évoquée mais détermine pourtant parfaitement leurs rôles : Frankie aidera Nolutando à retrouver ses racines. Un film sud-africain a le droit d’être superficiel et ne doit pas forcément trimbaler un message mais ces caricatures sont loin de puiser dans ce que vit la population sud-africaine aujourd’hui : elles font comme si les problèmes n’existaient pas. Suis-je paranoïaque en m’étonnant que le Fespaco ait mis en compétition un film aussi directement dérivé de l’idéologie de déshumanisation des Noirs ?

///Article N° : 843

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